lundi 17 juin 2024

Frédéric Fauthoux nous explique pourquoi il ne veut pas quitter Bourg-en-Bresse

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Après avoir emmené la saison passée Bourg-en-Bresse en demi-finale du championnat de France pour la première fois de son histoire, Frédéric Fauthoux (51 ans) a emmené cette saison la JLB en finale de l’EuroCup. Courtisé par l’ASVEL, mais candidat au poste de sélectionneur des Bleus, Frédéric Fauthoux a finalement prolongé jusqu’en 2027 avec le club bressan. Entretien pour France Basket et Le Quotidien Du Sport.

Votre parcours en Coupe d’Europe (finaliste de l’EuroCup) a-t-il changé le regard sur Bourg ?

Oui, je pense. L’année dernière, on avait fait un très bon parcours jusqu’à la mi-saison (8ème de finaliste, Ndlr). Là, on est allé jusqu’au bout et on voit qu’on est considéré autrement, les équipes adverses nous jouent différemment. Des parcours comme ça marquent les esprits.

Pourtant, les instances de l’Euroligue ne semblaient pas trop emballées à l’idée d’accueillir Bourg en Euroligue en cas de victoire en EuroCup…

Il n’y avait rien de malveillant ou de blessant dans leurs déclarations. Depuis très longtemps, ils ont des critères très spéciaux pour pouvoir participer à cette compétition. Il faut une capacité de tant de places dans la salle. Il faut des budgets minimums, etc. Quand on ne rentre pas dans les critères, forcément ce n’est pas de bon augure. Après, que ça arrange tout le monde qu’on n’ait pas gagné, je n’en sais rien. On verra si Paris sera en Euroligue la saison prochaine…

Si vous aviez gagné, vous auriez été inscrit d’office.

Oui, mais par exemple, l’année dernière, Gran Canaria, avec 13 ou 14 millions de budget, a refusé de faire l’Euroligue parce que la dernière fois qu’ils y ont été (en 2018/2019, Ndlr), ça a été une catastrophe sportive en Euroligue, mais aussi en championnat. L’exigence en Euroligue n’est pas du tout la même qu’en EuroCup !

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Frédéric Fauthoux lucide sur la situation de Bourg

Bourg aurait-il accepté de jouer l’Euroligue en cas de victoire en EuroCup ?

On m’avait demandé mon avis. J’ai dit que ça aurait été très compliqué. Je me serais rangé à la décision des dirigeants, mais je n’étais pas hyper favorable si on partait avec 9 millions de budget. On en aurait eu 14 ou 15, pourquoi pas.

Ça aurait été un cadeau empoisonné.

Ce n’est pas impossible.

Au final, ça arrange tout le monde que Paris ait gagné…

Quand Paris a racheté la licence de Hyères-Toulon en 2018, on sait très bien pourquoi la Ligue de basket a fait ça. Pour qu’un sport soit connu et reconnu, il faut Paris dans son championnat. Paris est importante pour la promotion d’une discipline. Que la hype soit sur le Paris Basketball aujourd’hui, si ça peut faire la promotion du basket français, moi ça me va. Après, il ne faudrait pas non plus les avantager en permanence parce que là, par contre, ça deviendrait très embêtant pour les adversaires. Maintenant, si ça dérangeait quelqu’un, il ne fallait pas leur laisser acheter une licence !

Pour Bourg, c’est quoi le prochain palier ?

C’est de continuer à structurer le club. Déjà de se maintenir dans un Top 4, c’est franchir des paliers. Si on enlève les trois gros budgets de Betclic Elite, Monaco, l’ASVEL et Paris, après c’est très serré pour être dans ce fameux Top 4. Si on se maintient régulièrement dans le Top 4 et sur des années exceptionnelles qu’on gagne un trophée, un titre, ce sera pour moi déjà franchir des paliers. Faire des exploits, c’est toujours possible, mais le plus dur, c’est de se maintenir au sommet.

« 7 M€ de budget, insuffisant pour l’Euroligue »

Avec un peu plus de 7 M€ de budget, on ne peut pas rêver d’Euroligue…

Il ne faut pas rêver d’Euroligue ! Après, je ne suis qu’entraîneur, ce sont les dirigeants qui dirigent… Mais l’ambition de Bourg aujourd’hui, c’est d’arriver à gagner un trophée, c’est ça la prochaine étape. Une Coupe de France, une Leaders Cup, une Coupe d’Europe pourquoi pas. Un titre de champion, ça peut toujours arriver. En Espagne, on voit que Malaga est premier devant Madrid et Barcelone, donc pourquoi pas un jour.

Quand on est entraîneur, on rêve aussi d’Euroligue. Pourtant, vous avez choisi de rester à Bourg plutôt que d’aller à Villeurbanne. Pourquoi ?

Parce que je pense qu’aujourd’hui ce n’était pas le moment. Je suis très bien à Bourg où tous les voyants sont au vert. Je ne me voyais pas repartir sur un projet alors que là ça fait deux ans qu’on progresse, qu’on a atteint un certain niveau. Stabiliser ça, c’était aussi intéressant pour moi, de rester dans un endroit où on sent qu’on peut encore apporter quelque chose. Après, je ne vais pas vous mentir, ça m’a fait beaucoup réfléchir, car coacher en Euroligue c’est quand même l’un des buts de tout entraîneur. Mais ce n’était pas encore le moment.

Il y a une pression, une exigence de résultats en Euroligue. La valse d’entraîneurs cette saison à l’ASVEL ne vous a-t-elle pas refroidi ?

