dimanche 2 octobre 2022

Jono Gibbes, come back à Clermont et à Michelin !

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Jono Gibbes, le black is back. Quatre ans après, c’est un entraîneur des avants transformé qui sera de retour à Clermont la saison prochaine, avec une casquette de manager général largement confectionnée à la Rochelle. Ceux qui l’ont croisé chez les deux Marcel, Deflandre et Michelin, témoignent.

Paul Jedrasiak : « Jono Gibbes ne fait de cadeaux à personne ! »

« J’ai connu Jono lorsque j’ai débuté en pro à Clermont, il est resté dans le staff pendant trois saisons (2014-2017, Ndlr), à la fin de la période Cotter, au début d’Azéma qui m’a vraiment lancé dans le grand bain. C’est un entraîneur très technique et très précis, exigeant dans l’exécution.

Il mettait déjà énormément l’accent sur la précision, sur la nécessité d’être tout le temps à 100% dans tous les gestes simples qu’on peut parfois négliger mais qui, au final, sont souvent ceux qui font la différence sur une finale. Humainement, il marche à la confiance et ne fait pas de cadeaux, à personne ! On sentait déjà dans sa façon d’appréhender le rugby, sa culture néo-zélandaise évidemment, une dimension technique très forte.

On s’est quitté il y a quatre ans en très bons termes. Depuis, il a fait pas mal de chemin en étant aux responsabilités en Irlande (Ulster) et au Stade Rochelais. On ne sait pas trop à quoi s’attendre sinon que, comme chaque début de saison, et c’était déjà le cas avec Franck (Azéma), il va y avoir une remise en question.

Quel que soit le coach, le rugby de haut niveau nous impose d’être capable de se remettre en cause en permanence, tous les jours aux entraînements, tous les matches, toutes les saisons, raison de plus lorsqu’il y a un nouveau coach qui arrive. »

2ème ligne de Clermont (depuis 2010)

Eliott Roudil : « Capable de dire 20 f… dans la même phrase ! »

« Je me souviens de son arrivée… très discrète. Garbajosa et Patat étaient en poste et il a d’abord pris le temps de l’observation, pendant un bon mois, avant de prendre les rênes du groupe.

A partir de ce moment, il a beaucoup fonctionné en entretiens individuels, il aimait beaucoup ça, surtout avec ses joueurs relais, les avants et certains postes clés comme le 9, le 10 ou l’arrière. Perso, il ne m’a jamais parlé individuellement… pas parce qu’il s’en foutait, mais parce qu’il faisait confiance à ses relais pour faire passer les messages.

Il a tout de suite pris le costume de manager, davantage que celui d’entraîneur, en mettant en place les entraînements et en donnant pas mal de boulot à son staff, ses adjoints. S’il est certain que son impact au Stade Rochelais a été important, et l’est encore, il ne faut pas oublier le travail effectué par O’Gara, également essentiel dans la réussite de l’équipe.

Sinon, Jono est un manager à l’anglo-saxonne qui met au-dessus de tout la performance individuelle et part du principe que chacun doit se mettre ensuite, une fois qu’il sait précisément ce qu’il a à faire, au service du groupe. Pour repartir sur un nouveau cycle, comme semble vouloir le faire Clermont, c’est un très bon choix. En tout cas, à La Rochelle, les résultats parlent pour lui, il a fait du bon boulot dans son style souvent imagé…

Dans ce registre, pour exprimer sa joie, ou sa colère, il était capable de dire vingt fois le mot « fuck » dans la même phrase (rires). Ça, tous ceux qui l’ont côtoyé, vous le diront… »

Centre et ailier du Stade Rochelais (2013-2020), Pau (depuis 2020)

Jean-Marcellin Buttin : « Dans la lignée de Vern Cotter »

« Je l’ai côtoyé pendant deux saisons à Clermont. J’en garde un très bon souvenir, celui d’un technicien rigoureux. Même s’il était plus particulièrement attitré aux avants, ses nombreuses interventions qui concernaient la structure collective lui ont permis d’apporter énormément de choses et d’idées dans le jeu, bien au-delà des avants.

On retrouve ses origines néo-zélandaises, sa patte dans le collectif de La Rochelle qui pratique un rugby engagé, dynamique et offensif, où la notion de plaisir est importante, celle des joueurs comme celles des spectateurs qui, généralement, en ont aussi pour leur compte. Ses équipes sont toujours agréables à regarder. En 2013, il était dans la lignée de Vern Cotter, par rapport à la rigueur qu’il demandait, à sa philosophie de fonctionnement.

