jeudi 23 mai 2024

Lahaou Konaté (Boulogne-Levallois) : « On est passé du rêve au cauchemar »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Seul survivant de l’équipe finaliste du championnat en 2023, le capitaine de Boulogne-Levallois Lahaou Konaté a vécu une saison diamétralement opposée ponctuée par une relégation en Pro B. Entretien France Basket et Le Quotidien Du Sport.

Quelle était l’ambiance dans l’équipe après la défaite contre Chalon (75-83 le 14 avril, Ndlr) synonyme de relégation ?

On réalise qu’il n’y a plus d’espoir de maintien. On se rend compte des mauvais résultats qu’on a pu faire tout au long de la saison. Le cauchemar ne s’arrête pas, mais il est bel et bien réel.

Aviez-vous fait une croix sur le maintien depuis un moment ?

On ne pense jamais que c’est foutu. Mais c’était difficile de se projeter en ayant gagné que 4 matches. On n’avait pas le goal average sur Blois qui était déjà à 8 victoires. On savait depuis quelque temps que nos chances étaient minimes. Il fallait faire un sans-faute pour pouvoir se maintenir, mais on a continué à enchaîner les défaites.

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« Le maintien difficile avec 4 matchs de gagné »

Le coach (Laurent Foirest) est arrivé tard. Les dés n’étaient-ils pas pipés dès le début de saison ?

C’est toujours compliqué de créer une équipe en deux semaines ! Pour moi, c’est la première fois que je vois ça, de construire une équipe en si peu de temps et espérer qu’elle soit au top sur le terrain. C’est du jamais vu ! Un nouveau staff, 9 nouveaux joueurs donc forcément ça allait prendre plus de temps que les autres équipes. Quand j’ai reçu le coup de fil fin juillet et que, début août, j’étais encore tout seul sous contrat, je savais que ça allait être très compliqué cette saison. On a commencé la saison en se tirant plus d’une balle dans le pied.

Pourquoi êtes-vous resté alors que tous les autres sont partis ?

J’ai eu des possibilités de partir. Mais j’ai aussi une famille. Je ne suis plus tout seul à réfléchir. J’ai fait le choix de patienter et de voir ce que le club allait faire. J’ai eu des possibilités, mais j’avais un contrat ferme, sans clauses. Je ne voulais pas aller au bras de fer avec le club. Mais je ne pensais pas que ça allait prendre autant de temps. A la base, je voulais attendre de voir si on allait avoir l’EuroCup, si le club allait être racheté… Au final, rien de tout cela ne s’est passé.

Vous auriez pu aller à Nanterre…

J’étais en discussions avec eux. J’ai fait le choix de ne pas aller au bras de fer avec Boulogne, de patienter. A l’arrivée, on a passé une saison catastrophique…

« En créant une équipe en deux semaines, on savait que ça allait être compliqué »

Dès le début de saison, sentiez-vous que ça allait mal se finir ?

Non, mais je savais que ça allait être une saison très très compliquée. Je l’ai dit à mes proches dès le départ. Même aux Français qui ont signé. Abdoulaye Loum par exemple. Je leur ai dit qu’il faudrait être fort.

En voulez-vous aux dirigeants ?

Je n’en veux à personne, mais dès le début de la saison, j’ai dit qu’il fallait faire des changements et vite, et ils ne sont pas arrivés assez vite. C’est le seul regret que j’ai. On avait beaucoup de cartes en main pour sauver le bateau. Au final, des joueurs n’ont pas été pris, d’autres n’ont pas été coupés assez vite.

Prendre un coach (Laurent Foirest) qui n’avait jamais entraîné à ce niveau-là, n’était-ce pas aussi un mauvais signal ?

Je le connais personnellement et je sais ce qu’il peut apporter et je connais ses qualités. Malheureusement, il s’est tiré une balle dans le pied en venant ici. Il n’a pas eu toutes les cartes en main pour pouvoir faire ce qu’il voulait. C’est quelqu’un qui connaît le basket, qui a une vision de jeu très collective.

Le fait de prendre énormément de rookies ou énormément de joueurs qui n’ont pas évolué dans ce championnat depuis un long moment nous a pénalisés. La construction de l’équipe ne nous a pas aidés, et encore moins le coach. Pourtant, quand il est arrivé, ses idées étaient très bonnes. Elles étaient similaires à celles de Vincent Collet.

Lahaou Konaté, de la fête de Roland Garros à une salle vide

Comment passe-t-on d’une finale de championnat de France à la Pro B en un an ?

Souvent les gens comparent la saison dernière avec cette saison, mais ce sont deux choses incomparables. Le club a quand même une histoire sans parler de Victor (Wembanyama) l’année dernière. Il y a deux ans, on fait une superbe saison. Il y a trois ans avec Jurij Zdovc aussi en France et en EuroCup. Tout n’est pas à jeter. Mais c’est vrai que de passer entre guillemets du rêve au cauchemar, c’est une transition brutale.

En juin, on était là à fêter cette belle saison à Roland-Garros et aujourd’hui on se retrouve dans une salle Marcel Cerdan à moitié pleine… Le contraste fait mal, mais beaucoup de choses expliquent pourquoi on en est arrivé là. Déjà, on a eu beaucoup trop de pertes cet été alors qu’on pouvait sécuriser certains cadres qui voulaient rester. Quand on apprend qu’Armel Traoré a été libéré de son contrat alors qu’il lui restait un an de contrat, ce n’est pas pour le bien du club et on en a payé les pots cassés.

