mardi 18 juin 2024

Yves Pons : « Si les joueurs ne restent pas à l’ASVEL, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche »

À lire

Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Bien qu’il ait encore un an de contrat, il y a peu de chances que le Français Yves Pons, utilisé avec parcimonie par TJ Parker, reste à l’ASVEL. Mais l’ancien joueur NBA (12 matches avec Memphis en 2021/2022) a marqué les esprits en remportant le concours de dunks du All-Star Game.

L’aventure s’est arrêtée en demi-finale du championnat de France pour l’ASVEL. Avec un peu de recul, est-ce un échec ?

Ce n’est pas un échec. Ça s’est finit simplement plus tôt que prévu. Ça me fait penser à l’interview de Giannis Antetokounmpo après l’élimination des Bucks. On a quand même réalisé de bonnes choses. Pour ce groupe-là, il faut lui donner plus de temps, de jouer ensemble, d’apprendre à se connaître, d’avoir une meilleure cohésion. On avait l’expérience, les talents nécessaires pour pouvoir remporter un titre cette année, il manquait juste un peu de cohésion.

Les blessures n’ont pas épargné le groupe. Nando De Colo a ainsi manqué la demi-finale…

Nando était notre option numéro 1 offensivement, donc ça nous a un peu impactés, mais on a quand même gagné des matches sans lui, donc on aurait clairement pu remporter ce match contre les Mets et lui permettre de revenir plus tard pour les finales.

A LIRE AUSSI : La NBA va-t-elle condamner les Bleus ?

Tony Parker n’était pas là pour le dernier match. Qu’est-ce qu’il vous a dit après une saison marquée par une Leaders Cup gagnée, mais une dernière place en Euroligue et une demi-finale en championnat ?

C’est décevant, un peu à l’image de notre saison, avec des hauts et des bas.

L’ASVEL pouvait rentrer dans l’histoire en gagnant un quatrième titre de champion de suite. Monaco a-t-il pris l’ascendant avec des moyens supérieurs ?
Monaco a un super effectif avec de très bons joueurs, un très bon coach. Ils étaient beaucoup plus compétitifs que nous cette année. Ils étaient plus prêts. Mais je ne dirais pas qu’ils ont l’ascendant. On n’a jamais gagné contre eux cette année, mais je ne pense pas qu’on n’était pas au niveau. On manquait juste de cohésion et d’un peu de temps pour savoir jouer tous ensemble et apprendre à se connaître un peu plus.

A l’ASVEL, tout le monde change à chaque intersaison. Ce n’est pas toujours facile de construire dans ces conditions.
C’est clair que c’est compliqué de construire avec des nouveaux joueurs chaque année. C’est un challenge qui n’est pas facile à réaliser.

A titre personnel, quel bilan faites-vous de votre saison ?

Malgré tout, je ne retiendrai que le positif. Il m’a manqué de la constance au niveau du temps de jeu. Ce sont des choses que je ne peux pas contrôler. A chaque fois que j’ai eu l’opportunité de jouer, je me suis donné à fond, à 100 % et j’ai montré des bonnes choses. Les gens ont vu mon potentiel et ça reste une année quand même positive malgré tout. C’est une expérience qui m’a fait grandir, qui m’a appris beaucoup, notamment sur le jeu européen. Ça m’a permis de construire un mental que je n’avais pas réussi à développer jusqu’à maintenant.

Avez-vous été surpris par le niveau de l’Euroligue ?
Non, pas forcément, parce que je regardais quand même pas mal l’Euroligue avant de partir aux Etats-Unis. Je connaissais à peu près le niveau. Ça joue très rapide, c’est beaucoup un jeu d’équipe. Le niveau cette année était encore plus élevé que les années précédentes. L’Euroligue a été une très bonne expérience et c’est clairement le meilleur niveau après la NBA.

