mardi 5 juillet 2022

Olivier Lafargue (Bourges) : « On ne veut pas s’arrêter là ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Vainqueur 74-38 de Venise en finale de l’EuroCup, Bourges a décroché sa 6ème Coupe d’Europe (3 Euroligue en 1997, 1998 et 2001, 1 Coupe Ronchetti en 1995, et 2 EuroCup en 2016 et 2022). Pour le plus grand plaisir de son entraîneur Olivier Lafargue. Entretien pour Le Quotidien du Sport et France Basket.

Cette victoire en EuroCup efface-t-elle la déception de début de saison de ne pas s’être qualifié pour l’Euroligue ?

La déception de ne pas jouer l’Euroligue était là en début de saison, mais on est ensuite passé à autre chose très rapidement. Il fallait avancer et aller le plus loin possible en EuroCup. Ce qu’on a fait en ayant la chance de la gagner. Mais ça ne panse pas les plaies de la non qualification en Euroligue qui étaient pansées bien avant.

Mais c’est plus le poids de l’histoire, le fait que Bourges était habitué à jouer l’Euroligue qui faisait penser que c’était normal de la jouer chaque année (Bourges avait joué les 26 dernières éditions, Ndlr). A l’arrivée, on a vécu des moments intenses en EuroCup et pouvoir les partager avec notre public c’était génial.

Le score en finale est sans appel : 74-38, avec seulement 9 points inscrits par Venise en 2ème période. Le match parfait !

En tout cas, c’est un match qu’on a maîtrisé. On ne les a jamais laissés se mettre dans le rythme. Défensivement, notamment en 2ème période, on a été très costauds.

La victoire en Eurocup efface la déception de l’Euroligue

Iliana Rupert et Sarah Michel ont brillé dans deux registres différents.

Ce sont deux joueuses très importantes. Iliana réalise une très bonne saison, un peu plus dans le scoring que les autres années, mais de manière normale en profitant du départ d’Alex Chartereau qu’elle a remplacée dans les prises d’initiatives et les responsabilités.

Quant à Sarah Michel, c’est une leader, mais dans un rôle différent, pas dans le shoot, mais dans tout ce qui fait qu’une équipe fonctionne bien. C’est ce qui s’est passé sur cette finale défensivement et sur la justesse de jeu. Mais une joueuse comme Alix Duchet, même si c’est un crève-cœur qu’elle se soit blessée (touchée au genou en finale, sa saison est terminée, Ndlr), on lui doit beaucoup, beaucoup. Elle nous a apportés à des moments où d’autres étaient moins bien.

Avec 6 Coupes d’Europe, 14 titres de championne de France, 11 Coupes de France, Bourges est-il le plus grand club français hommes et femmes confondus ?

Ce n’est pas à moi de le dire. Mon travail, c’est de continuer à ce qu’on soit dans l’excellence et qu’on continue à ramener des titres. Après, en termes de titres, c’est un fait (sourire).

Le journal L’Equipe n’a pas fait la Une sur la victoire de Bourges. Ce succès européen a-t-il eu l’écho qu’il méritait ?

Malheureusement, on passera toujours après le foot et ce succès n’a pas eu un écho assez important par rapport au basket et au sport féminin. Ça m’embête car ça le méritait et ça aurait fait parler du sport féminin. Mais les handballeuses championnes olympiques n’avaient déjà pas fait la Une (Messi à Paris avait fait la Une, Ndlr). Cléopâtre Darleux avait d’ailleurs affiché son mécontentement.

« Etre dans le dernier carré de l’euroligue est une ambition qui doit animer les clubs français »

Le dernier club français à avoir remporté l’Euroligue, c’est Valenciennes en 2004. Estce devenu impossible économiquement ?

Avant, les meilleures françaises et étrangères jouaient dans des clubs français car c’étaient les plus costauds financièrement et les plus forts sportivement. Ce n’est plus le cas, mais on essaie de travailler différemment, de franchir les étapes. Arrivera-t-on à la gagner, je ne sais pas, face à des puissances financières qui sont très au-dessus, mais l’argent ne fait pas tout. Les clubs français arrivent à être en quarts de finale, il manque maintenant de se hisser jusqu’au Final Four. Essayons de porter cette ambition-là. C’est ce qu’on a envie de faire dans le futur, retrouver le très, très haut niveau de l’Euroligue en développant notamment notre budget pour rester attractif en termes de joueuses. La gagner, c’est autre chose, mais être dans le dernier carré est une ambition qui doit animer les clubs français.

Après l’exclusion des clubs russes (vainqueurs des cinq dernières éditions) suite au conflit avec l’Ukraine, cela aurait pu être l’année ou jamais…

Je pense qu’on avait l’équipe pour, mais il aurait fallu se qualifier et on n’a pas passé ce cap donc on ne le saura jamais.

Bourges peut-il attirer des joueuses du calibre de Gabby Williams ou Bria Hartley, deux Françaises finalistes de l’Euroligue avec Sopron et Fenerbahçe ?

On a conscience que ce n’est pas possible. Mais si on ne peut pas avoir Gabby Williams ou Bria Hartley, peut-être qu’on peut développer plein de jeunes joueuses françaises à très fort potentiel comme on l’a fait avec Alexia Chartereau, Iliana Rupert, Alix Duchet, Valériane Ayayi, Sarah Michel, des joueuses à qui on a pu permettre de franchir un cap. On doit continuer à le faire et à les fidéliser pour aller le plus haut possible.

Bourges a une grande équipe mais des interrogations

Iliana Rupert nous a annoncé qu’elle souhaitait jouer à l’étranger la saison prochaine. Avez-vous encore l’espoir de la garder ?

Iliana peut avoir des envies d’étranger. Je ne sais pas ce qu’il en sera. Mais c’est un honneur d’être à Bourges et, si elle est encore à Bourges la saison prochaine, elle sera très heureuse.

Si elle part, ce sera une lourde perte.

Moi j’ai à faire l’équipe la plus compétitive, avec Iliana, si elle est là, ce que je souhaite, ou sans elle si elle part. Ce qui est sûr, c’est que tout le monde serait très content si elle restait une année de plus.

Est-ce aujourd’hui la meilleure joueuse en Europe ?

Ce serait dire que Gabby Williams, MVP du Final Four de l’Euroligue, c’est moins fort, que Alina Iagupova (Fenerbahçe, Ndlr) c’est moins fort, que Sandrine Gruda c’est moins fort ? Iliana est une très bonne joueuse, très jeune, avec de la potentialité qu’elle arrive maintenant à affirmer. Elle sait très bien que c’est dans la durée qu’elle doit continuer à avoir cet investissement, ces résultats et cette efficacité.

Ne commençons pas à lui mettre un poids incroyable sur les épaules, mais laissons-la grandir comme elle a grandi jusqu’à présent. Il faut encore qu’au niveau international, en équipe de France, elle prenne du galon, des responsabilités. C’est à Jean-Aimé Toupane et au staff de l’équipe de France de l’accompagner.

Bourges n’a plus été champion de France depuis 2018. Y a-t-il à cœur de redevenir numéro 1 en France ?

Evidemment qu’on a envie de gagner la Coupe de France et le championnat ! Ce n’est pas parce qu’on a gagné la Coupe d’Europe qu’on va s’arrêter là. Si on arrive à faire le triplé, ce sera une première dans l’histoire ! En même temps, il n’y a jamais eu autant d’opposition et de niveau en France. Le niveau se resserre et ça devient de plus en plus dur d’aligner les titres.

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