jeudi 23 mai 2024

Laurent Paganelli (Canal+) : « Je ne suis pas con »

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Il n’y en un qu’un comme lui. Et s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer. Depuis 30 ans, Laurent Paganelli est plus que le journaliste « bord de pelouse » de Canal+. Celui qui a joué en professionnel à moins de 16 ans, est devenue une icône dans le monde du football. Très apprécié pour sa bonne humeur, parfois moqué pour son côté clownesque, il se livre avec ses vérités et son authenticité.

Le CFC est reparti avec une équipe modifiée. Vous êtes pour la première fois sur le plateau, ça change de votre rôle du terrain…

Il y a un nouveau patron avec Thomas Sénéchal (Directeur des sports à CANAL +) qui m’a appelé, j’ai rigolé, je lui ai demandé si j’étais viré. Il m’a proposé le CFC. J’étais très enthousiaste à l’idée de rejoindre toute la bande. C’était un grand honneur, même si je me suis posé la question sur mes capacités… Canal cherchait de la bonne humeur. C’est une équipe que je connais bien. C’est une émission qui a fait ses preuves et qui recherchait un nouveau souffle.

Du coup, on a un CFC plus joyeux ?

On devait donner un ton différent et de l’analyse, malgré le départ de Pierre Ménès. Nous devions trouver cette bonne humeur, de la fraîcheur, et mettre les gens à l’aise. Je fais partie du Canal historique. Cela ne m’empêche pas de dire les choses. J’ai grandi avec ça. Je pense que Thomas (Sénéchal) ne veut pas que l’on perde cette culture du sérieux, de la connaissance et de la bonne humeur.

« On devait donner un ton différent au CFC »

Hervé Mathoux disait de vous, que l’on « sous-exploitait » votre analyse du foot. Qu’est-ce que doit apporter Paga au CFC ?

J’ai été joueur, puis entraîneur, je suis un passionné de foot, j’aime en parler, je vis le match. Je sais que l’on dit beaucoup de choses sur mon rôle de terrain. Cependant, je suis tout le temps dans l’amusement. Ma durée en bord de pelouse pour Canal+, c’est la combinaison de ma connaissance et de ma déconnade. Je croise souvent des gens qui aiment ce que je fais. J’aime analyser le foot en transmettant des infos à tous, même par anticipation.

À Sud-Ouest, il y a un an, vous disiez que Canal vous avait sauvé la vie. Avec vos nouveaux rôles, êtes-vous encore plus attaché à la Chaîne cryptée ?

Oui avec un grand oui. Canal me lance dans un nouveau rôle, ça me met la pêche. Quand je suis arrivé à Canal, il y a 30 ans, j’étais à la rue financièrement. C’est ma maison, un deuxième papa. Jy suis resté fidèle malgré plusieurs sollicitations des concurrents. Tous les patrons que j’ai eus ou les salariés de Canal, que l’on ne voit jamais à l’antenne, je leur dois beaucoup. Ils font un gros boulot. Je ne peux pas quitter une famille comme Canal.

« Je rencontre tous les acteurs du club avant le match »

Sur le bord du terrain vous avez un rôle différent, vous passez parfois pour un « clown » lorsque vous ne connaissez pas certains noms de joueurs, réfutez cette image de vous ?

Cette question est importante, j’ai connu 8 patrons, c’est que ma façon de travailler convient. Je bosse mes matchs, je donne de l’importance à la chaîne et aux abonnés. J’ai grandi avec la piste aux étoiles. Le clown est capital dans un cirque, il est également important à l’antenne (rires). Je veux amener aux gens de la bonne humeur, je ne m’égare jamais de cela. Je sais que les gens ont besoin d’une soupape comme la mienne… ça fait partie de mon personnage.

L’équilibre reste pourtant à trouver constamment…

Si ça ne plaisait pas on m’aurait dit de changer, je l’aurais fait. Je ne suis pas con, je suis le plus authentique possible. Je vais au stade discuter avec tous les acteurs du club pour avoir encore plus d’infos. Un match ce n’est pas que du « par cœur », c’est aussi de l’improvisation. Par exemple l’interview d’avant match, je la fait en toute décontraction avec les entraîneurs, ils disent que ça leur fait du bien.

J’aurais pu être très bien dans un rôle d’adjoint, j’aime la nature humaine et le dialogue. On ne peut pas dire de moi que je suis uniquement dans la déconnade. J’adore la tactique, quand je regarde un match je ne regarde pas le ballon mais à l’opposé du jeu. Les deux rôles me plaisent. Un clown n’arrive pas sur la piste en faisant de l’impro, il se prépare.

« L’OM doit franchir un pallier en Ligue des Champions »

Je m’adresse au spécialiste de foot. Vous étiez à Londres pour voir l’OM s’incliner face à Tottenham, que pensez-vous de l’OM dans cette Ligue des Champions ?