« J’ai été dans l’incompréhension totale toute l’année parce que je ne comprenais pas pourquoi je ne méritais pas plus de temps de jeu »

On a été surpris de l’extérieur de votre utilisation. Il y a certains matches, par exemple, le match 2 de la demi-finale où vous avez été énorme. Après, vous n’avez pas joué… Comment l’avez-vous vécu ? Y avait-il un problème avec le coach ? Est-ce vous qui n’avez peut-être pas répondu aux attentes ?
Je me suis posé les mêmes questions et je n’ai pas eu forcément de réponses. Ça a été comme ça toute l’année. Comme je l’ai dit, ce sont des choses que je ne peux pas contrôler. A chaque fois qu’on me donne une opportunité, je me donne à 100 %. Après, c’est vrai que j’ai été dans l’incompréhension totale toute l’année, parce que quand je rentrais, je faisais des gros matches. Je ne comprenais pas pourquoi je n’avais pas plus de temps de jeu.

Avez-vous parlé avec TJ Parker, lui avez-vous demandé des explications ?
J’ai demandé beaucoup d’explications. Je n’ai pas eu les réponses à mes questions. Sans trop aller dans le détail, c’est tout ce que je pourrais dire, mais il y aurait pas mal de choses à dire là-dessus…

Estimez-vous que vous auriez pu apporter plus ou c’est le club qui a été déçu de vos performances, qui pensait peut-être que vous apporteriez plus ?

Je ne sais pas parce que je n’ai pas eu les réponses à mes questions. En tout cas, je pense que j’aurais pu amener beaucoup si j’avais eu plus de temps de jeu, beaucoup plus de confiance. Mais ça n’a pas été le cas. J’ai donné tout ce que j’avais à donner. Après, je pense que j’ai montré des bonnes choses, mais c’est clair que j’aurais pu aider l’équipe davantage si j’avais été plus sur le terrain.
Vous arriviez avec un statut. Même si vous n’avez pas joué beaucoup en NBA, vous étiez quand même un joueur estampillé NBA, donc il y avait de l’attente.

Oui, c’est clair, il y avait de l’attente. Ce que j’ai donné quand j’ai joué, c’est ce qu’on attendait de moi. On m’a toujours dit que je faisais des bonnes choses de la part du staff. Derrière, ce n’est pas en adéquation avec mon temps de jeu. On me dit que je fais des bonnes choses, puis derrière je fais des matches avec zéro minute. C’est compliqué à comprendre et forcément ça joue sur le mental. C’est compliqué d’être à la hauteur, de fournir quelque chose sans savoir vraiment le rôle qu’on a dans l’équipe. Clairement, mon rôle, il n’a pas été vraiment déterminé ou inclus dans l’équipe.

Ce que vous avez fait sur le match 2 contre Boulogne, vous auriez pu le faire de manière, pour vous, plus continue, plus régulière, ce n’était pas un coup d’éclat.

Non, pas du tout, puisqu’on le retrouve sur plusieurs matches, ce n’était pas que sur le match 2. Les premiers matches que j’ai faits contre eux, c’était pareil. J’en ai fait plusieurs. Contre les Mets, j’ai très bien joué. Contre d’autres équipes, j’ai très bien joué. Contre Bourg, le dernier match de la saison, j’ai très bien joué. Et malgré ça, derrière, ça n’a pas suffi pour faire valoir mon potentiel et ce que je peux apporter à l’équipe.

A un moment, vous vous êtes dit : “J’ai peut- être fait une erreur, j’aurais dû rester aux Etats- Unis, en G-League pour essayer d’avoir un contrat NBA” ?

La question se pose forcément vu ce qui s’est passé cette année, parce que ce n’était pas ce qui était prévu de base. Mais si c’était à refaire, je le referai parce que ça m’a permis de grandir, d’avoir de l’expérience, d’apprendre autour des joueurs avec qui j’ai été, notamment Nande De Colo, Antoine Diot… J’ai beaucoup parlé avec eux, j’ai beaucoup appris d’eux. Etre autour des joueurs expérimentés comme ça, forcément, on apprend malgré tout. Malgré que le temps de jeu n’a pas été au rendez-vous, on rencontre de bonnes personnes et on tisse des liens. Donc non, je ne regrette pas parce que j’ai pris ma décision, j’y suis allé à 100 %.

