dimanche 2 octobre 2022

Le basket en France peut-il décoller à l’image de la NBA aux US ?

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Ancien directeur marketing du PSG de 2009 à 2018, Michel Mimran est directeur général de la Ligue Nationale de Basket depuis décembre 2019. Si le basket doit s’inspirer du foot, l’inverse est vrai également.

Des joueurs qui menacent de faire grève, des joueurs absents car devant partir en sélections, la fin de saison n’a pas forcément donné une bonne image du basket français…

Le Final Four a eu lieu tardivement car il fallait être certain qu’on puisse jouer les 34 journées de la saison régulière. Finir par des phases finales avec des matches couperets est l’ADN du basket donc c’était une volonté forte. En poussant la saison jusqu’à son maximum en termes de délais, il y a eu quelques inconvénients. Le Final 8 est devenu un Final 4.

Le fait qu’il ait pu se tenir avec les quatre meilleures équipes du moment et certainement la finale la plus juste sportivement est une satisfaction. Et quelle que soit l’équipe qui l’aurait remporté, le championnat n’aurait pas été faussé. Il ne faut pas vouloir de phases finales si c’est pour prétendre que l’équipe qui a gagné n’est pas la meilleure !

La logique sportive est certes révélée par la saison régulière, mais ce sont les matches couperets qui donnent de l’incertitude. C’est ça qui donne de l’émotion. Le petit peut battre le grand. Si on ne veut que le grand qui gagne, on passe à côté du charme de ces playoffs.

Le Basket cherche de la visibilité sur les chaines sportives

Le fait de mettre la finale à 13h35 n’était pas non plus une grande idée pour la promotion du basket…

C’est une exigence de notre diffuseur. Le mois de juin était très chargé en actualité sportive avec l’Euro et la finale de rugby. On aurait préféré un samedi à 21h ou un dimanche à 18h, mais il aurait fallu garantir la tenue du Final Four des mois avant et, au final, ce n’est pas un horaire catastrophique. Le basket sur L’Equipe TV est un sport pour les passionnés qui sont capables de s’adapter. On n’est pas encore allé chercher de nouveaux spectateurs vu le déroulement de la saison avec des matches qui n’ont finalement pas eu lieu aux cases horaires prévues.

La diffusion en clair n’a rien rapporté aux clubs en termes de droits télés. Sur quelle chaîne verra-t-on le championnat la saison prochaine ?

Les discussions sont en cours. On a espoir de continuer en clair avec le pack L’Equipe-Sport en France-LNB TV, ce qui ne nous empêche pas de réfléchir à une offre complémentaire.

« Peu de Ligues peuvent dire qu’elles ont mis à la disposition de leurs fans 95% des matches, en clair, en direct, gratuit et commenté ! »

Le basket a besoin de droits télés, mais quand c’est le cas on nous dit que le basket a besoin de visibilité et quand on est en clair on nous dit qu’il faut des droits télés ! C’est pour ça qu’on essaye d’imaginer quelque chose où les deux seraient possibles.

Or, aujourd’hui, tous les sports diffusés en crypté n’ont pas de fenêtres en clair. Je veux bien qu’on me demande ce que personne n’a réussi à faire, on va essayer en sachant qu’on a déjà essayé de rendre au basket sa visibilité et la priorité est donnée au clair, mais ce n’est pas un modèle que beaucoup de sports ont réussi à développer.

A peine le basket français est parvenu à se faire au naming de la Jeep Elite qu’il va désormais devoir faire avec la Betclic Elite…

Le monde du basket s’y est fait car, contrairement au foot qui a conservé la dénomination Ligue 1 dans son appellation, on a retiré le terme de Pro A. Le naming a totalement pris le nom de la compétition et la Jeep Elite a réussi son pari et ce sera également le cas avec la Betclic Elite avec qui on part pour trois ans.

A l’image de l’ASVEL qui est devenu LDLC ASVEL, les clubs doivent-ils développer également le naming ?

