lundi 27 mai 2024

Réro (interview) : Rodolphe Gilbert raconte sa victoire sur Boris Becker, en 1993

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Tombeur de Boris Becker, n°4 mondial, en 1993 (7-5, 6-3, 7-5), Rodolphe Gilbert revient sur cet exploit.

Le 26 mai 1993, vous battez Boris Becker au 2ème tour de Roland-Garros. Est-ce le moment le plus fort de votre carrière ?

Un des plus intenses, sans aucun doute. Cela a été un moment important, mais pas le plus fort non plus. Cela n’a pas été un match lambda pour autant. Curieusement, je conserve un autre souvenir plus exaltant d’un match perdu à Bercy contre Chang. C’est celui-là qui m’a le plus marqué.

Jouer néanmoins Boris Becker sur terre battue vous accordait-il davantage de certitudes ?

C’était bien mieux de le jouer sur terre que sur gazon. Le battre sur le central de Wimbledon aurait eu une dimension bien supérieure. Mais sans être un pur spécialiste de terre battue Boris savait tout de même bien jouer sur cette surface. Il avait déjà accompli de belles performances à Monte-Carlo. Il avait même failli battre Muster…

Cependant, pour moi, ce match contre lui avait une saveur particulière. On était à Paris. De mémoire, et sans prétention, je sentais que j’allais gagner la veille du match. C’était un sentiment qui arrive très rarement.

En tout cas chez moi. Ce n’était même pas une question de niveau de joueur. J’aurais pu jouer un 300ème mondial et je n’aurais pas eu du tout cette sensation-là. C’était vraiment étrange. Je me suis dit : je vais gagner.

Le court central de Roland Garros spécial

Aviez-vous une stratégie en tête en entrant sur le court ?

Je n’avais pas commis la même erreur que l’année précédente, quand j’avais perdu sur ce même court, contre Pete Sampras. A ce moment-là, je m’étais senti un peu perdu contre l’Américain. Je ne m’étais pas échauffé comme il le fallait. J’avais été déboussolé car le court Central est un endroit très particulier.

Ce court a beaucoup de largeur et de profondeur par rapport aux autres sur lesquels on évolue plus généralement. En 1993, j’avais bien pris le temps de faire des gammes dessus. J’étais venu m’échauffer dès le matin. Je voulais taper un maximum de balles sur le court pour prendre mes repères au mieux.

Puis je m’étais inspiré d’une défaite de Boris Becker contre un certain Franco Davin (ex30ème mondial) à Nice quelques semaines auparavant. Cet Argentin avait abusé des coups droits bombés sur le revers de l’Allemand.

Je m’étais dit : je vais essayer de faire exactement la même chose. Je voulais vraiment le tenir à distance du fond du court avec des balles très liftées. C’était mon idée de départ en venant de temps en temps au filet.

Le gain du premier set par 7 jeux à 5 a-til été décisif et conduit vers la victoire ?

En tout cas, cela m’avait bien encouragé dans le fait que j’étais sur la bonne voie. Cela me confortait dans l’idée que j’avais eue la veille, à savoir que j’allais gagner. Je ne sais pas si d’autres joueurs ont déjà eu ce sentiment étrange par moments (sourire). Je sentais que cela allait vraiment passer pour moi. On ne peut pas vraiment l’expliquer.

« Je m’étais inspiré d’une défaite de Boris Becker contre un certain Franco Davin à Nice »

Quel avait été le discours de vos entraîneurs la veille du match ?

Ce sentiment en mon for intérieur je l’ai gardé pour moi (rires). Avec mon entraîneur de l’époque (Thierry Tuslasne), on s’était tenus à ce qu’avait fait encore une fois Franco Davin contre Becker. Tout en ne reniant pas mon identité de jeu non plus…

Ensuite vous aviez perdu contre Dosedel (4-6, 7-5, 6-4, 6-4). Le fameux phénomène de décompression après votre exploit contre Becker ?

Je n’arrivais vraiment pas à battre ce joueur. Il me posait beaucoup de problèmes ! Pourtant, j’avais eu quelques occasions contre lui pendant la rencontre qui m’auraient permises peut-être de passer le cap. Il était assez méconnu du grand public (ex-26ème mondial). Mais sur terre battue c’était un bon client.

Contre lui peut-être aussi que j’avais été un peu moins impliqué que contre Becker. Bien entendu j’aurais voulu continuer ma route. Cela s’était joué sur un court n°1, un court que je n’aimais pas du tout. Je le détestais même. Là encore, je n’avais pas fait cette demande de ne pas jouer sur ce court.

Avez-vous visionné votre exploit contre Boris Becker des années plus tard ?

J’ai revu des bribes de match. Rien qu’en tapant sur YouTube c’est le premier truc qui apparaît. Mais je ne me suis pas dit : bon allez je vais me faire une cassette (rires).

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