Baskettement parlant, avez-vous progressé ?

Je pense que j’ai passé un cap. Mais j’aurais pu passer un deuxième cap que j’étais venu chercher ici en revenant en France, qui forcément n’a pas été atteint. J’aurais pu bien plus progresser que ce que j’ai progressé cette année. Mais ce n’est pas grave, c’est juste un obstacle. Ce n’est pas une fin en soi.

« Si c’était à refaire, je signerais à l’ASVEL parce que ça m’a permis de grandir, d’avoir de l’expérience, d’apprendre »

C’est quoi l’avenir ?

Il me reste un an de contrat. On est en train de parler avec mes agents. J’ai des propositions à droite, à gauche. On est en train d’étudier ce qui est la meilleure option pour moi.

Quelle est la tendance ? Rester en Europe ? Essayer de retourner en NBA ? On a du mal à vous imaginer rester comme ça encore un an dans ces conditions…

La NBA sera toujours mon objectif. Je vais faire la Summer League avec Atlanta et on va voir ce que ça donne. C’est une porte pour rentrer dans la NBA.

Finalement, le meilleur moment de la saison, pour vous, n’est-ce pas votre victoire au concours de dunks du All Star Game ?

Ce sera un des moments marquants, clairement, de ma saison, la cerise sur le gâteau après la victoire à titre collectif en Leaders Cup. Le All Star Game, le concours de dunks, c’était vraiment un moment incroyable, rempli d’émotions et c’était vraiment cool, génial.

Les gens vous en parlent-ils beaucoup ? Ça a eu un impact peut-être même plus que votre saison en elle-même, ce All Star Game et ces dunks de folie.
Presque tous les jours, on m’en parle. Des vidéos continuent à tourner sur le net, ça a un peu fait le tour du monde. Les fans savent que je suis celui qui a gagné le concours de dunks plus que celui qui a sauvé l’ASVEL dans des matches cruciaux.

Les clubs aussi, vous sentez que ça les intéresse, ce que vous avez montré au All Star Game en dunkant par-dessus Victor Wembanyama ?

Les équipes, la plupart connaissaient mes qualités athlétiques, donc il n’y avait pas de grande surprise là-dessus. Ça a remis une couche forcément parce que j’étais parti depuis cinq ans. Malgré ma saison chaotique, les équipes ont vu que j’étais un joueur assez complet, que je pouvais être clairement en progression. J’ai eu des retours d’autres clubs qui ont vu mon potentiel, malgré le fait de ne pas avoir beaucoup joué.

« Je vais faire la Summer League avec Atlanta. C’est une porte pour rentrer en NBA »

Si Atlanta vous prend pour la Summer League, ce n’est pas que pour vos dunks !
Ils sont intéressés, on a eu de très bonnes discussions avec eux. On va voir ce que ça va donner cet été, en espérant avoir plus qu’une invitation à la Summer League…

Lequel des quatre dunks vous a marqué personnellement ?

Celui par-dessus Victor, clairement, parce que c’était le plus grand pari que je m’étais lancé. Et ensuite, celui les pieds nus. C’était quelque chose de nouveau. Personne n’avait jamais fait ce truc-là. Ça n’a pas pris forcément l’ampleur que j’espérais parce que derrière j’ai lancé deux autres gros dunks qui ont fait parler plus comme celui de la ligne des lancers francs qui a fait 4 millions de vues, mais ceux avec les pieds, c’était vraiment très technique et ça demandait beaucoup de préparation, bien plus que les autres dunks.

