mardi 5 mars 2024

Grand Chelem 2022 : Damien Traille nous livre les secrets de l’exploit

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2ème puis 5ème des deux premières éditions du Tournoi des Six Nations au début des années 2000, la France avance prudemment vers cette édition 2002. Mais, grâce à son insouciance et au talent de ses jeunes pousses, elle va faire des merveilles et surprendre.

Depuis la Coupe du Monde 1999 et sa défaite face à l’Australie en finale (35-12), la France a entamé un nouveau cycle, l’ossature a été conservée avec Raphaël Ibañez, Pieter De Villiers, Olivier Magne ou Fabien Galthié et des petits nouveaux apparaissent comme Imanol Harinordoquy, Serge Betsen ou Damien Traille notamment. Depuis 2000, l’Italie a intégré le Tournoi et le V Nations est devenu le VI Nations.

Après une 2ème place en 2000, la France a terminé à une décevante 5ème place l’année suivante avec deux victoires et trois défaites. Elle n’a battu que l’Ecosse et l’Italie et a notamment sombré en Angleterre (48-19). Ce Tournoi 2002 est donc celui de la revanche pour les Bleus qui veulent montrer un plus beau visage.

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Traille évoque le souflon de Laporte contre l’Italie

Les Coqs s’imposent d’entrée face à l’Italie (33-12) avec notamment deux essais de Damien Traille et Serge Betsen et sept pénalités de Gérald Merceron qui montre d’entrée qu’il est chaud et bien rentré dans la compétition. Les Bleus proposent aussi une grosse défense au sein de laquelle le centre Tony Marsh fait merveille tout comme l’un des petits nouveaux Damien Traille.

Mais, malgré le score large, le début de match face aux Transalpins n’est pas de tout repos : « J’avais fêté ma première sélection l’automne précédent, en novembre 2001, je disputais mon premier Tournoi, un Tournoi qui me faisait rêver depuis tout petit. On avait un groupe avec quelques jeunes et des joueurs d’expérience. Il y avait eu pas mal de renouvellement dans le groupe après la Coupe du monde et un vent de jeunesse soufflait sur ce groupe » explique Damien Traille avant d’ajouter :

« Je me souviens que face à l’Italie, sur le premier match, c’était laborieux et on a reçu un beau soufflon de Bernard Laporte, on va dire qu’il a remis les choses en place (rires). Notre Tournoi a commencé de manière laborieuse, mais on est monté en puissance petit à petit. Les choses étaient claires, chaque joueur savait ce qu’il avait à faire sur le terrain. »

« Sur le premier match, c’était laborieux et on a reçu un beau soufflon de Bernard Laporte »

Une fois cette victoire face à l’Italie acquise, le Tournoi est lancé, mais un difficile déplacement attend les hommes de Bernard Laporte au Pays de Galles à Cardiff.

Comme annoncé, le match est compliqué, les Gallois sont coriaces, mais les Bleus font preuve d’un esprit de corps extraordinaire et l’emportent de quatre points (33-37) grâce à la botte de Gérald Merceron (quatre pénalités et un drop) et surtout à une défense héroïque notamment d’Aurélien Rougerie qui évite un essai gallois en fin de match et qui aurait pu donner une tout autre tournure à cette rencontre. Une rencontre qui voit les débuts internationaux d’un certain Imanol Harinordoquy.

Tony Marsh est aussi très en vue sur ce match avec un doublé inscrit, le 3ème essai étant l’œuvre d’Aurélien Rougerie. Cette belle victoire en terre hostile permet de préparer dans les meilleures conditions la réception de l’Angleterre, le tenant du titre. Le moral est au beau fixe, le Crunch est toujours un match particulier d’autant plus que les adversaires du jour sont aussi toujours en course pour le Grand Chelem.

Les débuts d’Harinordoquy

La France ne commet pas la même erreur que face à l’Italie, elle démarre bien le match avec deux essais de Merceron et Harinordoquy dans les 20 premières minutes. Les essais de Robinson et Cohen ou le coup de pied de Jonny Wilkinson ne changeront pas la donne, la France s’impose 2015 et se retrouve la seule équipe toujours en course pour le Grand Chelem :

« Ce match a peut-être été le tournant de notre campagne. Les rencontres face à l’Angleterre sont toujours particulières, les gagner ça donne une confiance énorme. »

Après avoir pris le dessus sur le tenant du titre, l’Angleterre, la France joue en Ecosse. Les leaders de cette campagne Tony Marsh et Gérald Merceron marquent trois essais et les Bleus s’imposent plus tranquillement que prévu en Ecosse (10-22) pour cette quatrième levée du Grand Chelem. Le 6 avril, place à l’Irlande pour le dernier match de cette belle épopée. L’adversaire s’annonce compliqué à manœuvrer mais, dans un Stade de France bouillant, les Bleus ne peuvent pas passer à côté du sacre.

Ils ne veulent pas se faire de frayeurs ou douter. Ils démarrent la rencontre pied au plancher avec Betsen, Brusque, Rougerie qui marquent chacun un essai en première période. Avec les quatre pénalités de Gérald Merceron en plus, le score est fait à la pause malgré un essai de Wood côté irlandais. Sur ce dernier match, la France corrige l’Irlande (44-5), une défaite qui restera comme la plus large de l’Irlande face à la France. Ça y est, c’est fait, la France remporte

La complémentarité de la 3ème ligne Magne-Betsen-Harinordoquy va vite devenir une évidence pour le sélectionneur

Au-delà de la victoire finale, ce Tournoi 2002 a été riche d’enseignements avec l’arrivée d’une génération de joueurs (Harinordoquy, Traille, etc.) qui fera le bonheur des Bleus pendant de longues années.

La complémentarité de la 3ème ligne Magne-Betsen-Harinordoquy va vite devenir une évidence pour le sélectionneur Bernard Laporte et son adjoint Jacques Brunel qui a aussi une part prépondérante dans les succès des Bleus.

Il met en place le jeu par blocs, un système qui permet aux avants d’avancer, de se déplacer sur toute la largeur du terrain et notamment les 3èmes lignes qui possèdent une grande liberté. Avec des 3èmes lignes aussi doués et mobiles qu’Olivier Magne ou Imanol Harinordoquy, cette stratégie est un succès et permet d’avoir un pack très mobile au service des 3⁄4.

Un XV de France redoutable

Cette édition 2002 est aussi le Tournoi de Tony Marsh (4 essais) qui termine 2ème au classement des marqueurs d’essais à égalité avec Jason Robinson et Ben Cohen derrière Will Greenwood (5 essais). L’ouvreur Gérald Merceron termine lui meilleur réalisateur de la compétition avec 80 points devant Jonny Wilkinson :

« Gérald a toujours été un excellent buteur aussi bien en club qu’en sélection. Un véritable leader de jeu offensivement et défensivement. Il avait un très bon jeu au pied dans le jeu court et face aux perches. » Le capitaine Fabien Galthié réalise son 3ème Grand Chelem après 1997 et 1998 et la France son 7ème après 1968, 1977, 1981, 1987, 1997 et 1998. Elle en réalisera trois autres dans les années 2000 en 2004, 2010 et 2022.

Cette génération 2002 ne sera jamais championne du monde, mais elle est l’une de celles qui a donné le plus de plaisir au public français. Elle était composée de battants, de joueurs qui ne lâchaient jamais, qui luttaient pendant 80 minutes. Les Betsen, Harinordoquy, Rougerie, Traille, Ibañez, Galthié, Pelous, Marsh et consorts sont entrés dans le cœur des Français pour toujours. Certains d’entre eux décrocheront deux ans plus tard, en 2004, un nouveau Grand Chelem.

Le saviez-vous ?

La France est la première équipe à avoir réussi le Grand Chelem dans le Tournoi à Six Nations. En 2000, l’Italie a été intégrée à la compétition et on est passé du V Nations au VI Nations. Cette année-là, l’Angleterre a gagné le Tournoi avec 8 points.

Elle a raté le Grand Chelem en perdant en Ecosse le dernier match. En 2001, l’Angleterre et l’Irlande avaient terminé avec 8 points avec une défaite, les Anglais ayant perdu en Irlande et les Irlandais en Ecosse lors de la dernière journée alors qu’ils jouaient le Grand Chelem. C’est donc la France qui a réussi le premier Grand Chelem de l’ère du VI Nations.

80

Gérald Merceron a été l’un des hommes forts de ce Grand Chelem. Il a terminé meilleur réalisateur du Tournoi avec 80 points. Une belle performance à une époque où Jonny Wilkinson raflait les titres de meilleur réalisateur. L’Anglais terminera2ème avec75points et le Gallois Stephen Jones 3ème avec 64 points.

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