jeudi 13 juin 2024

< Rétro > Marc Lièvremont : « Le France-All Blacks a marqué l’histoire du rugby français »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Douze ans plus tard, l’ancien sélectionneur du XV de France revient sans filtre sur ce moment d’anthologie entre la France et les All Blacks.

Quels souvenirs vous reste-t-il de la Coupe du Monde 2011 ?

Douze ans plus tard, avec du recul, je ne garde que du bon. Cette période n’a pas été que simple. Elle a généré énormément d’émotions pour moi, pour tous les gens concernés par cette aventure, et tous les suiveurs. Douze ans plus tard, je positive l’ensemble de cette histoire, du premier jour de préparation fin juin, jusqu’au 23 octobre 2011, date de la finale. Malgré la défaite, les regrets, j’en retire que du positif. Mais bien sûr on aurait aimé être champions du monde.

Comment la France a pu perdre contre les Tonga (14-19) et être à deux doigts de décrocher le Graal quelques jours plus tard ?

Car cette équipe avait beaucoup de potentiel. Le parcours d’un champion du monde n’est pas toujours linéaire. On a aussi évolué dans un climat de scepticisme, de critiques, et donc dans un contexte pas toujours extrêmement favorable. Il y a eu quelques moments compliqués, mais cela fait partie de la vie d’un groupe. Après cette gifle contre les Tonga, l’équipe a su réagir pour donner son meilleur jusqu’au bout.

Vous avez été personnellement pas mal critiqué…

Cela n’a pas été que des moments agréables. Avec un rapport à la presse pas que simple… Il était aussi la résultante d’un parcours de trois ans et demi pas toujours linéaire, avec des performances et des contre-performances. Et disons-le, une forme d’animosité d’une bonne partie de la presse à mon égard. Mais même dans les moments les plus compliqués, j’ai toujours reçu aussi énormément de témoignages de sympathie et d’estime, y compris de la part de beaucoup de journalistes.

« Ce groupe a su aller jusque-là car il a été en rébellion »

Pendant la compétition, on a beaucoup évoqué que les joueurs s’étaient mis en auto-gestion. Alors réalité ou fiction ?

Quand ils ont subi cette humiliation (contre les Tonga) qui a concerné l’ensemble du groupe, le staff, les joueurs, moi-même se sont pris en main, se sont responsabilisés. Mais dire qu’il y ait eu une auto-gestion au sens strict du terme, cela n’a jamais été la réalité. Ensuite, c’est vrai qu’il y a eu des rapports plus tendus avec certains, car c’est une Coupe du monde qui arrive au bout d’un cycle de quatre ans.

Il y a forcément des accords, des désaccords, des moments de tension. Mais mon management a toujours été celui de faire confiance, lequel permettait et encourageait l’autonomie. J’ai été ravi de voir cette prise de conscience collective des joueurs. Je l’ai aussi provoqué. Après, j’aurais préféré une meilleure harmonie. Ce groupe a su aller au bout car à un moment il a été dans la rébellion contre les éléments, eux-mêmes, contre moi en partie.

Marc Lièvremont n’en veut pas à Joubert

En finale, l’arbitrage de Craig Joubert a fait beaucoup parler…

L’arbitrage fait partie du jeu. On apprend dès le plus jeune âge que l’arbitre peut se tromper, qu’il faut respecter ses décisions. Préparer une finale dans ce contexte, c’est aussi appréhender ces choses-là. Très certainement l’arbitrage nous a été défavorable. Malgré tout, les garçons ont su tout donner jusqu’au bout. On aurait préféré un arbitrage un peu moins à charge. Mais, encore une fois, il fait aussi partie du jeu.

Si on tient une approche un peu philosophique de cette finale et des événements, on peut alors se dire que les Blacks s’étaient donnés le droit d’avoir un arbitrage un peu plus favorable par rapport à la qualité de leur parcours, là où nous, on avait eu des matches plus compliqués avec deux défaites en poule. Probablement aussi que l’arbitre a été un peu influencé par ce contexte et la personnalité du capitaine néo-zélandais Richie Mc Caw.

L’enceinte était remplie bien sûr de supporteurs néo-zélandais. De mon côté, il n’y a pas de rancoeur aujourd’hui. On s’était préparé à cela. Malgré cet arbitrage défavorable, on aurait pu aussi gagner le match. Il y a quelques coups qu’on aurait pu mieux exploiter pour être champions du monde.

François Trinh-Duc avait même la pénalité pour la gagne !

Oui, celle-là et d’autres, on a eu des opportunités de gagner le match malgré l’arbitrage. On parle encore aujourd’hui de la finale de 1999, une autre génération, et celle de 2011. Même s’il n’y a pas eu de titre, cela a marqué l’histoire du rugby français. Cela compte aussi.

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