jeudi 25 avril 2024

Jean-Noël Spitzer ne veut pas être le Guy Roux du RC Vannes : « je ne serai pas l’homme d’un seul club »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Ancien joueur du club, Jean-Noël Spitzer (50 ans) en est l’entraîneur depuis 2005. De la Fédérale 2 à peut-être bientôt le Top 14, l’ancien 3ème ligne a tout connu au sein du club breton avec qui il est sous contrat jusqu’en 2025.

Quel est votre sentiment sur la saison de Vannes ?

Aujourd’hui, on est à une place que l’on souhaitait, mais rien n’est fait pour autant. On fera le bilan à la fin.

L’objectif, c’est la montée ?

L’objectif, c’est de jouer une finale ! On ne s’en est pas caché. On a fait trois demi-finales. On a envie de jouer une finale. On n’a pas envie de chuter avant. On aimerait connaître une finale, ce qu’on n’a jamais vécu. 

La saison avait très bien commencé avec 9 matches sans défaite. Ensuite, le club a connu 8 défaites en 13 matches. Cela vous inquiète-t-il ?

Ce n’est pas une inquiétude. C’est quelque chose qu’on avait envisagé. On partait sur la lignée de la fin de la saison dernière, avec le même effectif, le même projet de jeu. On avait certainement un petit temps d’avance. Et puis, nos adversaires ont progressé, nous on a stagné. Il a fallu se renouveler. Une saison, ce n’est pas linéaire. L’important, c’est d’arriver à réenclencher une dynamique. La dynamique qui prime, de toute façon, c’est celle des derniers matches avant les phases finales. Entre les 6 et 10 derniers matches avant les phases finales, c’est là où la dynamique est importante. La dynamique des mois de janvier-février, ce n’est pas celle qui compte.

Le fait d’être premier a-t-il rajouté une pression ? C’est sans doute plus compliqué d’être le chassé que le chasseur… 

Bien sûr. A un moment donné, on ne parlait plus que de notre première défaite. Quel adversaire allait nous battre en premier ? Qui serait le premier arbitre du match où on allait perdre ? Ça rajoute une forme de pression. On devenait chassé. Mais cette première défaite devait arriver. Toutes les séries s’arrêtent, mais on a vite tourné la page. L’important, aujourd’hui, c’est de réattaquer cette fin d’hiver, le printemps avec une bonne dynamique. Pour l’instant, on s’appuie sur les matches à domicile où on a réussi à enchaîner les victoires et les bonus offensifs. On voyage un peu plus difficilement. Il faudra inverser ça.

La montée va se jouer entre vous, Provence Rugby et Béziers ou est-ce réducteur ?

Nous, on ne parle pas de montée ! Ce qu’on veut, c’est jouer une finale. On ne se cache pas. Pour cela, il faut aborder les phases finales dans les meilleures conditions, idéalement à la maison et avec quasiment tout son effectif disponible et en forme.

Quand on joue une finale, on “risque” de monter ! On a l’impression que c’est un mot tabou pour vous.

Si vous voulez parler de la montée, il faut appeler mon président et les actionnaires ! Le Top 14, c’est un autre univers déjà financier. Ce n’est pas moi qui suis responsable des finances du club. Ce n’est pas moi qui suis capable de vous dire quel budget il y aura au RC Vannes en cas d’accession. Nous, le sportif, on se concentre sur cette saison. J’espère que mon président en parle lui un peu avec ses partenaires… Mais moi ce n’est pas mon quotidien. 

« On ne parle pas de montée. Ce qu’on veut, c’est jouer une finale »

Vous devez quand même en discuter ! Y a-t-il le projet à court ou moyen terme de jouer en Top 14 ?

Aujourd’hui, on a la 7ème masse salariale du championnat. Le modèle, c’est Bayonne qui, sur leur année de Pro D2, a déjà construit un effectif de Top 14 et une structure financière qui leur a permis tout de suite en Top 14 d’assurer le maintien voire plus. Aujourd’hui, on est encore loin de ça et il faut qu’on arrive à modifier certaines choses dans notre fonctionnement.

Sentez-vous que le regard des gens a changé sur le RC Vannes et sur le rugby breton ?

A Vannes, il y a une tradition rugby assez forte. La pratique est importante depuis très longtemps. Elle a une base très forte dans les établissements scolaires. Ici, elle a été pratiquée énormément, ce qui est effectivement assez rare en Bretagne. Ce qui explique aussi le fait qu’on soit la plus grosse affluence du championnat. 