La pression ne me dérange pas. Mon but était de continuer ce qui était entamé à Bourg en Bresse. Ce n’est donc pas parce que j’ai eu peur que je ne suis pas allé à l’ASVEL. Il n’y a que les peureux qui ont peur…

Vous êtes également candidat à la succession de Vincent Collet à la tête de l’équipe de France !

Pour moi, l’équipe de France, c’est l’équipe la plus belle. Quand on va en équipe de France, on y va pour une mission, on représente un basket, un pays. On est en mission pour sa discipline et pour son pays. C’est quelque chose qui forcément est dans un coin de ma tête. Mais je pense qu’on est plusieurs à penser ça (rires). Et ce n’est pas moi qui décidera… Mais tout le monde sait que ça m’intéresse.

Gérer Bourg et l’équipe de France, c’est possible ?

Je pense. Sans problème. Ça aurait été compliqué et l’Euroligue et l’équipe de France. Il y a quand même encore plus de matches. Même si je pense que, si on est bien organisé, on peut y parvenir.

Le play-in, Frédéric Fauthoux favorable

Que pensez-vous de l’arrivée des play-in en Betclic Elite la saison prochaine ?

C’est bien parce que ça fait plus de matches, plus d’enjeux. Souvent, il y a quelques équipes sur les trois, quatre, cinq dernières journées qui n’ont plus rien à jouer. Je ne vais pas dire que ça fausse la fin du championnat, mais c’est quand même plus intéressant quand il y a de l’enjeu.

Zaccharie Risacher a de bonnes chances d’être le numéro 1 de la draft 2024. Qu’estce que ça représenterait pour le club ?

Ce serait génial pour lui, pour le club et pour le basket français d’avoir deux numéros 1 de la draft deux années de suite. Faire un back to back sur le numéro 1 de la draft, à part les Américains, personne d’autre ne l’a fait !

Zaccharie est-il prêt pour la NBA ?

On est vraiment sûr d’être prêt pour la NBA une fois qu’on est en NBA ! Franck Ntilikina et Kylian Hayes ont été draftés très haut et c’est très compliqué d’y faire son trou et pourtant ils ont pour moi le talent pour jouer dans les très grosses équipes. Mais il faut plus que savoir jouer au basket pour réussir là-bas.

« 18 ans, c’est trop jeune pour aller en nba »

Partir après une seule saison pleine en Betclic Elite n’est-ce pas trop tôt ?

Le problème, c’est qu’ils n’ont pas le choix ! C’est comme ça maintenant. Les équipes vous veulent à 18 ans. Ce sont des enfants qui partent. Leur corps n’a pas été fini d’être formé. Leur technique basket non plus. Pour tous ces jeunes-là, oui c’est trop tôt. Peut-être aussi pour Victor même s’il prouve à tout le monde que ce n’est jamais trop tôt ! (rires) Mais parce que c’est un joueur hors norme de par son talent, sa technique, sa taille, sa connaissance, etc. Pour tous les autres, 18 ans, c’est effectivement trop jeune.

Si coacher en Euroligue est un objectif, coacher en NBA peut-il être un rêve ?

A choisir, je préfère coacher en Euroligue ! En NBA, il y a une partie de la saison quand même où les matches, même s’il y a l’envie de gagner, n’ont pas tout le temps de l’importance. En Euroligue, c’est la bagarre à chaque journée ! C’est un autre concept de jeu et moi je préfère le jeu qui est proposé en Euroligue.

Mais en tant que Français est-ce envisageable de coacher une équipe NBA ?

Oui je pense. On forme des joueurs qui vont en NBA, donc pourquoi on ne pourrait pas s’occuper d’équipes NBA ! Après, c’est une question de connaissances, de réseaux, d’opportunités. Ce n’est pas qu’une histoire de compétences.

En NBA, le rôle des coachs n’est-il pas moins important qu’en Euroligue ?

Ça reste quand même important d’être bien coaché, en tout cas bien managé. Il y a des egos encore plus importants qu’en Europe avec des joueurs qui sont des ultra méga stars et avec des joueurs qui essaient de gagner leur place à chaque match. Ça, ça doit se manager et se coacher avec une certaine habilité. Et quand Stephen Curry vous pose une question, il vaut mieux savoir de quoi on parle !

« Victor Wembanyama, c’est l’arme fatale »

Quel joueur rêveriez-vous d’avoir ?

Victor Wembanyama ! (rires) C’est l’arme fatale !

C’est plus facile de coacher San Antonio que de le faire venir à Bourg !

Oui, je crois (rires).

Avez-vous prévu d’aller en Summer League ?

Je l’ai fait une fois (avec les Spurs en 2018, Ndlr). J’ai vu comment ça se passait, je ne suis pas sûr de vouloir le refaire.

Que vous inspire la situation de votre ancien club Boulogne-Levallois qui va descendre après avoir été finaliste la saison passée ?

De la tristesse… C’est un club historique qui a formé énormément de jeunes, qui est très important pour le basket francilien. Je sais qu’il y a une autre équipe qui démarre en N2 (le Levallois Sporting Club, Ndlr) et qui aimerait atteindre la N1 ou la Pro B, mais c’est triste que ce club historique de Levallois disparaisse. Je n’étais pas là-bas, je ne sais pas ce que les dirigeants ont fait, mais ça me paraît bizarre…

En tant que coach, échangez-vous avec des entraîneurs d’autres sports ?

J’échange beaucoup avec des coachs de rugby. J’ai pas mal de copains qui sont managers. Jeff Dubois, Laurent Labit, Laurent Travers qui est devenu président au Racing, de temps en temps Ugo Mola. J’échange pas mal avec eux sur tout l’aspect de l’organisation d’une journée, d’une semaine. On a tous plus ou moins les mêmes problématiques.

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