Il y a quand même l’envie de montrer que vous n’êtes pas qu’un dunker.
Oui, clairement. S’ils m’avaient invité au concours de trois points, j’aurais pu montrer que je savais shooter à trois points ! Les gens ne me connaissent pas pour mes qualités de shooteur, bien que cette année j’ai prouvé que je pouvais shooter à trois points, puisque c’était principalement les shoots que je pouvais prendre cette année. J’ai réussi 40 % à trois points (42,6, Ndlr), donc ça montre que je sais faire bien plus que dunker.

Vous parlez de Victor. Comment le voyez-vous la saison prochaine en NBA ? Il y a des gens qui s’inquiètent un peu de son physique, des blessures. Va-t-il être à la hauteur ?
Je pense qu’il sera à la hauteur. S’il reste en bonne santé, il va vraiment cartonner. Pas tout de suite parce qu’il est très jeune, mais dans quelques années oui, un peu comme Giannis. Quand il est arrivé, il n’était pas dominant, et trois, quatre, cinq ans après, il était inarrêtable et je pense que Victor ce sera vraiment ça. Déjà, sa taille va l’avantager dès le début. Mais c’est vrai que les joueurs aux Etats-Unis, pour avoir vécu là-bas, ils sont vraiment très, très physiques. Et les premiers de la draft, ils ne leur donnent pas de passe-droits, donc ils vont jouer beaucoup physique avec lui. Mais je ne suis pas inquiet pour Victor. Les Spurs vont bien prendre soin de lui. C’est une bonne franchise qui sait ce qu’elle fait. Ils vont lui apporter toutes les connaissances nécessaires, tout le travail nécessaire, que ce soit physique, mental, pour pouvoir en faire une superstar, parce qu’il a les capacités d’être un super joueur.

Donc il ne faut pas s’attendre qu’il cartonne dès la première année. Il ne va pas tourner à 15 points par match.
Peut-être, j’espère pour lui, mais il ne faut pas lui mettre la pression. Les deux premières années, ce sont des années d’adaptation. Avec son gabarit, il ne faut pas lui mettre la pression parce que c’est quelqu’un qui pourrait se péter. En NBA, ils sont assez intelligents, ils savent comment gérer les grands joueurs. Il faut prendre plus de temps avec eux. Ils vont prendre le temps avec lui de le développer et, d’ici quelques années, il va être vraiment très, très, très fort.

Victor est parti après une année à l’ASVEL. Zaccharie Risacher part lui aussi. Y a-t-il un problème d’utilisation des joueurs à l’ASVEL ?

Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus parce que ça peut me porter préjudice, mais les joueurs qui partent, ça parle d’eux-mêmes… Si les joueurs ne restent pas, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche au niveau du management. Il y a certainement quelque chose à revoir dans comment ils gèrent les joueurs.

Risacher qui part à Bourg alors qu’il devait être la figure de proue du projet, ça a surpris le monde du basket.
Le club faisait le projet autour de lui. S’il part, c’est qu’il y a quelque chose qui ne lui plaisait vraiment pas, qui ne plaisait pas à sa famille, pour son développement. Le joueur a fait ce qu’il a à faire de mieux pour sa propre carrière. S’il sent que c’est ailleurs qu’il va mieux progresser, être utilisé, il a raison de partir et de parier sur lui-même.

L’équipe de France, est-ce dans un coin de votre tête ? Avez-vous eu des discussions avec le staff ?
Malheureusement, pour moi, je n’ai pas encore connu une sélection avec l’équipe de France A. Cet été, il y avait une ouverture avec les A’ à Los Angeles. Mais avec les demi-finales, ça a été un peu compliqué puisqu’on était en course au moment où ils faisaient la liste. Ils ne m’ont donc pas mis dans les 12 pour ces deux matches à LA contre l’Arménie. J’ai eu des discussions avec Ruddy Nelhomme qui m’a parlé de cette liste. Il aurait aimé me mettre dedans. C’est une question de timing et ma première sélection n’est pas loin. En tout cas, c’est ce que Ruddy m’a dit. Ils sont très contents de ce que j’ai fait.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi