dimanche 2 octobre 2022

Laurent Marti : « Il faut développer le rugby à l’Est et dans le Nord »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Président de l’UBB depuis 2007, Laurent Marti, PDG de Kariban et de top tex group, Goûte à 53 ans la première qualification de son club pour les Phases finales du top 14.

L’UBB a été désigné récemment meilleur centre de formation devant Toulouse. Est-ce anecdotique ?

C’est déjà un grand bonheur. Un travail formidable réalisé par nos éducateurs, nos entraîneurs, nos administratifs du centre de formation. C’est aussi le travail initié par tous les clubs aux alentours. Ils nous aident en s’occupant bien des jeunes jusqu’à ce qu’on les récupère. Cette distinction est donc aussi la victoire d’un département et pas que d’un club.

Ce n’est pas d’être devant Toulouse qui est important, c’est d’être premier tout court. Historiquement, Bordeaux-Bègles est un très bon vivier. Beaucoup de joueurs sont passés chez nous même avant que j’arrive. C’était une partie essentielle de mon programme quand j’ai pris le club. J’ai alors dit :

Comment s’est faite la venue en cours de saison de Louis Picamoles ?

Par opportunité. Quand on est tombé d’accord avec Louis, son agent nous a fait comprendre qu’à Montpellier il était un peu écarté. A partir de là, on s’est dit que si eux ne comptent pas sur lui et que nous, nous avons un pépin, peut-être qu’on pourra anticiper sa venue. On n’avait par contre pas envisagé la grave blessure de Marco Tauleigne. On aurait aimé finir la saison avec lui. Il est depuis huit ans à l’UBB. Louis était d’accord à ce moment-là. Cela a pu se faire. Il n’a pas bougé pour l’argent. Il l’a fait pour un dernier challenge.

Picamoles, la recrue suprise de l’UBB

Qu’attendez-vous de François Trinh-Duc ?

La même chose de ce qu’on attend de Louis. Ce sont des joueurs qui ont une immense carrière. Ils ont un excellent état d’esprit. Picamoles et Trinh-Duc restent de très bons joueurs. Ils peuvent assurer une bonne transition. On a des jeunes prometteurs derrière aussi. Mais, pour performer en Top 14, on ne peut pas le faire qu’avec des jeunes joueurs ou des étrangers. Il faut aussi des joueurs français d’expérience. Eux deux vont nous amener cela. On avait déjà vécu cela avec Rémi Lamerat.

Et pourquoi avoir choisi aussi de faire venir Thomas Jolmès ?

Lors d’un Grenoble-UBB, il m’a tapé dans l’oeil. J’en ai parlé à son oncle. La Rochelle nous a ensuite pris de vitesse et l’a fait signer (en 2017, Ndlr). On se souvient tous de ses prestations avec les Rochelais qui l’ont amené aux portes des Bleus. Il a ensuite subi une blessure. A Toulon, avec Collazo, on pensait que cela collerait. Apparemment cela n’a pas fonctionné comme espéré.

On nous a dit que Toulon était disposé à le libérer. Avec Christophe (Urios), on a estimé que ce n’était pas un pari si risqué que cela. Ce joueur a déjà montré de belles choses. Je suis confiant sur la qualité de Thomas. On a fait signer aussi Bastien Vergnes-Taillefer (3ème ligne), un jeune à fort potentiel de Colomiers. On y croit beaucoup. Pierre Bochaton, encore plus jeune (20 ans), vient de Bourg-en Bresse. On scrute encore peut-être un jeune 3ème ligne polyvalent.

Des recrues pour mieux digérer le départ de Radradra…

Semi est uniquement parti (à Bristol) pour des raisons financières. A contre-cœur. Il l’a dit tout en précisant qu’il devait optimiser sa carrière. C’est bien qu’il l’ait dit. Il a gardé un très bon souvenir de l’UBB. Radradra est parti en seigneur. Il a gardé des contacts forts avec le club. Semi était amoureux de l’UBB et vice-versa. On aurait aimé le garder, mais c’était compliqué.

Radradra et l’UBB une superbe histoire d’amitié

Avec le transfert de Fickou au Racing 92, ne craignez-vous pas que les valeurs du rugby foutent le camp et qu’on se rapproche du football ?

Je ne suis pas d’accord. Ce sont des ajustements. Il faut déjà remarquer qu’il y a bien moins de transferts depuis l’an dernier. Comme il y a assez peu de mouvements, des opportunités se créent au fil de la saison. On ajuste surtout les effectifs. Après, qu’on vienne me citer un seul joueur, ou un seul entraîneur, qui savait très en avance dans la saison qu’il allait changer de club et qu’il n’ait pas joué le jeu pour autant.

