jeudi 18 juillet 2024

Siya Kolisi (Racing 92) :  « Laisser ma réputation de côté »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Le Racing 92 a réussi un superbe coup en recrutant le capitaine des doubles champions  du monde sud-africains. A 32 ans, tout en modestie et avec humour, le 3ème ligne a déjà été adopté par tout le monde. Quand bien même il a éliminé les Français en quarts de finale de leur Coupe du monde. Entretien pour Rugby magazine et Le Quotidien Du Sport.

Quel est votre sentiment au moment de rejoindre le Racing 92 ?

Je suis très excité par le challenge et par l’idée de faire partie de la famille du Racing. Beau- coup de personnes m’ont demandé pourquoi la France, pourquoi le Racing, pourquoi pas un autre club en France. J’avais déjà failli rejoindre le Racing il y a quelques années sous la direction sportive de Laurent Travers. Ça ne s’était pas fait. Là, après mes échanges avec le coach (Stuart Lancaster), c’était logique de rejoindre le Racing même si j’ai eu d’autres opportunités, notamment pour rejoindre le Japon et les Kobe Steelers. J’ai échangé avec des joueurs qui sont passés ici, comme Dan Carter qui a eu les deux expériences à la fois en France et au Japon. Je me suis vraiment rendu compte de la puissance et de la force du club et je voulais vraiment faire partie de cette histoire.

« C’est comme si j’étais un nouvel élève, dans une nouvelle école »

Comment vous sentez-vous physiquement après la Coupe du monde ?

Je me sens bien. C’est comme si j’étais un nouvel élève dans une nouvelle école ! J’arrive en France. Je dois laisser ma réputation de côté, elle ne m’aidera pas sur le terrain, elle ne joue- ra pas à ma place. J’ai besoin de me prouver des choses à moi-même, au staff, à mes coéquipiers. Il va y avoir de nombreux challenges, notamment la langue, la culture. Je veux m’imprégner de la culture française, de l’environnement. Mais mon plus gros challenge, c’est d’être performant sur le terrain. Et dès lors que je serai performant, tout va découler de façon naturelle.

Qu’attendez-vous du championnat français ?


Le Top 14 est réputé pour être la compétition la plus relevée au monde. C’est très physique, très homogène. Même les divisions inférieures sont relevées. On retrouve de grands noms en France. C’est ce que je suis venu chercher. Souvent, quand tu joues contre de plus petites équipes, en Afrique du Sud, il y a cette notion de vouloir prouver aux grandes équipes qu’on est à la hauteur. Ici, il n’y a pratiquement que de grandes équipes. Un de mes amis joue en Pro D2 et m’a dit que le championnat était aussi physique qu’en Afrique du Sud, mais plus relevé, plus homogène. Le fait d’être au jour le jour avec des joueurs que je n’avais jamais rencontrés ou que je ne connaissais que de vu, comme Gaël (Fickou) et Cameron (Woki), c’est très enrichissant. Pareil avec Junior Tabuabou qui est un jeune Fidjien qui paraît tout discret, tout sage de prime abord et qui en fait est un garçon hyper fun. Josua Tuisova, c’est drôle de voir un mec aussi timide alors qu’il est plus costaud que tout le monde. Quant à Camille Chat, je n’ai toujours pas trouvé son cou et pourtant j’ai bien regardé. Il n’y a vraiment pas de séparation entre sa tête et ses épaules (rires). Head & Shoulders pourrait sponsoriser Camille parce qu’il est 100% dans la cible. Il n’a qu’une tête et des épaules et pas de cou !

Un des objectifs du Racing 92 est la Cham-pions Cup que vous avez jouée une saison. Quels souvenirs en gardez-vous ?


C’est la meilleure compétition au monde de clubs. Je me suis rendu compte à quel point cette compétition pouvait être dure. J’ai eu la chance de venir jouer à Bordeaux, de me rendre compte qu’il y a les meilleurs joueurs de la planète. C’est le top du top, un objectif majeur du club et si on peut la gagner on ne s’en privera pas, mais le plus important, pour moi, c’est le Top 14. J’ai vu à quel point les joueurs pouvaient être remplis de bonheur et étaient fous après l’avoir gagné, surfant par exemple sur le Brennus à la plage ! Ce sont des choses qui m’ont marqué et gagner le championnat de France aurait une valeur particulière.

Comment se passe votre intégration ?

Forcément, c’est différent de ce que j’avais en Afrique du Sud en termes de paysages, de monuments, de beaucoup de choses, d’être moins reconnu dans la rue. Mais je suis très heureux d’être ici, de pouvoir aussi remplir un peu mieux mon rôle de papa, de pouvoir emmener mes enfants à l’école le matin, d’être plus souvent avec eux, de moins voyager. Cela participe aussi au fait d’être heureux.

« Je dois laisser ma réputation de côté, elle ne m’aidera pas sur le terrain, elle ne jouera pas à ma place »

Que pensez-vous de votre nouveau coach Stuart Lancaster ?


