dimanche 2 octobre 2022

Rémi Giuitta : « Être le Villeurbanne de Marseille ! »

À lire

Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Arrivé au club en 2004, à 27 ans, en N2, le coach des Byers y a tout connu. Il espère que cette 2ème saison dans l’élite se passera mieux que la première (17ème et relégué en 2018/2019)…

Fos-sur-Mer est de retour dans l’Elite. Au vu du recrutement, ce n’est pas vraiment une surprise.

Le recrutement a été bon, mais avec aussi des jeunes du centre de formation et les deux doyens de la division ; Mamadou Dia et Karim Atamna. L’équipe n’était donc pas surdimensionnée pour écraser tout le monde ! Fos n’était pas l’épouvantail de la Pro B. C’est surtout l’alchimie collective qui a créé les conditions de notre réussite.

Une montée qui s’est finalement jouée sur des détails.

C’était un championnat très ouvert avec six à huit équipes de même niveau. On n’a pas été épargné par les blessures, à l’image des croisés de Lucas Hergott dès le début de saison en Coupe de France, et la Covid, mais ça a resserré les liens et on s’est servi de toutes ces épreuves pour afficher une grande force de caractère qui nous a permis de rebondir lors des matches décisifs, de remporter plusieurs « finales » au cours de cette saison.

La première pierre à cette saison historique et exceptionnelle a été notre victoire en Leaders Cup en jouant à 6 !

Les instances enthousiastes à l’idée de voir Paris monter

On parle davantage de la montée de Paris que de celle de Fos. Comment le vivez-vous ?

Les instances sont très enthousiastes de voir Paris monter en 1ère Division, beaucoup moins pour Fos… On ne va pas faire les Calimero, mais c’est une réalité. Lors de notre montée précédente, on a été la seule équipe non diffusée à la télé. Fos-sur-Mer ne fait pas rêver au plus haut niveau des instances… On essaye de construire un projet pérenne, sans faire de folies. Nous voulons délocaliser certains matches à Marseille pour augmenter notre exposition.

On a d’ailleurs réalisé la meilleure progression sur les réseaux sociaux de toute la Ligue cette année. C’est sûr que si on s’appelait OM Basket ou Marseille Basket, le ressentiment aurait été tout autre. Si on est un peu excentré de Marseille, on est quand même dans la deuxième Métropole de France. C’est aussi la réalité du basket français qui se fait avec des clubs comme Cholet ou Roanne. L’ASVEL, c’est Villeurbanne et pas Lyon. Même si on a besoin de grandes villes comme locomotives, le basket français est un basket de fiefs. On n’en rêve pas moins d’être un jour le Villeurbanne de Marseille !

Fos dans l’ombre de l’OM

N’avez-vous pas tenté un rapprochement avec l’OM ?

On a eu des discussions à plusieurs reprises par le passé mais, quand on connaît l’instabilité d’un club comme l’OM, c’est peut-être un mal pour un bien. Délocaliser des matches à Marseille, mettre une collaboration en place, oui, mais on ne veut non plus pas être dans l’ombre d’un club de foot qui est très particulier. L’OM, ici, c’est une religion ! On est plus une alternative à l’OM qu’un concurrent. Beaucoup de gens se retrouvent aujourd’hui plus dans le basket et ses valeurs, avec une vraie proximité, un public plus jeune et féminisé, des joueurs plus abordables.

« Fos-Sur-Mer ne fait pas rêver au plus haut niveau des instances… »

Y a-t-il la place pour un grand club de basket à Marseille ?

La place, elle y est. La grosse difficulté pour faire émerger un gros club, c’est la volonté politique. On est la seule Métropole qui n’a pas pris le sport de haut niveau dans ses compétences, il reste celle des villes. A Marseille, mis à par le Cercle des Nageurs et l’Olympique de Marseille, plus le hockey sur glace champion de 2ème Division cette année, il y a un vrai retard en matière de sport de haut niveau.

On peut comparer Fos à Gravelines et aujourd’hui on n’a pas tout le soutien des industriels alors qu’il y a un potentiel très important. Le port autonome de Marseille est quand même situé à Fos-sur-Mer. Il y a un vrai tissu économique. En s’investissant un peu plus et en jouant davantage leur rôle sociétal, ils pourraient vraiment aider le club à passer dans une autre dimension. Ce qu’on vit actuellement est exceptionnel, mais on a de tout temps surperformer par rapport à nos moyens financiers. Dans l’élite, la marche est très haute et il faut réunir les conditions pour se maintenir.

« Le Basket Français est un Basket de fiefs »

Vous étiez déjà l’entraîneur lors du premier passage dans l’élite en 2018/2019. Quelles leçons en avez-vous tirées ?

Très peu de clubs finissent avec l’effectif qu’ils ont construit l’été. La capacité à modifier son équipe, à remplacer des blessés ou à se séparer de joueurs et à prendre d’autres quand ça va mal, une capacité qui n’est pas la marque de fabrique du club qui a plutôt tendance à être fidèle et patient avec ses joueurs, cela nécessite des moyens et c’est ce qui coûte le plus cher. Quand on est monté, on s’est retrouvé coincé, à devoir faire le dos rond avec quasiment l’équipe qui avait été construite.

Le deuxième enseignement, c’est que je m’étais un peu perdu à vouloir faire des compromis avec pas mal de joueurs sur l’exigence et sur des valeurs que j’ai toujours défendues mais, au final, je me suis retrouvé otage de la situation car ne pouvant pas faire différemment.

Je ne suis pas dupe, mais il est aussi important d’avoir des joueurs investis autour d’un projet comme ça a été le cas en Pro B où on jouait toujours le haut du tableau avec des objectifs collectifs élevés. Après, quand vous vous retrouvez au plus haut niveau avec le plus petit budget, vous vous exposez à avoir des joueurs sur un temps très court, pour se servir du club comme tremplin et ce n’est pas trop notre identité.

La priorité est de conserver une grande majorité de l’équipe qui a été championne de France de Pro B, de conserver la dynamique humaine et des joueurs investis, ce qui pourra être utile quand on va vivre des moments difficiles pour rester unis et gagner les matches qu’il faudra pour se maintenir. Je passe beaucoup de temps sur le recrutement car je sais que, derrière, j’ai très peu de marge de manœuvre.

Quand on voit Chalon ou Boulazac qui ont quand même des budgets importants et qui redescendent, même si Le Portel est un contre-exemple en réussissant des prouesses avec une ferveur populaire importante, il faut des effectifs conséquents. Il nous faudra un brin de talent supplémentaire par rapport à l’équipe de Pro B pour assurer le maintien.

Le Basket à Fos dépend de la dynamique sportive

Au-delà du maintien, y a-t-il l’objectif, à moyen terme, de viser plus haut ?

Je suis au club depuis 17 ans donc je rêve toujours plus grand. Mais, comme je l’ai dit, tout dépendra de la dynamique économique. Il y a largement le potentiel dans la deuxième Métropole de France, autour d’un axe Marseille-Aix-Fos, d’avoir un club qui joue une Coupe d’Europe ! Bourg et Chalon y sont bien parvenus. Jusqu’à présent, ça a toujours été le sportif qui a tiré le club vers le haut, mais au plus haut niveau il faut que la tendance s’inverse. Il manque juste une petite étincelle pour que le basket prenne ici une place importante. Aix en hand est un bon exemple à suivre. Avec l’Arena, le club est passé dans les tops clubs français.

Ne manquez-pas France Basket, en vente ici, ou chez votre marchand de journaux

spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi