mercredi 22 mai 2024

NBA : pourquoi les Américains détestent-ils Rudy Gobert ?

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Devenu au fil des années l’un des meilleurs pivots de la planète, Rudy Gobert ne fait pourtant pas l’unanimité en NBA, à l’image de sa 3ème place incompréhensible, derrière Marcus Smart (Boston) et Mikal Bridges (Phoenix) pour le titre de défenseur de l’année. Pourtant, le Français prouve match après match qu’il est indispensable au Jazz de l’Utah qu’il pourrait bien quitter à l’intersaison…

C’est bien connu. La NBA n’est pas du genre à faire dans le sentiment et, pour exister, il faut savoir repousser ses limites et se montrer fort face aux forts. Et depuis 2013, Rudy Gobert l’a bien compris. Et après 9 saisons et malgré trois titres de meilleur défenseur de la ligue américaine, on a l’impression que le Français n’a pas encore acquis la notoriété et le respect que ses performances méritent. Sa 3ème place cette année au titre de défenseur de l’année en est une nouvelle preuve.

« Si quiconque qui ne s’appelle pas Rudy Gobert faisait ce que je fais cette année, il serait le favori de la course et il n’y aurait même pas de discussion. » Pour le spécialiste NBA George Eddy (Canal+), cela peut s’expliquer par son style défensif. « Les Américains admettent que c’est un très bon pivot et qu’il est très fort. Le meilleur défenseur, sinon l’un des meilleurs. Je le compare un peu à Dikembe Mutombo. Il ne shootait pas beaucoup. Il ne marquait pas beaucoup. Même si Rudy est meilleur que lui en attaque»

Rudy Gobert, un spécialiste de son poste

« Disons, que ce genre de spécialiste passe inaperçu par rapport à de gros scoreurs comme Ja Morant, Luka Doncic ou Joel Embiid. Rudy est vraiment un spécialiste de la défense. Ce ne sont pas les joueurs les plus sexy dans le marketing américain. Si on considère qu’il est un peu sous-estimé, c’est surtout parce qu’il brille sur un plan défensif, mais ne se démarque pas sur les réseaux sociaux. Il a un bon discours, mais il ne sort pas de l’ordinaire. »

Pourtant, à 29 ans (il aura 30 ans le 26 juin), Gobert est sans contestation l’un des meilleurs pivots de la planète capable à lui seul de museler les meilleures attaques de NBA. Seulement, au Utah Jazz, on ne semble pas vouloir lui permettre de s’émanciper en attaque également.

En défense, il est impressionnant comme le confirme son 6ème podium en 9 années de présence parmi les meilleurs défenseurs de NBA. Une performance rare qui lui permet d’égaler une légende comme Hakeem Olajuwon et être derrière Dikembe Mutombo qui en compte 9 (dont 4 titres de NBA Defensive Player of the Year).

Cette année, Rudy Gobert a encore su montrer sa progression avec 14,7 rebonds par match, un record en carrière, et 2,1 contres de moyenne. Il est même le premier joueur de l’histoire de la NBA à enregistrer 15 points de moyenne (15,6) à plus de 70% aux tirs (71,3%). Mais il faut croire qu’il faut passer aussi par des performances en attaque pour enfin bénéficier de la reconnaissance même si avec 15,6 points par match Gobert est loin d’être ridicule.

Stop au « Rudy Gobert bashing » !

Dans la presse, on ne comprend pas pourquoi le Jazz ne veut pas s’appuyer plus sur la réussite du Français en attaque. D’autant plus qu’avec 71,3 % de réussite aux shoots, Rudy Gobert possède la plus grande adresse à deux points, notamment dans la raquette.

La séquence la plus marquante étant celle de Shaquille O’Neal, l’ancien pivot américain, qui n’a jamais été tendre avec Gobert par le passé, notamment lors de la signature de son nouveau contrat de plus 200 millions de dollars sur cinq ans, critiquant ouvertement les choix tactiques d’Utah lors des matches qui privent de ballons offensifs le Français au profit de Donovan Mitchell.

« Il faut que ses coéquipiers shootent moins à 3 points et qu’ils lui donnent davantage le ballon. » Quand ses coéquipiers veulent à tout prix voler la vedette, c’est souvent au détriment du médaillé d’argent des derniers JO de Tokyo comme le pense George Eddy.

« Utah devrait l’utiliser mieux comme Vincent Collet le fait en équipe de France. Le problème, c’est qu’ils ont décidé de donner la priorité absolue aux shoots à 3 points. Le meilleur joueur de l’équipe, c’est un croqueur notoire, Donovan Mitchell, qui ne fait pas de passes. Le jeu de Mitchell ne correspond pas à Rudy. Mais c’est aussi la faute du coach qui doit obliger à lui donner le ballon en position favorable. »

Un manque de respect pour Rudy Gobert ?

Pour le moment, la polémique n’est pas encore à son apogée, mais il semblerait que cela pourrait prendre de l’ampleur selon l’épilogue de cette saison 2021/2022. En coulisses, on parle déjà d’un possible trade qui pourrait permettre à Rudy Gobert de trouver le respect qu’il n’a pas. Pour George Eddy, cela semble être une évidence :

« Il a de la valeur. Golden State serait prêt à l’accueillir contre Andrew Wiggins et Andrew Wiseman. Il faut voir si Utah accepte. Mais s’ils se plantent en play-off, ils vont exploser l’équipe. Soit Rudy (Gobert), soit Donovan Mitchell va partir. Peut-être Quin Snyder aussi. Je pense que l’on ne verra pas la même équipe. Ils vont partir sur un nouveau cycle avec de nouveaux joueurs. Je serais ravi de voir Rudy à Golden State. Il serait entouré de shooteurs et de joueurs qui aiment se faire des passes. Ce serait la meilleure situation possible pour lui. C’est une équipe qui joue. Rudy peut avoir le rôle de Clint Capela à Atlanta. Il serait mis plus en lumière avec les Splash Brothers (Stephen Curry et Klay Thompson, Ndlr). Il peut passer un cap dans une autre équipe. »

Le All-Star lui donne la lumière

Son statut de All-Star doit lui offrir enfin la reconnaissance que son talent mérite. Dallas et Toronto seraient également intéressées… Gobzilla mérite en tout cas mieux que ce bashing permanent outre-Atlantique provenant des médias, d’anciens joueurs ou de joueurs actuels (Draymond Green par exemple son meilleur ennemi). Le Français est devenu la cible préférée de ses collègues !

« Il n’y a pas que Draymond Green qui parle de moi dans les podcasts et les émissions, beaucoup de gens essayent de discréditer ce que je fais tous les soirs sur le terrain ou essayent de dénigrer le joueur que je suis. Ça fait partie du métier et je prends ça comme un signe de respect. Si j’étais un défenseur ou un joueur moyen personne ne parlerait de moi, n’est-ce pas ?

« Quoi qu’il arrive, je prends toujours ces critiques comme une marque de respect. Personnellement, dès que je parle de Draymond Green ou d’un autre, je fais preuve d’un grand respect. Si ces gars veulent me manquer de respect c’est leur choix. De mon côté, je prends ça comme un signe de respect. » L’art de prendre de la hauteur…

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