En tant que seul survivant de la saison passée, comme vivez-vous cette descente ?

Forcément, c’est une responsabilité que j’ai en tant que joueur et en tant que capitaine de l’équipe. Je suis le capitaine d’un bateau qui a coulé.On n’a pas su le sauver. Il y a un sentiment de tristesse et beaucoup de regrets. Ce n’est pas facile, c’est la première fois que je vis une saison comme ça. Que ce soit sportivement ou humainement, ça a été un calvaire, un cauchemar.

J’ai eu beaucoup de mal à faire la transition de l’année dernière à cette saison. En début de saison, j’étais totalement transparent parce que je n’arrivais pas à accepter qu’on puisse passer d’une top équipe à une équipe de bas de tableau. J’ai peut-être aussi ma responsabilité de ne pas avoir su préparer la chose mentalement pour pouvoir être mieux sur le terrain et aider un peu plus mes coéquipiers. Au quotidien, j’étais énervé envers mes coéquipiers alors que ce n’était pas le bon état d’esprit à adopter.

Lahaou Konaté dans l’impasse avec les Nets

Avez-vous le sentiment de ne pas avoir été aidé, que cette descente beaucoup la sentaient venir, qu’à Levallois la priorité aujourd’hui c’est le volley féminin ?

C’est la première année où je suis ici où on a très peu notre salle principale d’entraînement. Une semaine sur deux, on était dans un autre gymnase avec un terrain qui glisse, avec des paniers qui ne sont pas forcément à la bonne hauteur, sans vestiaires, sans nos repères. On n’avait jamais été habitué à ça. Levallois a donné la priorité au volley. C’est leur choix et ça porte ses fruits puisqu’elles sont championnes de France. C’est un bon choix pour Levallois, mais pas pour les Mets !

Avez-vous discuté de cette saison avec Victor et Bilal (Coulibaly) ?

En début de saison, je disais à Victor que c’était compliqué. Il m’a dit de m’accrocher. Avec Bilal, on a discuté toute la saison et il était triste de voir la tournure prise par le club. Il s’est rendu compte aussi de la chance qu’il a eue d’avoir pu vivre une saison comme l’année dernière. Il en a profité pour vivre son rêve. Heureusement parce que s’il était resté ici, ça aurait été peut-être une catastrophe pour lui.

On parle souvent de Limoges, de Pau, des clubs historiques, mais Boulogne ça faisait quand même 16 ans que le club était en 1ère division !

C’est un club qui a une histoire, qui est très respecté, qui a formé beaucoup de jeunes.

Echangeriez-vous la finale de la saison passée contre un maintien ?

Bien sûr même si c’est incomparable. La finale qu’on a vécue l’année dernière, elle était juste folle, avec un groupe incroyable qui méritait d’aller au bout. Un groupe très jeune avec des ambitions qui sont venues au fur et à mesure avec un coach incroyable. Après, on ne souhaite jamais que son club descende. Mais une finale, ça reste quelque chose de fort dans une carrière.

« Je suis en fin de contrat donc je n’irai pas avec le club en Pro B »

Serez-vous encore à Boulogne la saison prochaine ?

Je suis en fin de contrat donc je n’irai pas avec le club en Pro B. Cet été, j’ai choisi de rester et j’assume mon choix. Je ne regrette rien. De cet échec-là, je vais ressortir plus grand. Ce n’est pas une fin en soi de descendre. Beaucoup d’équipes sont descendues et sont remontées. L’année dernière, Pau est descendu et ce n’est pas pour autant qu’on pointe du doigt les joueurs qui ont participé à cette descente.

Aujourd’hui, ils rayonnent tous dans un autre club. Moi je veux rester en Pro A. Je ne suis pas ici pour jouer en Pro B ! J’ai des ambitions. Ce n’est pas parce que je suis descendu que j’ai un niveau Pro B. Je n’ai que 32 ans, je suis en pleine forme et je n’ai pas de blessure. J’ai tellement galéré pour y arriver que je n’ai pas envie de redescendre. Mon but est de rester en Pro A et de trouver un club qui correspond à mes principes et mes valeurs.

« Le club a toujours trouvé des solutions »

Etes-vous inquiet pour l’avenir du club ?

Ils ont toujours trouvé des solutions même si certains ne sont plus au club ce qui explique aussi la situation actuelle. Si Alain Weisz était resté comme general manager, les choses auraient peut-être été différentes. Si le club veut « survivre », il va falloir qu’il se restructure avec des gens qualifiés pour gérer un club. On évoque des repreneurs.

Il faudra que tout soit bien ficelé. Si le club continue, j’espère vraiment qu’ils vont faire les choses bien pour que toutes les personnes qui sont derrière le club, que ce soit au niveau du staff, du bureau, des bénévoles, puissent revivre une saison juste paisible, qu’on parle des Mets 92 en bien.

Avoir un pied à Boulogne et un autre à Levallois, ça a toujours été compliqué…

La politique parfois prend le dessus et c’est dommage. Si les deux villes avaient marché main dans la main, aujourd’hui on n’en serait pas là et on aurait pu vivre de belles choses encore. On n’a pas eu l’EuroCup deux années consécutives alors qu’on était censé l’avoir, c’est que forcément il y avait des choses qui ne plaisaient pas aux grandes instances. C’est toujours dommage de voir que deux villes ne s’entendent pas. On va attendre de voir ce que le maire de Boulogne aura décidé de faire. J’espère que la bonne décision sera prise et qu’elle sera prise tôt pour que le club puisse remonter au plus vite.

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