On s’est retrouvés sur le fait que ça a été aussi difficile pour lui de rejoindre le Racing, non pas parce que le Racing n’est pas un club attrayant, mais par rapport à son passé avec son ancien club du Leinster. Forcément, on tire un trait sur une partie de notre histoire, de notre vie. C’est important pour moi de savoir que des personnes autour de moi ont vécu la même chose. Stuart aurait milité pour que je prenne un peu plus le temps, mais j’avais vraiment cette volonté de pouvoir venir ici le plus rapidement possible, pour prouver, pour montrer à l’équipe, pour s’intégrer au maximum, pour apprendre le plus rapidement possible les annonces, les systèmes offensifs et défensifs. Tout ce que j’ai accompli aujourd’hui ne compte pas. J’ai beaucoup de choses à prouver en tant que joueur et en tant qu’homme au président ou au coach, montrer ce que je peux faire sur le terrain. Je sais que je peux encore beaucoup apprendre et j’ai envie de le montrer, c’est pour cela que je voulais être sur le terrain le plus rapidement possible.

Un des objectifs du Racing 92 est la Champions Cup que vous avez jouée une saison. Quels souvenirs en gardez-vous ?


C’est la meilleure compétition au monde de clubs. Je me suis rendu compte à quel point cette compétition pouvait être dure. J’ai eu la chance de venir jouer à Bordeaux, de me rendre compte qu’il y a les meilleurs joueurs de la planète. C’est le top du top, un objectif majeur du club et si on peut la gagner on ne s’en privera pas, mais le plus important, pour moi, c’est le Top 14. J’ai vu à quel point les joueurs pouvaient être remplis de bonheur et étaient fous après l’avoir gagné, surfant par exemple sur le Brennus à la plage ! Ce sont des choses qui m’ont marqué et gagner le championnat de France aurait une valeur particulière.

Comment se passe votre intégration ?

Forcément, c’est différent de ce que j’avais en Afrique du Sud en termes de paysages, de monuments, de beaucoup de choses, d’être moins reconnu dans la rue. Mais je suis très heureux d’être ici, de pouvoir aussi remplir un peu mieux mon rôle de papa, de pouvoir emmener mes enfants à l’école le matin, d’être plus souvent avec eux, de moins voyager. Cela participe aussi au fait d’être heureux.

« C’était incroyable de voir l’engouement et le nombre de supporteurs qui étaient derrière cette équipe de France. »

Vous avez éliminé la France en quarts de finale de la Coupe du monde. On a beaucoup parlé de l’arbitrage. A quel accueil vous attendez-vous de la part du public français et comment se sont passées les retrouvailles avec les Bleus Gaël Fickou et Cameron Woki ?

On joue parce qu’on aime le rugby. On veut aussi gagner et je comprends la déception des Français qui avaient des attentes énormes autour de leur équipe. Au cours de toutes ces années, on tisse des liens particuliers avec des joueurs comme ça a pu être le cas avec des joueurs français comme Gaël depuis longtemps, ou Antoine (Dupont) contre qui j’ai joué plusieurs fois. C’était incroyable de voir l’engouement et le nombre de supporteurs qui étaient derrière cette équipe de France. J’ai vraiment été impressionné. Même quand ce n’était pas contre la France, on entendait résonner dans les tribunes des Marseillaises. Je comprends à quel point ça peut être dur d’être éliminé en quarts de finale dans son pays, devant ses supporteurs.

J’ai pu échanger au coup de sifflet final avec Gaël et on s’est revus après dans les vestiaires. On s’est échangés les maillots et je lui ai dit que j’étais désolé pour l’équipe de France et Gaël m’a souhaité tout le bonheur et toute la réussite pour la suite de la compétition. Malgré les enjeux, les circonstances, il n’en reste pas moins des valeurs humaines. J’ai aussi échangé quelques messages avant la finale avec Cameron. Il m’a dit à quel point c’était dur pour lui de me souhaiter bonne chance pour cette finale parce qu’il aurait forcément aimé y être, mais il l’a fait et c’est aussi révélateur de la puissance des relations qui se sont créées entre les joueurs, ça dépasse vraiment le rugby. J’ai aussi échangé avec Romain Ntamack. J’ai essayé de le rassurer parce qu’on a vécu la même blessure, la même galère. C’est un grand joueur, un joueur fabuleux et j’ai envie de le revoir très vite sur un terrain. L’idée, c’est vraiment de créer des liens car, à la fin, il ne reste que des hommes. Quand les équipes jouent les unes contre les autres, c’est très acharné, très compliqué, très disputé mais, à la fin, c’est le rugby qui doit en sortir grandi et c’est ce qui m’anime. Et je ne pourrais pas être plus heureux que me retrouver aujourd’hui au Racing avec ce genre de joueurs et d’affronter les meilleurs joueurs du monde en Top 14. Je suis excité de jouer contre toutes les équipes, contre beaucoup de joueurs de très haut niveau, notamment Jona- than Danty que je connais depuis qu’on a 18 ans. On avait eu un choc tête contre tête. J’avais eu une entaille sur la tête et lui s’était ouvert la bouche et ce jour-là a marqué le début de notre relation amicale, même s’il y a des difficultés de communication. Même si je ne parle pas français et Danty ne parle pas anglais, le rugby permet d’échanger. Je suis aussi impatient de jouer contre d’autres Springboks avec qui j’ai joué ou avec qui j’ai été champion du monde comme Raymond Rhule, Dillyn Leyds, Cobus Reinach… J’ai beaucoup échangé avec eux sur leur expérience française et ils m’ont dit à quel point ils se régalaient en France et dans ce championnat. Ça m’a rassuré.

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