Cela n’arrive pas au rugby. Ce sport apprend à tout donner. La solidarité, le respect, le collectif sont des bases. Si un joueur est dans un club et qu’il le rencontre en phase finale, ce mec donne tout. Il a été éduqué comme cela. Par contre, si dix joueurs par an changeaient de club dans chaque club alors je me dirais qu’il y a un souci. Cela reste rare. Il ne faut pas exagérer.

Néanmoins, il ne faut surtout pas qu’il y ait des transferts monnayés dans le rugby. C’est à proscrire. Il y a quelques années, les clubs draguaient les joueurs à qui il restait plus d’un an de contrat. C’est ce que j’avais appelé « l’amendement Baptiste Serin ». Il lui restait trois ans de contrat à l’UBB. Il avait été approché par le MHR et le RCT avec des salaires astronomiques.

C’était facile de multiplier les salaires par trois. Je n’avais pas lâché Baptiste pour autant et j’avais demandé à la Ligue qu’on légifère là-dessus. On a légiféré. Depuis deux ou trois ans, cela s’est assagi. Il faut garder un œil quand même. Parfois j’ai l’impression que la tendance revient. On n’a pas le droit d’attaquer un joueur et de faire une proposition de salaire s’il lui reste plus d’un an de contrat.

« Je suis favorable à un mondial des clubs tous les deux ans »

Voulu par le World Rugby, quelle est votre position sur le projet de Mondial des clubs ? On en parle tous les quatre ans à partir de 2022…

J’aurais aimé qu’on le fasse plus souvent. J’en avais parlé à la Ligue. Ce serait déjà pas mal. Une super compétition comme celle-là, il faut la faire. Un Exeter/Waratahs, un Racing/Sharks par exemple, cela ne peut qu’attirer les foules. Il faut y aller et innover. La Coupe d’Europe a un petit coup de mou. Cela pourrait booster le tout. Je serais favorable à la faire tous les deux ans et qu’elle se déroule dans un même endroit.

Qu’aimeriez-vous voir changer dans le rugby français ?

Je vois deux chantiers fondamentaux. Le premier est d’assainir nos finances. Aujourd’hui, le salary cap est encore trop élevé. Cela génère trop de déficit dans les clubs. Cela provoque des tensions malsaines. On est tous trop sous pression.

Je serais pour qu’on le baisse encore, mais qu’en parallèle on fasse davantage d’efforts sur l’accompagnement des joueurs. Le deuxième chantier qui me tient à cœur est le développement territorial du rugby. On souffre de ne pas être à Strasbourg ou à Lille. On a besoin de cela. Sportivement, si demain vous avez un club fort dans le Nord du pays et dans l’Est vous aurez plus de jeunes qui viendront au rugby. Les pépites de demain se trouvent aussi dans ces régions. Il faut développer le rugby sur d’autres territoires.

Laurent Marti très heureux de l’arrivée d’Urios

A quand l’UBB champion de France ?

Le titre de champion, on en rêve. Mais il y a face à nous des équipes hyper armées. Ce n’est pas évident.

Quel est l’apport de Christophe Urios depuis son arrivée ?

Beaucoup de rigueur, d’organisation et de travail. Il a en lui ce tempérament de compétiteur. Quand l’équipe vacille, il est là pour relancer la machine et faire en sorte que cela ne lâche pas.

25 000 spectateurs de moyenne à Chaban

Comment analysez-vous l’évolution du club depuis votre arrivée en 2007 ?

Ce qui me rend très heureux, c’est le public. Premier public de France depuis sept ans et d’Europe, 25 000 spectateurs de moyenne quand cela s’est stoppé l’an dernier. Alors qu’on n’a rien gagné ! Si on ne gagne jamais rien et que je m’arrête, on n’enlèvera jamais cela.

On a pu aussi récupérer le stade Chaban-Delmas. Il y a aussi un centre de formation à Bègles qui est tout neuf. Avec un peu moins de budget que les plus gros, on est passé du maintien de la Pro D2 à 1er du Top 14 l’an dernier. Et on était encore dans la course cette année. Il y a de la fierté. Mais ce n’est pas fini.

Existe-t-il une possibilité dans le futur d’un rachat par un fonds étranger ?

Autant au niveau de la Ligue, cela se calcule et s’étudie. Autant au niveau d’un club cela me gênerait. Aujourd’hui seule la pérennisation du club importe. Mais je préférerais éviter cette solution. Et puis, l’UBB n’a jamais été approché vraiment.

Avez-vous un conseil à donner à Mohed Altrad qui investit beaucoup d’argent avec peu de réussite sportive au final ?

Un club n’est pas une entreprise. Ça l’est peut-être pour la partie partenariat, sponsoring. Mais un club de rugby c’est surtout une âme, une culture de club et un état d’esprit. Le rugby est un sport de combat collectif. Si vous ne donnez pas une âme forte à votre club, une vraie culture de club, vous ne pouvez pas gagner.

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