D’ailleurs, le stade est quasiment plein à chaque fois. N’est-il pas aujourd’hui trop petit ?

Il ne peut pas être beaucoup plus grand ! C’est un stade en centre-ville sur une superficie de 23 hectares, entouré de bâtiments historiques. Il a ses qualités et ses défauts.

Vous avez pris les rênes de l’équipe en 2005, le club était alors en Fédérale 2. A quel niveau a-t-il le plus changé ? 

En tout ! On est passé d’un monde totalement amateur à un monde professionnel. Tout change, les infrastructures, le quotidien, le rythme des entraînements, les joueurs, le niveau des joueurs, leur relation au club qui est aujourd’hui une relation contractualisée. C’est le jour et la nuit. Il y a une différence énorme entre la Fédérale 2 d’il y a 15 ans et le rugby professionnel aujourd’hui.

C’est votre 18ème saison au club. Avez-vous songé à partir et l’opportunité s’est-elle présentée ?

Oui, mais j’ai surtout eu l’opportunité de continuer à Vannes dans un projet qui avançait. Face aux autres opportunités, au final, j’ai souvent considéré que le projet vannetais avait aussi ses atouts. 

N’avez-vous pas le sentiment d’avoir fait le tour de la maison après 18 ans ? 

Il faut être en interne pour comprendre. Ça a tellement évolué que ce n’est pas du tout la même maison. Ce n’est absolument pas le même projet donc il n’y a pas de forme de lassitude. 

Comment expliquer votre attachement à ce club ? 

Déjà, je suis Breton, je suis très attaché à mon territoire, au rugby breton parce que j’étais cadre technique à la Ligue de Bretagne de rugby. A projet équivalent ou proche, le choix du coeur sera toujours numéro un. 

« Un top club ne m’a jamais contacté »

Un top club ne vous a-t-il jamais contacté ?

Non. 

Etre l’entraîneur d’un seul club, le Guy Roux du RC Vannes, cela vous fait-il envie ?

Je ne serai pas l’homme d’un seul club. Il y aura une fin de l’aventure à Vannes. Me connaissant, je saurai vivre l’instant présent. 

Comment vous est venue la fibre d’entraîner ?

Comme souvent dans le monde amateur. Il y a une blessure et derrière on donne un coup de main. C’est aussi bête que ça. A l’époque, il n’y avait absolument pas de perspective qu’un jour le club soit dans le monde professionnel. J’avais mon boulot à côté, je travaillais la plupart du temps sur Rennes, donc je faisais la route le soir pour venir entraîner trois fois par semaine. Et puis les choses ont avancé sur les deux dernières années de Fédérale 1 grâce à une génération de joueurs de bon niveau. On a profité de quelques très bons joueurs qui ont vraiment fait franchir au club la dernière étape. 

Quels sont les entraîneurs qui vous inspirent ?

Je n’ai pas de modèle, en tout cas pas dans le rugby. Après, je m’intéresse au fonctionnement de différents clubs ou franchises qui peuvent fonctionner. Dans le foot anglais notamment, il y a eu des managers très charismatiques qui ont eu des succès sur des périodes assez longues. Je pense à Brian Clough, Bill Shankly… Ces fonctionnements-là, même si c’était à une autre époque, sont très intéressants quand même sur la démarche managériale. 

Echangez-vous avec d’autres coachs d’autres sports ?

Oui. La Bretagne est une région où il y a beaucoup de sports professionnels, le foot en numéro un, mais aussi du sport de salle avec le basket, notamment féminin, le hand et des sports comme la voile qui est d’une certaine manière aussi un sport très collectif parce que le skipper gère toute une équipe derrière lui. Il y a beaucoup de similitudes, même si ce sont des événements plus ponctuels. Mais la construction d’un projet autour d’un bateau et autour d’une course ressemble beaucoup à la construction d’une saison. 

Le RC Vannes et le Racing 92 sont partenaires. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Les deux présidents s’entendent bien et il y a une relation qui fonctionne. Les téléphones sont ouverts et le Racing a toujours été disponible. On a toujours été une voie privilégiée lorsqu’il s’agit de récupérer un jeune fort en prêt qui avait besoin de temps de jeu en Pro D2.

Nolan Le Garrec a été formé à Vannes, mais il n’y a jamais joué en pro.Il est parti plus jeune.Le voir aujourd’hui en équipe de France, ça vous inspire quoi ?

C’était quelque chose qu’on percevait chez lui très jeune. C’était un garçon hautement déterminé, il était programmé pour le haut niveau. Une motivation intrinsèque pour ça et beaucoup, beaucoup de travail. J’ai le sentiment qu’il est à l’endroit où il était prévu qu’il soit (sourire).