Je ne sais pas si beaucoup de clubs sont en capacité de séduire un namer. Villeurbanne a ouvert la voie. Ce n’est pas simple pour le public de se faire à LDLC ASVEL, mais c’est économiquement très intéressant avec des contrats de partenariats plus élevés que la moyenne. Il n’en reste pas moins que peu de clubs en Europe ont adopté le naming.

Le Basket cherche encore son équilibre en France

L’ASVEL est-il un modèle à suivre pour le basket français ou est-il un modèle hors catégorie ?

Je viens du PSG qui était à la fois un modèle et un extra-terrestre. Il a donné à la Ligue une plus grande visibilité et a obligé tout le monde à élever son niveau et, en même temps, il a un actionnaire avec des fonds presque illimités donc je ne pense pas qu’il montre une voie.

Ce qui est certain, c’est que des clubs comme l’ASVEL qui ont un dynamisme économique plus fort ont une responsabilité plus forte et l’ASVEL a ce rôle d’influenceur et d’exemple au sein de la Ligue et joue très bien son rôle d’ambassadeur en élevant le niveau du championnat. Après, tout le monde n’est pas l’ASVEL avec ses 20 titres et n’a pas Tony Parker comme propriétaire !

Certains pensent que l’avenir du basket français est dans les grandes villes. La montée du Paris Basket va-t-elle dans ce sens ?

Personnellement, je pense que l’avenir est dans un meilleur équilibre entre les grandes métropoles et l’ancrage territorial traditionnel du basket. Et qui ne pourrait pas se réjouir que la Capitale ait un grand club ? Il y a de grandes places fortes du basket qui ne sont pas forcément dans de grandes métropoles et elles ont leur place dans l’élite. Mais il faut aussi se réjouir que Lyon avec Villeurbanne, que Marseille avec Fos, que Paris, Strasbourg, Dijon ou Monaco soient aussi présents dans l’élite. Il manquait sans doute une ou deux métropoles et l’arrivée de Paris permet ce rééquilibrage.

« Le système de conférences n’a pas été retenu »

Il y a eu beaucoup de discussions concernant la formule du championnat. Quelle sera finalement sa forme ?

L’élite sera réduite à 16 clubs. C’est une décision qui avait été prise et qui avait été suspendue avec la Covid, mais qu’on activera sur la saison 2023/2024. La saison qui arrive sera sans changements et la saison 2022/2023 sera la dernière à 18. Les discussions ont porté sur la nécessité d’une réduction de l’élite et à combien.

Il y avait des projets encore plus ambitieux, mais on est tombé d’accord pour une élite à 16. Ensuite, les matches couperets étant l’adn du basket, il y a eu des discussions s’il fallait encore rajouter du suspense avec par exemple des barrages pour accéder aux playoffs en dehors des huit premiers.

Quid du projet d’un système de Conférences comme en NBA ?

Ce projet a circulé, mais il n’a pas été retenu.

Le championnat de France doit-il néanmoins s’inspirer de la NBA ?

Il y a trois priorités. La première, c’est la diffusion. La deuxième, c’est le digital. Ma grande initiative en arrivant a été le lancement de LNB TV, en prenant

le vrai virage du digital et en augmentant la visibilité en clair du basket. Peu de Ligues peuvent dire qu’elles ont mis à la disposition de leurs fans 95% des matches, en clair, en direct, gratuit et commenté ! C’est un énorme effort fait par la Ligue en temps de Covid. La troisième priorité est d’avoir des partenaires qui viennent développer l’équilibre économique de la Ligue et du basket.

Faut-il aller regarder du côté des Etats-Unis pour donner encore plus d’entertainment et de spectacle, évidemment ! La balle est dans le camp des clubs qui doivent travailler leur éclairage, la sonorisation de leurs salles, les animations pendant les temps morts et les mi-temps.

La Jeep Elite souffre d’un manque de star

Les jeunes ne s’intéressent pas au basket français, ils ne jurent que par la NBA. Comment les intéresser ?