Il y avait la possibilité de faire un résultat à Londres. Je pense qu’il manquait un atout plus offensif, avec Sanchez ou Payet. Tudor a été très audacieux, avec son système à 3. À 11 contre 11 l’OM ne perdait pas. Le coach a été très bon. L’expulsion change le match. J’étais avec les joueurs et c’était terrible. Tout le travail de la semaine est détruit par l’expulsion. Ce sont des détails qui font basculer les grands matchs.

Pour vous, les Phocéens peuvent-ils atteindre la phase finale de la LDC ?

Oui, sur ce qu’ils ont démontré ils peuvent le faire, mais il faut marquer. On ne peut pas se dire que l’on va seulement défendre. Toutes les équipes ont des attaquants qui marquent des buts. Toutes les équipes en coupe d’Europe prennent des buts. L’OM doit franchir un palier défensivement et offensivement. Il faut souvent marquer deux à trois buts en Ligue des Champions pour gagner un match. Tu peux gagner un match 2-0, mais aussi perdre 3-2. Il y a des joueurs que tu ne vois pas pendant tout le match mais ils marquent des pions. Ils savent que des ballons vont passer et qu’ils vont être à la réception. C’est le cas de Lewandoski, Haaland, Messi, ces grands joueurs…

« Marseille doit marquer des buts, tout se joue sur des détails »

Plus globalement, les clubs français ont bien réussi leur rentrée européenne, malgré un quasi « zéro pointé » sur la deuxième, pensez-vous qu’ils sont armés pour réussir ?

En France on a du potentiel, de bons entraîneurs, des joueurs, même si on n’a pas une grande culture européenne. On a des clubs en confiance, j’aime bien les entraîneurs français et étrangers que l’on a en France. On a la mentalité et de l’ambition pour exister en Coupe d’Europe. Dans toutes les coupes européennes, les clubs et leur staff ont de la qualité. Nos clubs ont fait venir des bons joueurs. Par contre, il faut jouer le jeu à fond et s’inspirer de ce qui a été fait l’an dernier pour protéger l’indice UEFA et l’améliorer.

La Ligue 1 est spectaculaire avec beaucoup de buts, malgré des sanctions arbitrales très fortes, est-ce que ce championnat vous passionne ?

Oui, il me me passionne en le vivant du bord de la pelouse. Même si, ça manque de régularité par moments. Je connais bien les arbitres, ça m’énerve de ne pas laisser jouer et d’expulser très vite, siffler des penalties à tout va… En Coupe d’Europe on laisse beaucoup jouer. L’intérêt de la Var c’est de laisser faire les choses. Tant que l’on peut jouer, il faut jouer. Ça va faire du bien aux grandes équipes. Il ne faut pas surprotéger le jeu.

Si le match de l’OM contre Tottenham avait été un match de Ligue 1, il y aurait eu 6 jaunes sur les 6 premiers tacles. Ce serait mieux de faire des matchs avec du jeu. Sur TFC-PSG il y a eu un arbitrage très bon avec un arbitre qui laisse beaucoup jouer. C’est ça le football.

Laurent Paganelli voit les Bleus au minimum en demi-finale au Qatar

Les grands clubs français sont détenus par des capitaux étrangers, il n’y a plus de grand actionnaire français, est-ce que ça vous inquiète ?

On ne pourra plus faire marche arrière. On le sent les Présidents le savent. Ce sont les gros capitaux qui vont s’installer. On n’aura plus de Loulou Nicollin ou de Francis Borelli. Maintenant ce n’est plus ça. On ne peut pas empêcher l’évolution. On peut la freiner, mais pas l’empêcher. Ce n’est pas le foot que j’ai connu. À l’époque je jouais avec les chaussures du copain sans penser à ça. Sauf à saint Étienne où le même modèle existe depuis de nombreuses années…

Un dernier mot sur les Bleus, vous serez forcément attentif à leur performance au Qatar, où les voyez-vous ?

Je pense qu’ils peuvent gagner la Coupe du monde. Je ne vois pratiquement pas de faiblesse. Quand je vous Tchouaméni, Camavinga et Kanté, c’est du très solide. Il y a de l’expérience et des qualités. Lloris, il ne tremble jamais. Tu sens que le mec sera là. Je rajoute Deschamps qui a assez de maturité pour évoluer.

Il est reparti de zéro après l’Euro. Sincèrement, je pense qu’il n’y a aucun autre pays qui a notre effectif. Quand on va commencer, ça va être une équipe redoutable. Ils font peur. C’est une machine de guerre qui débarque. Si je devais jouer mon salaire ou celui d’Hervé (Mathoux) je dirais une demi-finale.

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