jeudi 29 septembre 2022

Eric Bayle : « France Télévisions m’a proposé de remplacer Salviac »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Ancien journaliste de la cinq, Eric Bayle (57 Ans) est un des derniers dinosaures de canal+ qu’il a rejoint en 1992. Il est surtout le patron du rugby sur la chaîne qui vient de prolonger ses droits pour le top 14.

Antoine Dupont est-il le Mbappé dont avait besoin le rugby français ?

Le rugby manquait de noms. Beaucoup de gens dans la rue n’étaient pas capables de citer le nom d’un joueur de l’équipe de France de rugby depuis les retraites de Chabal et Michalak. Là, ça commence à claquer. La notoriété des joueurs est quand même un élément de reconnaissance très important. Ces dix dernières années, on était en panne et des joueurs comme Dupont, Ntamack, Jalibert, Penaud, Fickou ou Ollivon ont redonné un élan au rugby français.

Si Antoine Dupont n’a pas encore la notoriété de Mbappé est-il aujourd’hui le meilleur joueur du monde ?

C’est un qualificatif très compliqué à appliquer dans ce sport. Un journaliste ou un joueur britannique comparait Antoine Dupont à Gareth Edwards, la légende galloise des années 70. C’est un compliment plus fort que de dire c’est le meilleur joueur du monde. Antoine est dans le Top 5 des stars actuelles, mais on ne peut pas comparer les postes.

Le Top 14 est marqué par des doublons, des équipes qui font parfois des impasses… N’estce pas un problème en tant que diffuseur ?

Le problème du calendrier est insoluble. Les doublons sont un gros défaut, mais qui est compensé par les phases finales. C’est un mal nécessaire. Les impasses sur certains matches sont plus néfastes même si c’est une année spéciale avec la Covid. La seule verrue sur le Top 14, en temps normal, sont les impasses entre les gros clubs lorsqu’une équipe se déplace en laissant la moitié de ses cadres au repos.

Dupont dans le Top 5 des stars du rugby

On parle beaucoup d’une nouvelle formule. Entre Top 12, Top 14 ou Top 16 où va votre préférence ?

On nous a vendu, à Canal, un Top 14. Si on changeait de formule, il faudrait que ce soit mieux or un Top 12 ferait moins de matches donc je ne suis pas sûr que ça valoriserait le championnat. Quant au Top 16, ce ne serait pas raisonnable en termes de calendrier.

N’est-ce pas frustrant de voir une finale de Coupe d’Europe 100% française ne pas être sur Canal qui retransmet tout au long de l’année le championnat ?

C’est la loi du marché. On propose l’intégralité du Top 14 et de la Pro D2, tout le rugby de l’hémisphère Sud, la Tournée des Lions Britanniques, celle de l’équipe de France… On n’a jamais eu vocation à faire le Tournoi des 6 Nations qui est très bien sur le service public accessible à tous. La Coupe d’Europe n’est pas une réelle frustration.

On n’a pas vocation hégémonique. Canal ne s’autoproclame pas la chaîne du rugby comme d’autres ont pu le faire à certaines époques. On est la chaîne qui propose le plus de rugby, celle du Top 14, et c’est déjà pas mal. Le rugby est un des piliers de Canal depuis très longtemps et pour encore longtemps.

Canal a raflé les droits pour quatre saisons de plus à partir de 2023/2024 en augmentant son prix (113,6 millions d’euros par saison soit + 17%). Y avait-il la peur de perdre le Top 14 face à de nouveaux concurrents ?

On n’a pas vraiment tremblé. On sait ce qu’on fait. Le groupe a affaire à des dirigeants intelligents qui savent ce que Canal leur apporte : 1) financièrement 2) en termes d’exposition 3) éditorialement. Certains sports se mordent les doigts d’être allés sur des chaînes où leur audience est divisée. Pour qu’un sport existe, il faut qu’il soit vu ! Les arguments pour aller voir ailleurs n’étaient pas légion.

« On a vendu à Canal un top 14, pas un top 12 »

Vous êtes à Canal depuis 1992. Avez-vous déjà songé à partir ?

Comme je dis toujours, quand on est pilote de Formule 1, il faut aller chez Ferrari. Quand vous êtes journaliste sportif, il faut aller à Canal+ !

Après, j’ai eu des propositions. En 2001, on m’a proposé de rejoindre France Télévisions pour remplacer Pierre Salviac et commenter le Tournoi des 6 Nations. J’avais réfléchi, mais une équipe rugby venait de se constituer à Canal, j’ai donc décliné cette proposition et je suis super fier d’être à la tête de cette équipe, d’avoir aidé à développer le rugby sur les antennes d’une chaîne qui était très, très, très foot au départ.

Le rugby y a pris une place que, même moi, je ne pouvais pas imaginer. Et puis, je n’avais pas envie de commenter cinq matches du Tournoi, quelques matches de Coupe d’Europe et deux ou trois tests matches dans l’année. Sur Canal, tous les weekends, on a sept matches plus trois émissions ! Alors c’est vrai que le service public offre une autre exposition, mais être reconnu dans la rue ne m’intéresse pas trop, je suis très heureux du manque de notoriété sur Canal car notre notoriété est réservée aux abonnés. On fait partie de leur famille !

Vous n’êtes pas sur les réseaux sociaux !

Je n’aime pas ça, ce n’est pas sain et je n’aime pas l’importance qu’on leur donne. Si c’est pour être insulté par tels ou tels supporteurs suivant les équipes qu’on commente, ça ne m’intéresse pas. Je pense même que le commentateur doit être imperméable à la pression des réseaux sociaux pour bien faire son travail.

Eric Bayle espère réaliser son rêve de commenter le Tour de France

Avez-vous joué au rugby ?

J’ai pratiqué beaucoup de sports. J’étais touche à tout et bon à rien ! (sic) Ma première licence à l’Aviron Bayonnais était au rugby, mais mon rêve était d’être coureur cycliste.

Je suis passé de la section rugby à la section foot puis athlétisme puis aviron que j’ai pratiqué pendant cinq ans et enfin à la section cyclisme où je me suis violemment heurté au manque de puissance de mes mollets. Je me suis dit que le meilleur moyen de vivre des émotions sportives était d’avoir un micro dans les mains plutôt que des pédales sous les pieds.

Si France Télévisions vous avait proposé de commenter le Tour de France auriez-vous davantage hésité ?

Quand j’arrêterai, mon grand regret sera de ne pas avoir commenté le Tour de France. Mais je ne suis pas le seul ! Et puis, Canal m’a aussi permis de commenter de grands matches de foot, de participer au 1er Jour de Foot, de faire les JO. Sur la Cinq, j’ai commenté des championnats du monde de cyclisme, de la F1… Quand le rugby est arrivé sur Canal, j’ai décidé de me consacrer au rugby. On travaille mieux quand on est spécialisé.

Quand on voit un Fickou passer du Stade Français au Racing en pleine saison, le rugby est-il en train de se footballiser ?

Il faut vivre avec son temps. Le rugby a toujours changé et il change. L’argent n’a pas encore perverti ce sport et je pense qu’il n’y arrivera pas. La dernière étape, pour le rugby français, c’est d’être champion du monde ! On est les seuls à ne pas l’avoir été, c’est une cicatrice et l’heure est à l’union sacrée pour mettre les Bleus dans les meilleures conditions en 2023.

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