Nous étions dans une certaine forme de continuité et c’est aussi pour ça que ça a aussi bien fonctionné avec Franck (Azéma). Aujourd’hui, il est pour beaucoup dans la réussite de La Rochelle et je me réjouis de le voir revenir à Clermont, un club qui avait besoin de se renouveler au-delà des habituels changements de joueurs. Son rôle sera plus global, pas limité aux avants, c’est une dimension qui correspond à sa personnalité même si je ne l’ai pas connu à ce poste.

Mais il a apporté tellement au collectif même avec une casquette moins large que je l’imagine encore plus efficace comme manager, parce qu’il a cette envie d’apporter et d’animer le mouvement collectif, c’est sa culture. »

Arrière de Clermont (2009-2015), BordeauxBègles (2015-2017), Lyon (2017-2020), Agen (depuis 2020)

Damien Chouly : « Jono Gibbes a toujours cherché à être entraîneur en chef »

« Quand il est arrivé à Clermont, parce qu’il venait du Leinster, on s’attendait forcément à voir un technicien très pointu sur toutes les phases de conquête. En Irlande, c’est un peu l’adn de leur jeu et il avait su leur apporter énormément de choses dans ce domaine, et au-delà, avec sa culture néo-zélandaise. On n’a pas été déçus car il nous a vraiment apporté énormément.

A titre personnel, moi qui n’avais connu que des entraîneurs français, il m’a ouvert un autre horizon, une vision plus globale du jeu, très néo-zélandaise, avec un regard plus large, sur le troisième ou quatrième temps de jeu, sur les conséquences de nos actions. Il m’a permis de prendre plus de hauteur tout en étant très précis techniquement.

J’étais capitaine et, avant d’apprendre le français, il ne parlait qu’anglais et comme je le parlais aussi un peu, on a beaucoup échangé. Il n’était pas du genre à faire de longs discours, il préférait aller droit au but, à l’essentiel, avec des propos souvent imagés pour faire passer ses messages.

Son obsession était que les joueurs s’approprient le plan de jeu. Il y est parvenu et encore davantage aujourd’hui à La Rochelle où on sent son influence. Clermont a fait le bon choix en le rappelant dans un rôle de manager qu’il a toujours voulu assumer. C’est d’ailleurs pour ça qu’il était parti en 2017 vers l’Ulster.

Il cherchait à prendre une autre dimension, à être entraîneur en chef. Parce que ses compétences ne se limitent pas au seul secteur des avants. Il peut aussi être très pointu dans la défense et l’attaque. Il n’y a qu’à regarder où en est La Rochelle aujourd’hui pour se rendre compte du travail qu’il a effectué là-bas. »

Ancien 3ème ligne de Brive (2004-2007), Perpignan (2007-2012), Clermont (2012-2019), Perpignan (depuis 2019)

Thomas Domingo : « Jono Gibbes était dur… mais juste ! »

« En raison de la barrière de la langue, ses débuts ont parfois été compliqués à son arrivée à Clermont et le personnage a pu sembler parfois manquer de communication. Depuis, je sais qu’il a progressé en français et qu’il s’est aussi rapproché de ses joueurs, en étant plus dans le dialogue. Sa gestion humaine doit être différente.

Mais, à l’époque, ça ne l’empêchait pas d’être dans le participatif avec certains joueurs sur lesquels il s’appuyait pour faire passer ses messages. Je garde le souvenir d’un gros technicien, très précis et exigeant sur les attitudes, les gestes, les postures, les techniques de saut. Il était beaucoup dans l’anticipation, l’adaptation, à prévoir plusieurs scénarios possibles pour réagir le plus vite possible.

Il était dur… mais toujours juste. Très exigeant. Nous sommes quelques-uns à Clermont à ne pas en avoir forcément gardé un très bon souvenir parce qu’on jouait peu mais j’ai toujours accepté ses décisions, et celles de Franck Azéma. Il faut aussi savoir se remettre en cause. J’ai croisé Jono il y a quelque temps sur un match de Top 14 et ça ne nous a pas empêchés de rigoler ensemble.

Je le sens plus à l’aise dans un registre où il était plus limité, forcément, à ses débuts. Désormais qu’il maîtrise mieux le français, je ne suis absolument pas étonné de le voir aux manettes d’un club, à La Rochelle, encore moins à Clermont qui cherchait un technicien qui connaissait bien le club. Il a toujours eu envie de diriger, d’imposer ses idées, ça fait partie de son tempérament. »

Ancien pilier de Clermont (2004-2017), Pau (2017-2019)

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