jeudi 25 avril 2024

Alain Bernard : « J’ai fait rêver les gens… »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Double champion olympique à Pékin sur 100 mètres nage libre et à Londres quatre ans plus tard sur 4×100 mètres nage libre, Alain Bernard est le nageur français le plus en or aux Jeux avec Yannick Agnel.

Quelles images vous reste-t-il des Jeux de Pékin en 2008 et de Londres en 2012 ?

Il est difficile de ne retenir qu’une image. Au-delà des médailles d’or, il y a aussi des médailles d’argent (sur 4×100 m nage libre à Pékin, Ndlr) et de bronze (sur 50 m nage libre à Pékin, Ndlr). Ce sont des performances non négligeables. Mais cela symbolise une aventure, du travail, beaucoup de doutes, d’appréhensions et parfois de certitudes. C’est un mélange d’émotions et d’objectifs fixés. Et surtout c’est le symbole de la persévérance et de la passion. Au moment de la Marseillaise, il y a évidemment la fierté. Mais, derrière, il y a une famille, des entraîneurs, des clubs nous ayant permis d’atteindre ce rêve.

L’émotion a-t-elle été la même dans les deux cas ?

C’est complètement différent. En 2008, c’est la revanche de cet échec de qualification à Athènes quatre ans plus tôt pour 17 centièmes. J’arrive à transformer cela pour 11 centièmes en finissant premier. Il y a une forme de destin. 2012, c’est plus une passation de relais avec justement cette épreuve du relais. Sur le 4×100, je ne nage pas en finale. J’ai contribué à la qualification en séries, mais la nouvelle génération arrive. Je suis sur la fin de carrière ; Je l’accepte très bien. Je rentre de Londres vraiment apaisé.

Alain Bernard apaisé après les JO de Londres

A quel moment avez-vous réalisé que l’or olympique était possible ?

Un an avant les Jeux de Pékin en 2008. En 2007 (à Melbourne, Ndlr), je ne nage pas très bien sur des Mondiaux. Potentiellement, j’aurais pu décrocher une médaille en individuel. Je ne passe pas le cap des demies. La quête olympique devient alors une obsession. Avant, c’est flou. C’est un rêve, mais pas un objectif. Il est impensable à 15 ans quand je pars au Cercle des Nageurs de Marseille de me dire que je serai champion olympique. Je n’avais pas le niveau, je ne m’en sentais pas capable.

Je n’avais pas confiance en moi. Mais la natation va progressivement me révéler des choses. Auprès des jeunes, j’ai envie aujourd’hui de transmettre ce message. A partir du moment où on s’engage dans un projet et qu’on y croit, tôt ou tard on finit par être récompensé.

A Pékin, en 2008, vous avez révélé que votre entraîneur vous avait persuadé que vous étiez plus rapide dans les 25 derniers mètres que votre grand rival Eamon Sullivan. Quel impact cela a-t-il eu sur votre performance ?

Sur un 100 mètres nage libre, on part à fond. Au bout de 25, 30 secondes, les muscles se tétanisent. On est à bout de souffle et le cerveau commande de stopper. On doit lutter contre cette douleur en restant lucide. Les mots de Denis (Auguin, Ndlr), quelques minutes avant la finale, ont eu un impact. J’y ai cru. Je me suis dit: « Je suis au coude à coude avec lui. Je sais que c’est possible ». J’ai voulu y croire jusqu’au bout. J’apprendrai quelques années plus tard que ce n’est pas vrai. S’il m’avait dit : « Alain, si tu es à la lutte avec lui dans les 25 derniers mètres, cela va être compliqué d’aller toucher devant », je n’y aurais jamais cru autant.

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« Quand on rentre avec les médailles, c’est la meilleure des réponses »

2008, c’est surtout une victoire sur vous-même finalement.

J’étais presque prêt à ne pas gagner. Cela m’a permis de désacraliser cette épreuve. Je suis arrivé sur ces Jeux, j’avais bien travaillé. J’étais confiant. J’étais en bonne santé. Je savais que j’étais en pleine capacité de m’exprimer. Au fond de moi, j’avais évidemment envie de gagner. Mais ce qu’on ne maîtrise pas, c’est le niveau de performance de nos adversaires. A mes yeux, Sullivan restait le nageur le plus rapide. Il nageait 47s04 la veille. Mon meilleur temps était 47s20. Mais ce n’est pas lui qui a gagné la finale !

Pour en arriver là, quels ont été les sacrifices à faire ?

J’ai plus envie de parler de concessions. On fait le choix de s’entraîner deux fois par jour. On ne peut pas être envieux de nos amis qui sortent et font la fête avec de vraies vacances. Forcément, j’ai vu ma famille moins souvent que souhaité. Mais quand on rentre avec une médaille c’est la meilleure des réponses.

En quoi ces médailles d’or ont-elles changé votre vie ?

Il y a une forme de responsabilité et il faut en être digne. Il faut faire attention sur des prises de positions car on est écouté. Ce qui a le plus changé, c’est le respect des gens, leur regard, la considération. Quinze ans après, c’est toujours touchant d’entendre quelqu’un qui vous dit : « C’est génial ce que vous avez fait, vous m’avez fait rêver ! ». Qui aurait cru qu’un an avant les gens se lèveraient à cinq heures du matin en France pour regarder de la natation à la télévision ? Cela me touche.

Quelles sont nos meilleures chances de médailles en natation sur les Jeux à venir ?

Léon Marchand et Maxime Grousset sont les têtes d’affiche de notre équipe de France. Mais la qualification se jouera en juin. Cela peut sembler être une formalité. Mais cela n’en est pas une. Il faut être en forme le bon jour au bon moment. Au-delà du nombre de médailles dans un classement, j’ai surtout envie de croire que les Jeux seront réussis quand, dans cinq ou dix ans, on fera le bilan de cet héritage de ces Jeux en France. Dans une société de plus en plus tendue, impatiente et crispée, accueillir des Jeux, avoir ce respect des uns envers les autres, véhiculer les valeurs du sport, est essentiel. Il est important d’apporter cela en termes de résilience, d’engagement, de conscience, de construction et de dépassement.

Le saviez-vous ?

Le 14 août 2008, Alain Bernard devient le premier champion olympique français du 100 mètres nage libre. Il a remporté quatre médailles olympiques dont deux en or, faisant de lui le nageur français le plus médaillé aux JO (égalé par Amaury Leveaux en 2012 et Florent Manaudou en 2020).

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