mardi 25 juin 2024

Pierre-Christophe Baguet : « En France, le sport n’est pas assez protégé ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Maire de Boulogne depuis 2008, Pierre-Christophe Baguet, qui voue une vraie passion pour la balle orange, se félicite de la bonne saison des Metropolitans 92. En attendant d’offrir à l’équipe du Grand Paris Seine Ouest son propre palais des sports…

D’où vous vient cette passion pour le basket ?

J’ai joué au basket jusqu’en Excellence Régionale. J’ai commencé tout petit à l’Olympique Boulogne, un club paroissial. On jouait dehors contre l’Alsace de Bagnolet, Ménilmontant Patro sport, Maison Blanche, tous des clubs paroissiaux.

Contre Ménilmontant, on avait dû pousser la neige pour jouer ! De bons souvenirs même si je n’ai jamais rêvé de faire carrière, j’étais trop petit. Puis en minimes-cadets, le club a intégré l’ACBB. Plus tard, l’ACBB a voulu créer une section féminine en intégrant les Roses du Parchamp, le club du collège catholique du Parchamp, Dans cette équipe féminine, il y avait ma future épouse et celle d’Alain Weisz ! (rires) C’est comme ça qu’on s’est tous connu.

Vous avez été aussi président du club de basket de l’ACBB.

Oui, mais très peu de temps, de 1982 à 1983, car j’ai intégré le conseil municipal en 1983 à 28 ans. On ne pouvait pas être élu de la ville et président de section. J’ai donc démissionné de la présidence de la section basket.

Pierre-Christophe Baguet a préféré la politique au basket dans sa jeunesse

Comment vous êtes-vous retrouvé à racheter en juin 2019 les Levallois Metropolitans ?

On réfléchissait à la construction d’un palais des sports sur l’Ile Seguin. Notre territoire Grand Paris Seine Ouest compte huit communes, dont je suis le président et 2200 licenciés basket. Une concentration incroyable, avec Vanves qui jouait alors en N1, Val de Seine Basket ; un club commun à Boulogne, Sèvres et Chaville, qui monte en N2, Meudon en N3 et l’ACBB qui est un des plus grands clubs de France avec près de 850 licenciés. On voulait faire comme pour la musique avec nos sept conservatoires, permettre aux meilleurs élèves de progresser en passant de l’un à l’autre. On l’a fait pour le hand féminin avec le Paris Issy 92 qui joue en 1ère Division.

GPSO s’est fixé d’accompagner les clubs du territoire pour aller au sommet. On voulait faire de même avec le basket. Malheureusement, le palais des sports de l’Ile Seguin a été sacrifié à la demande des associations écologistes. Le sport n’est du reste pas assez protégé en France. Aujourd’hui, n’importe qui attaque n’importe quel permis de construire de façon égoïste et personnelle. A l’arrivée, c’est le sport qui est sacrifié.

Ce n’est pas normal. Le sport devrait être protégé dans les règles d’urbanisme. Le sport n’a pas été évoqué lors de la campagne présidentielle. Notre nouveau projet de palais des sports est encore attaqué. Aujourd’hui, je n’ai pas de calendrier. Je ne sais pas quand le Tribunal Administratif tranchera. Ça peut durer entre deux et dix ans !

Encore une fois, le sport n’est pas protégé. C’est un problème national. Le silence de la Ministre des Sports sur le sujet est assourdissant. Pour en revenir à notre histoire, Jean-Pierre Aubry, président du club de Levallois a entendu parler de notre projet. Nous avions prévu de prendre notre temps avec nos différents clubs de GPSO. Conscients de la grande difficulté de monter de division. Des clubs de Pro B essayent de monter dans l’élite depuis des années.

De son côté, le club de Levallois était en grande difficulté, menacé de relégation. Jean-Pierre Aubry nous propose de nous céder le club avec l’accès direct en Pro A. J’ai alors appelé mon ami Alain Weisz pour avoir son avis et pour savoir s’il serait de cette aventure. Aujourd’hui, la SCIC détient 95% du club, 5% appartenant toujours au Levallois Sporting Club.

« Des clubs de Pro B essayent de monter dans l’élite depuis des années »

N’est-ce pas paradoxal de racheter un club alors que la tendance est au désengagement des collectivités ?

Le propriétaire du club est la SCIC, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif, dont la ville est actionnaire, qui porte des projets aussi variés que le Vendée Globe, le soutien aux athlètes olympiques, la Maison de la Planète, etc. Cette association de partenaires privés et la collectivité permet de rayonner très largement dans de nombreux domaines notamment sportifs.

