mercredi 17 juillet 2024

ASVEL : une gestion qui fait grincer des dents…

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Zaccharie Risacher devait être la figure de proue de l’ASVEL dixit son président Tony Parker. Le joueur a finalement préféré rejoindre… Bourg-en-Bresse. Y a-t-il un souci à Lyon qui a perdu, un an plus tôt, le phénomène Wembanyama après une seule saison ?

Il y a un an, Victor Wembanyama, depuis 1er pick de la draft 2023 par les Spurs, la franchise où… Tony Parker est devenu une autre icône planétaire, et Matthew Strazel, depuis champion de France avec Monaco, quittaient l’ASVEL. Wembanyama a préféré rejoindre le sélectionneur national Vincent Collet à Boulogne-Levallois pour préparer son arrivée en NBA.

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Avec un seul match par semaine, les Mets ne jouant pas la Coupe d’Europe, Wemby a pris une autre dimension pour tout rafler au final : MVP de la saison, meilleur jeune et meilleur défenseur, meilleur marqueur (21,6 points de moyenne), rebondeur (10,4), contreur (3) et numéro 1 à l’évaluation (26) du championnat. Quand Strazel a quitté l’ASVEL pour rejoindre la Roca Team pour trois ans, il a eu des mots assez forts sur le site officiel du club :

« J’ai envie de continuer à engranger de l’expérience. Découvrir une nouvelle équipe avec de plus grosses ambitions en Euroligue. Cela ne peut que me forger encore un peu plus ».

Dernière pépite en date à quitter l’ASVEL ; Zaccharie Risacher (18 ans). Le plus jeune joueur français à avoir joué un match d’Euroligue, annoncé très haut à la draft 2024, a été prêté à Bourg-en-Bresse. Tony Parker déclarait pourtant en avril dans les colonnes du Progrès :

« La saison prochaine, le plus important, c’est Zaccharie Risacher. Il sera au cœur de notre stratégie. Nous allons construire l’équipe autour de lui, Nando (De Colo) et Joffrey (Lauvergne). Zaccharie doit exploser. Il est projeté Top 3 à la draft. Pourquoi ne serait-il pas numéro 1 ? Il a tout le talent du monde et nous allons vraiment le pousser. C’est pour ça que nous avons accepté l’offre de la G League pour faire une tournée américaine l’été prochain et l’exposer le plus possible. »

Tony Parker gère des dossiers sensibles

Raté ! « Le projet de la JL est celui qui m’a le plus inspiré, a expliqué pour sa part le joueur sur le site de la JL Bourg. Ça me semblait être le meilleur choix à ce moment-là de ma jeune carrière. L’objectif, c’est de jouer les hauts de tableau et d’aller le plus loin possible en Europe. Et personnellement, de m’affirmer en tant que joueur professionnel, de progresser ».

« Si les joueurs ne restent pas, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche au niveau du management »

Comment expliquer alors que de tels talents n’aient pu continuer l’aventure dans le club le plus titré de France (21 fois champion contre 11 à Limoges) ? Bryan George, l’assistant coach de l’ASVEL depuis 2020 en partance pour les Hawks, avance une explication :

« Les projets n’étaient pas exactement les mêmes. Il y avait à l’ASVEL et dans la tête du coach un projet de réussite immédiate et d’une quête de résultats par rapport au budget, au club, aux attentes que le club peut avoir. Quand on parle de formation, c’est un sujet tout à fait différent. Cela réclame de la patience. Il faut dans ce cas laisser aux joueurs le temps de faire des erreurs. »

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« Par définition, ce n’est jamais facile de former un joueur. Un joueur qui est en formation a des besoins. Une équipe qui cherche à être championne de France en a d’autres. Parfois, il se trouve que cela ne peut pas coller sur une saison. Si on prend les cas de Victor et de Matthew, peut-être qu’on parlait d’un autre projet dont ils avaient besoin à cet instant T de leur carrière ».

Beaucoup de joueurs de l’ASVEL ont dû exporter leur savoir-faire ailleurs. Digué Diawara par exemple. L’ailier de 24 ans, qui vient de signer au Portel après deux belles saisons à Quimper, a en avril 2019 annoncé sa candidature à la draft (avant de retirer son nom avant la date limite). Mais l’ancien champion d’Europe U16 et U18 n’a pu totalement s’exprimer non plus à l’ASVEL au début de sa carrière.

L’ASVEL a un projet qui diffère de celui des joueurs

« Par rapport à Strazel et Wembanyama, je crois surtout que leurs ambitions personnelles n’étaient pas en alignement avec celles du club. Au final, cela joue contre l’ASVEL. Car Matthew est devenu champion de France avec Monaco et Victor est maintenant en NBA. Cependant, je ne suis pas certain que ces deux exemples soient pleinement représentatifs de ce qu’est l’ASVEL, à savoir un club de haut standing. Cela reste une très belle structure, une belle académie avec beaucoup de jeunes. Il y a beaucoup de jeunes qui sont passés par là et cela continuera encore. Après, il faut être lucide. Concernant Wembanyama c’est une exception, peu importe où il serait allé, il aurait explosé. Concernant Matthew il s’est bien intégré dans le groupe de Monaco ».

Pendant près de dix ans, Gregor Beugnot a entraîné l’ASVEL (entre 1992 et 2001). Il glisse un autre point de vue :

« Ce n’est peut-être pas le cas spécifique à l’ASVEL, mais il y a des présidents de clubs qui préfèrent voir jouer des Américains, des joueurs stars, plutôt que certains jeunes. Ils pensent que les partenaires vont investir et donc payer pour voir des Américains. C’est bien entendu au détriment de la formation française, de la qualité des jeunes qui peuvent beaucoup apporter. C’est alors un choix de président. »

Un recrutement qui pose question dans les grands clubs français ?

« Je ne connais pas vraiment de l’intérieur le problème de l’ASVEL actuel, mais il peut y avoir ce genre de souci. Après, chaque cas doit être considéré de manière différente. Wembanyama, lui, ne jouait pas à son poste ou pas assez. Quant à Strazel, la problématique était peut-être d’une nature plus contractuelle. Un club comme Monaco propose aussi des salaires plus intéressants aux joueurs que l’ASVEL ». Yves Pons a lui passé la dernière saison à l’ASVEL. Déçu de son temps de jeu, il nous a livré son analyse :

« Les joueurs qui partent, ça parle d’eux-mêmes… Si les joueurs ne restent pas, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche au niveau du management. Il y a certainement quelque chose à revoir dans comment ils gèrent les joueurs. (…) Le club faisait le projet autour de Zaccharie (Risacher). S’il part, c’est qu’il y a quelque chose qui ne lui plaisait vraiment pas, qui ne plaisait pas à sa famille, pour son développement. Le joueur a fait ce qu’il a à faire de mieux pour sa propre carrière. S’il sent que c’est ailleurs qu’il va mieux progresser, être utilisé, il a raison de partir et de parier sur lui-même. »

Soutenu par son frère de président, les jours de TJ Parker semblent néanmoins comptés à l’ASVEL. Sa gestion commencerait à faire grincer des dents… Selon nos confrères de Bebasket, ce dernier, sous contrat jusqu’en juin 2026, pourrait être remplacé en 2024/2025 par le sélectionneur national Vincent Collet. A moins que le coach des Mets ne rejoigne Wembanyama aux Spurs comme assistant de Popovich…

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