Le RC Vannes a vu passer pas mal de bons joueurs. Ça ferait une belle équipe ! 

La Pro D2 sert aussi à ça, d’être révélateur de talents. On est vraiment content lorsqu’on voit des joueurs qui ont passés ici, plus ou moins longtemps, plus ou moins formés, qui performent aujourd’hui en Top 14.

Le plus dur, c’est de les garder !

Ce n’est pas le rôle de la Pro D2 de garder les joueurs. Un jeune joueur français, un JIFF, qui performe en Pro D2, son avenir est en Top 14. Un joueur qui part, c’est un jeune qui émerge derrière. C’est le championnat qui veut ça. C’est un championnat qui forme des joueurs qui doivent émerger plus haut. Il y a aussi des joueurs qui font toute leur carrière en Pro D2, des joueurs qui finiront leur carrière en Pro D2 après avoir joué en Top 14, mais il y a aussi ces jeunes, qui performent en Pro D2 et dont l’avenir s’inscrit en Top 14 et il faut les accompagner. C’est le rôle des clubs de Pro D2.

Que peut-on vous souhaiter pour cette fin de saison ? 

De pouvoir d’abord jouer les phases finales dans de bonnes conditions. Si possible un match à la maison. Avec mon effectif disponible au maximum et en forme physique.

On ne parle donc pas de montée… (sic)

Ce n’est pas tabou, mais ce n’est pas ce qu’on recherche. On cherche à jouer une finale pour la gagner. Ce que je vois moi, c’est qu’il y a un titre à disputer, et des titres on n’en a jamais gagné en séniors. La seule fois où on devait jouer une finale, la Fédération a validé après les demis et il n’y a pas eu de finale de Fédérale 1 cette année-là (en 2015/2016, Ndlr).

Ne pas parler de montée, c’est aussi une façon de ne pas mettre la pression sur l’équipe…

Pour moi, les six qualifiés joueront le titre. Personne n’est capable de dire qui est réellement favori entre Aix en Provence, Brive, Béziers, Vannes, Nevers, Mont-de-Marsan, Colomiers… N’importe quelle équipe qui reçoit Nevers ne se sentira pas favorite.

Sans parler de la saison prochaine, vous pourriez afficher votre envie de Top 14. Provence Rugby, par exemple, annonce clairement la couleur !

Oui, mais Provence communique beaucoup sur le recrutement DE la saison prochaine et sur leur équipe DE la saison prochaine.

Si vous montez, vous ne refuserez pas la montée quand même… 

Non, mais j’espère qu’on ne passera pas par un match d’accession parce que ça voudrait dire qu’on a perdu le titre et s’il y a un objectif ultime à atteindre, c’est bien d’aller chercher ce Bouclier !

Le fait qu’aujourd’hui le premier de Pro D2 ne soit plus qualifié directement pour le Top 14, trouvez-vous cela injuste ?

Les phases finales ont aussi leur charme. Cette saison, il n’y a pas une équipe qui domine le championnat. Que le premier ne monte pas directement, ce n’est pas une injustice. Les années où le premier a vraiment dominé le championnat, comme Oyonnax l’année dernière, eux auraient peut-être mérité de monter directement et de ne pas s’exposer sur un match de phase finale. Mais c’est la tradition de rugby français et c’est compliqué à remettre en cause. 

Quand on monte de Pro D2 en Top 14, parfois c’est compliqué, est-ce pour ça que vous êtes aussi prudent ?

Non. Simplement, aujourd’hui, on est au bout d’une forme de notre projet et certainement pour continuer à grandir, il faudra qu’on modifie un peu notre projet. On a un projet spécial qui est basé sur une économie réelle. On n’a pas de mécène, pas de gros partenaires. Notre stade fonctionne, il est quasiment à 100% de son utilisation en termes de partenaires à 100% et de public quasiment à 100%. Il faudra réfléchir à une autre approche pour développer encore le projet. Ce n’est pas si simple de faire évoluer un projet qui fonctionne. On arrive à générer un vrai revenu. On assume des investissements. Une partie du stade nous appartient qu’on a financé. Notre centre d’entraînement est financé par la SASP. Il n’y a pas d’autres clubs de Pro D2 à faire ça, à assumer des investissements pareils et des remboursements bancaires. Mais ce modèle-là, est-ce qu’il n’est pas quasiment à 100% ? Est-ce qu’on peut encore grandir à travers ce modèle-là ? C’est la question et il faut la poser à mes dirigeants.

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