Que répondez-vous à ceux qui critiquent cet investissement ?

Boulogne-Billancourt est la ville privilégiée pour de nombreux franciliens, la ville préférée des cadres et des familles. Tout le monde veut y habiter et y travailler de par sa qualité de vie. Notre force, c’est la sécurité, la culture, le social, l’économie… La ville compte 22 000 licenciés dans un club de sport. Elle s’appuie sur le plus grand club omnisports municipal de France avec l’ACBB et ses 13 000 membres.

La ville coche quasiment toutes les cases sauf celle de l’image sportive. Il y a une envie de sport à Boulogne-Billancourt, sans avoir de réelle vitrine. Le palais des sports s’inscrit dans cette démarche, c’est un gros projet (de 70 millions, Ndlr). Boulogne-Billancourt est la ville qui a les impôts les moins élevés des grandes villes de France. La ville est très bien gérée. Elle est classée depuis trois ans la grande ville de France la mieux gérée. Nous pouvons porter ce projet ambitieux.

« On n’aura jamais les moyens de Monaco et Villeurbanne »

Le club occupe les sommets de Betclic Elite cette saison. Vous prenez-vous à rêver de titre ?

On avait annoncé des ambitions pour le club. Pour l’instant, nous sommes en avance sur la feuille de route. A l’époque, le club risquait la descente. Il faut toutefois relativiser ces résultats car, sur le papier, on est derrière les deux gros, Monaco et l’ASVEL. Mais, le charme du sport demeure comme perdre en Coupe de France contre Strasbourg (sourire). Nous n’aurons jamais les moyens de Monaco et Villeurbanne.

Aujourd’hui, nous sommes bloqués dans notre démarche par les recours sur le palais des sports. Et quand je vois la situation du basket pour Paris 2024 ça m’attriste d’autant plus que j’ai été reçu par le Comité Olympique. Je leur ai proposé notre projet au pied d’une station de métro à 500 m de Coubertin. La ville leur offrait un palais des sports tout neuf de 5000 places hyper connecté. Du jamais vu !

On aurait pu accueillir le e-sport en sport de démonstration, Boulogne-Billancourt étant la seule ville de France à compter une équipe professionnelle. Nous ne demandions rien, le projet était financé, juste de l’inscrire dans la loi olympique pour le protéger des recours. Ils n’en ont pas voulu alors que ça aurait pu dépanner !

« Nous sommes en avance sur la feuille de route »

Quand ce palais des sports verra-t-il finalement le jour ?

On ne sait pas ! Le club a une convention d’accueil avec la ville de Levallois jusqu’en juin 2023. Le club cherche des solutions, Issy les Moulineaux par exemple, mais rien n’est jamais simple. Issy-les-Moulineaux nous tend la main et est prêt à nous accueillir pour plusieurs années, le temps que les recours soient levés à Boulogne-Billancourt toutefois la salle a une capacité limitée. De son côté, la ville de Levallois souhaite se désengager du basket professionnel au profit du volley féminin. Je respecte ce nouveau choix.

Quelle est la spécificité des Metropolitans 92 par rapport à Nanterre et au Paris Basketball les deux autres grands clubs d’Ile de France ?

Il y a de la place pour trois clubs en Ile de France. Londres et sa banlieue le prouvent bien avec ses nombreux clubs de foot. Le centre de formation des Metropolitans 92 est à Boulogne-Billancourt et c’est l’un des plus beaux de Betclic Elite. Notre projet s’inscrit dans la durée notamment avec Mous Sonko capable de fédérer à lui tout seul de nombreux jeunes talents issus des banlieues.

Pierre-Christophe Baguet se félicite de la présence du Basket en Ile de France

Pourquoi ne pas s’être rapproché du PSG qui est déjà dans le hand ?

Le PSG a ses bureaux à Boulogne-Billancourt. BeIN SPORTS aussi. On se connait. Tout est possible (sourire).

Il manque un grand club féminin en Ile de France. Pourquoi ne pas avoir investi à ce niveau ?

La ville subventionne le Stade Français qui évolue en N2 et qui compte 30 % d’adhérents boulonnais. C’est le club féminin qui joue au plus haut niveau en Ile de France (avec Sceaux, Franconville et Sannois Saint-Gratien qui évoluent en N1, Ndlr).

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