dimanche 24 septembre 2023

[Rugby] Coupe du monde : l’Uruguay, une « équipe de fous » ?

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

FRANCE – URUGUAY (Jeudi, 21h)

Après la victoire sur la Nouvelle-Zélande, le XV de France sera opposé à l’Uruguay jeudi. Habités par une fibre patriotique exacerbée, les Uruguayens veulent créer la sensation. Mais il ne suffit pas de vouloir…

Santiago Arata n’a vraiment pas préparé la Coupe du monde de la meilleure des manières. Blessé, le demi de mêlée de Castres a dû se faire opérer en urgence d’un doigt : « Dans un moment essentiel, pour ne pas perdre de temps et arriver fin prêt pour le premier match le 14 septembre (contre la France, Ndlr) », nous confie le Castrais. Mais le natif de Montevideo n’en démord pas. Il garde cet objectif de 3ème place du groupe dans un coin de sa tête :

« Cela fait un moment qu’on se prépare pour cela. C’est vraiment la première fois que la question de cette place se pose. Depuis qu’on a entamé la préparation, on a tous conscience qu’on a une belle opportunité de continuer à faire ce que l’on sait. Avec cette cohésion de groupe, on veut écrire l’histoire de l’Uruguay. On en a assez d’aller en Coupe du monde juste pour y participer. »

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« On veut toujours s’améliorer. Dans notre poule, on a un adversaire direct, la Namibie. On a joué contre eux récemment (victoire de l’Uruguay 26 à 18, Ndlr). Avant cela, on avait perdu de peu contre l’Italie (17 à 10 en novembre 2021, Ndlr). A nous de saisir notre chance et de vraiment y croire pour battre le 20 septembre l’Italie et jouer une finale contre la Namibie (le 27 septembre, Ndlr), dans cette perspective de finir 3ème et de décrocher une qualification directe à la prochaine Coupe du monde. On va tout faire pour remplir cet objectif. On le veut, on y croit et on a travaillé pour cela. Malgré ma blessure, j’ai encore cette opportunité d’en être ».

« On veut écrire l’histoire de l’Uruguay »

Depuis la victoire étincelante des Teros contre les Fidji (30-27) lors de la Coupe du Monde 2019 au Japon (la première victoire de ce pays dans cette compétition depuis 16 ans), l’Uruguay se sent pousser des ailes : « Ce succès nous a montré la voie, celle de pouvoir jouer à haut niveau en battant de grosses sélections. C’est arrivé tellement de fois qu’on passait beaucoup de temps sans avoir le moindre résultat. C’était tellement frustrant. La sélection uruguayenne a conscience de son passé. Elle garde ce beau souvenir réussi contre les Fidji, mais cela ne veut pas dire non plus qu’on va battre l’Italie. C’est juste un moteur supplémentaire ». Quand on parle d’identité de jeu uruguayen, elle n’est pas si lointaine de celle prônée par les Pumas. Néanmoins avec quelques petites différences :

« C’est une mentalité de guerriers sanguins. On est des Latins. On aime défendre le maillot. Représenter notre pays dans le monde est une fierté. Il y a ce feu qui te brûle quand tu es sur le terrain. C’est notre marque de fabrique, c’est dans notre ADN. On aime batailler en défense et sur tous les ballons. On va jouer notre premier match contre la France. Ils vont batailler pour gagner la Coupe du monde. Nous, on est loin de cela et on l’assume. On prépare toutefois le match comme si c’était une finale. Ils nous sont supérieurs, mais on ira. L’amour de ce maillot nous guide. »

L’Uruguay, le pays aux 10 000 joueurs de rugby

« On est un peu fous. Notre style est très similaire à celui de l’Argentine. On parle la même langue. Mais chez nous c’est encore plus profond dans le sens où on sacrifie tout. On a peut-être 10 000 joueurs de rugby. On connaît notre histoire, tout ce que cela nous coûte pour jouer une Coupe du monde. Pour nous, cette compétition c’est du one shot. Il n’y en aura pas mille derrière. On vit donc cette échéance de manière différente. Tous les joueurs ne sont pas professionnels. On vient d’un endroit différent… ».

Mais quand on compare les similitudes du style de Santiago Arata avec celles d’Antoine Dupont, l’ancien joueur de Penarol rétorque avec admiration et classe : « C’est forcément appréciable d’entendre cela. Antoine Dupont est le meilleur joueur du monde. C’est un super gars. J’apprends beaucoup de lui et je prends plaisir à le regarder. Jouer contre lui, c’est spécial. Je l’ai fait avec Castres contre Toulouse. Là, cela va être avec l’équipe nationale. Contre lui, c’est le plus grand défi individuel que tu puisses relever ». Un homme est également une clé de voûte de ce rugby uruguayen en pleine évolution. Il s’agit du sélectionneur Esteban Meneses :

« Cela fait un moment que je le connais. Je le respecte beaucoup. Il me connaît très bien. On a cette confiance commune pour se dire les choses. Je l’apprécie beaucoup. On a partagé beaucoup de choses ensemble. On a vécu des moments forts. C’est un homme qui donne beaucoup au groupe et lui procure beaucoup de confiance. Il nous met dans la tête qu’on peut y arriver. C’est important pour nous, joueurs. Les seuls à pouvoir vraiment y croire, c’est bien nous ! ».

l’Uruguay, le petit poucet du rugby mondial

Car dans un pays dingue de ballon rond, difficile de se faire une place quand on manie celui ovale. Mais le demi de mêlée castrais espère voir affluer pas mal de supporteurs uruguayens pendant la Coupe du monde :

« On n’est pas l’équipe de France. Dans notre pays, tous les moyens sont placés dans le football. Ce sport absorbe tous les regards. Avec Cavani, Suarez, Forlan… Nous, on représente une minorité. Néanmoins, préparer une Coupe du monde reste quelque chose de merveilleux. L’Uruguay demeure un pays familial avec une culture attachante. La sélection uruguayenne de rugby reçoit malgré tout un soutien populaire croissant. »

« La Coupe du monde se déroule cette fois en France. C’est un endroit idéal, pas à l’autre bout du monde comme le Japon. C’est plus accessible pour beaucoup de personnes. On devrait compter sur un millier d’Uruguayens. Inconsciemment, on sent que cela va être une Coupe du monde différente et unique pour nous. Jamais on a reçu un tel soutien. J’espère que les gens vont nous pousser à chaque match ». Les Teros en auront besoin s’ils veulent marquer les esprits dans cette Coupe du monde.

Calendrier

  • 14 septembre, 21h : Uruguay France (Stade Pierre-Mauroy, Lille)
  • 20 septembre, 17h45 : Uruguay Italie (Allianz Riviera, Nice)
  • 27 septembre, 17h45 : Uruguay Namibie (Groupama Stadium, Lyon)
  • 5 octobre, 21h : Uruguay Nouvelle-Zélande (Groupama Stadium, Lyon)

22

Lors de la coupe du Monde 2019, l’Uruguay ne présentait que 22 joueurs à temps plein.

Peut-elle rêver de la 3ème place de poule comme en 1999 ?

A partir de 1994, c’est le début d’une certaine embellie pour le rugby uruguayen. Sous la direction de Daniel Herrera (entre 1994 et 2001), celui-ci parvient à qualifier les Teros pour la Coupe du Monde 1999. Lors de son premier match, l’Uruguay bat l’Espagne (27-15), mais tombe logiquement contre l’Ecosse (43-12) et l’Afrique du Sud (39-3).

L’Uruguay est éliminé, mais fait un beau 3ème. La sélection peut-elle s’attendre à atteindre cette même place dans la Coupe du monde à venir en France ? Pour cela, il faudra impérativement battre l’Italie. Leur collectif est moins complet et les Italiens ont davantage de vécu et l’habitude des matches de haut niveau. Donc une troisième place semble difficile à croire pour l’Uruguay.

Le saviez-vous ?

Felipe Berchesi reste un personnage incontournable du rugby uruguayen. En 2019, lors de la Coupe du Monde, il inscrit 15 points contre les Fidji. Un record pour cette sélection.

Les plus de l’Uruguay

  • Soyons certains que les Uruguayens vont mettre toutes leurs tripes sur le terrain. Ce qui leur avait permis de battre les Fidji en 2019.
  • Le Castrais Santiago Arata est un maître à jouer. Il a l’habitude de disputer des rencontres de très haut niveau.
  • La plupart des internationaux évoluent dans leur pays. Ils se connaissent parfaitement et leur sélectionneur les motive.

Les moins de l’Uruguay

  • L’Uruguay va tenter de ramener au moins une victoire dans sa phase de groupes. Mais ce ne sera pas facile dans cette poule avec la Nouvelle-Zélande et la France.
  • S’il fera tout pour arriver dans les meilleures dispositions, la blessure d’Arata juste avant le début de la compétition n’a pas été une bonne nouvelle surtout avec un réservoir aussi limité.
  • En matches amicaux, même s’il y a eu victoires contre la Namibie (26-18) et le Chili (26-25), on a vu qu’il y avait encore de gros points à améliorer dans le jeu.

L’avis d’Olivier Magne

« L’Uruguay est certes limité, mais il possède un grand soutien populaire. Il est dans l’ombre du grand frère argentin, mais il joue bien au rugby. Le groupe manque de densité, de constance dans l’effort, mais il possède quelques bons joueurs, on en voit quelques-uns qui évoluent dans le Top 14 comme le demi de mêlée de Castres (Arata, Ndlr). Ce sont des joueurs qui ne lâchent rien. »

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