Le digital est essentiel. On a la progression la plus forte de toutes les Ligues. On est en train d’attirer un nouveau public grâce au digital et à la diffusion en clair. Nous allons d’ailleurs sortir une nouvelle application et un nouveau site internet.

Il faut aussi des stars sur le terrain !

C’est la responsabilité des clubs. Mais, pour qu’ils aient des stars, il faut que leur santé économique leur permette. Parce qu’il y aura plus de fans, plus de médias et plus de partenaires, il y aura une plus grande redistribution aux clubs qui s’en porteront mieux économiquement et qui investiront dans le sportif.

Marketing, billetterie, communauté, ce que le football inspire au Basket

Qu’est-ce que le basket peut prendre du foot et qu’est-ce que le foot pourrait prendre du basket ?

Il y a eu dans le football une très grande prise en compte dans tous les clubs de l’importance du digital et de la relation avec les fans qui est désormais quotidienne avec du storytelling sur les joueurs, sur les prochains matches, sur les rivalités, avec des clips, du graphisme, etc. Il y a une obsession de la relation avec les fans et de l’animation.

Tous les clubs ou presque ont un directeur digital et un community manager. C’était le chaînon manquant entre un sport extrêmement populaire et spectaculaire et une énorme demande de la part des fans entre chaque match qui consomme de l’image.

Cette évolution de la consommation implique un changement de public et elle implique une évolution des comportements et doit impliquer une évolution des stratégies marketing chez les marques de sport. Le foot a fait cette mue. Le basket doit s’en inspirer. On a un basket de territoires, on est ancré, on est ancien, mais il faut renforcer le basculement vers cette modernitélà. Le foot doit lui prendre du basket cette incroyable accessibilité de ses joueurs pour les fans.

Au basket il y a plus de proximité entre les joueurs et les supporters, tout le contraire du foot !

Les joueurs sont accessibles. Le foot devrait apprendre à se détendre ! Parfois ça frôle la paranoïa avec une communication extrêmement maîtrisée, une langue de bois à tous les niveaux, une crainte de la presse, tout ça brise la proximité alors que c’est ce que les gens veulent.

Le foot a d’excellents moyens de communication, mais a une communication trop maîtrisée, les supporteurs souffrant de cette langue de bois permanente. Le basket, c’est le contraire : il y a une disponibilité et une accessibilité totale des joueurs, maintenant il faut créer tous les canaux pour basculer dans cette ère de l’entertainment. L’essence du sport, ce sont les fans. La NBA a les deux : d’énormes moyens marketing avec, malgré tout, une absence de paranoïa.

C’est un concurrent pour nous en termes de télévision et d’implication des fans, mais c’est aussi une incroyable opportunité d’attirer les projecteurs sur ce sport. Bien sûr que la Ligue des Champions est plus forte que la Ligue 1, mais il n’y a aucune raison de choisir entre les deux. La Ligue des Champions, à part si vous êtes à Paris, vous la voyez à la télé.

La vraie possibilité de voir du foot, c’est d’aller le week-end au stade. Pour le basket, c’est pareil. La NBA, c’est génial, mais c’est loin. On ne veut pas remplacer la NBA, mais c’est le rêve, des joueurs qu’on ne verra sans doute jamais en vrai. La réalité, c’est la salle dans votre ville !

Le Basket veut d’abord progresser en France

Le basket a-t-il l’ambition de devenir, en France, le deuxième sport derrière le foot ?

Non et c’est un objectif qui ne se justifie pas. Dépasser le rugby n’est pas mon problème. Je veux tenir mon rang, voir ma base de fans progresser, mon économie aussi. Le rugby est aujourd’hui assis sur un contrat télé qui fait qu’il y a peu de chances qu’on remplace le rugby en termes de visibilité. Des droits télés de 100 millions n’ont jamais existé dans le basket. Avant cela, il y a des étapes.

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