mercredi 5 octobre 2022

Melvyn Jaminet (Toulouse) « Je prends un risque et je l’assume ! »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

C’est avec 11 sélections, une seule saison de Top 14 dans ses bagages, à 23 ans, que l’arrière des Bleus débarque à Toulouse pour les trois prochaines années, déterminé à assumer son nouveau statut et à répondre aux énormes attentes nées de son éclosion internationale. Parce qu’en changeant de club, il va aussi changer de monde, Melvyn Jaminet sait qu’il doit aussi changer de dimension. Une nouvelle fois.

Avant de partir, il fallait d’abord qu’il termine bien son histoire avec l’USAP où toute autre issue que le maintien eut été une déchirure. A la faveur d’un match de barrage bien maîtrisé à Mont-de-Marsan, où il paya de sa personne avec un 100% dans les tirs au but et son premier essai en Top 14 (sic), Melvyn pouvait savourer, entre soulagement et accomplissement :

« Je suis content d’avoir bien fini, exprimait-il au micro de Canal+ après la rencontre, mon seul regret est d’avoir laissé un peu trop d’énergie sur des choses en dehors du rugby. » Entre les négociations liées à son contrat toulousain, la pression inhérente à son statut d’international, d’un Grand Chelem à une Coupe du monde à domicile, et les attentes d’un (futur) club qui joue sur tous les tableaux, tout le temps, les sollicitations médiatiques vont aller crescendo d’ici le début des hostilités mondiales et ce match d’ouverture face aux Blacks, le 8 septembre, que tout international digne de ce nom a forcément déjà en tête.

Jaminet choisi le meilleur club français

« Je me suis pris la tête cette saison parce que je n’étais pas prêt à tout ce qui s’est passé autour de moi, et quand tout s’est réglé, j’ai enfin pu reprendre du plaisir sur le terrain. »

En assurant le maintien du club qui lui a permis de découvrir le Top 14, d’y acquérir son statut d’international, Melvyn est parti l’esprit libéré pour rejoindre le Stade Toulousain à deux ans de la fin de son contrat et pour les trois prochaines saisons.

Le choix parait aussi naturel, eu égard à sa progression, que risqué, eu égard à la grosse concurrence qui l’attend dans la Ville Rose, notamment celle de Ramos, avec lequel il alterne chez les Bleus, mais aussi celle de Capuozzo, le grand espoir arrivé de Grenoble.

« C’est un risque, mais je l’assume car j’ai encore envie de progresser et le Stade me parait être l’endroit idéal pour ça. En équipe de France, la concurrence avec Thomas (Ramos) s’est toujours bien passée, il va falloir que je prouve encore davantage de choses en club. » Elever son niveau d’exigence sera son grand défi pour challenger Ramos sur ses terres et conserver la dynamique qui le porte depuis un an.

« La marche qu’il s’apprête à franchir cette fois n’est pas plus haute, elle est surtout la plus piégeuse »

Mais il y est habitué. Lorsque Galthié lui avait offert sa première cape, il n’avait encore jamais évolué en Top 14, ce qui ne l’avait pas empêché, après un premier match compliqué de rapidement intégrer les codes du très haut niveau, en témoignent ses prestations XXL à l’arrière des Bleus lors du dernier Tournoi. On parle là d’un joueur qui n’avait pas réussi à franchir le cap pro lorsqu’il était à Toulon.

Un jeune joueur de 17 ans qui, après avoir sérieusement songé à arrêter le rugby, était revenu dans le monde amateur, à la Vallée du Gapeau, puis à Hyéres-Carqueiranne-La Crau, avant d’intégrer le centre de formation de l’USAP à 19 ans, de faire ses débuts pros en D2 en février 2020… un an et demi avant de faire le grand saut en Australie ! En matière de changement de braquet, et de résilience, il a donc déjà prouvé un certain savoir-faire.

Mais comme nous le dit par ailleurs Cédric Heymans la marche qu’il s’apprête à franchir cette fois n’est peut-être pas plus haute, elle est surtout la plus piégeuse. Plus que son talent et ses qualités de rugbyman, indéniables et reconnues par tous, c’est sa capacité à se fondre dans le moule d’une institution qui a vu passer les meilleurs joueurs français depuis un demi-siècle qui lui permettra, ou pas, de poursuivre sa progression.

S’il ne fait guère de doute que le Varois a le profil pour s’imposer chez les Rouge et Noir, on peut légitimement se demander si une saison sera suffisante pour qu’il digère ce changement de statut. Paradoxalement, en devenant international dans le plus titré des clubs français, il sait sa position plus instable et soumise aux aléas de la très haute compétition. C’est dans la tête que ça va se passer, pour encaisser les inévitables moments de doute, assumer la pression des résultats, gérer le turn-over, s’engager sans réticence dans le principe de polyvalence et en faire une arme de titularisation massive ! Avec un seul horizon en tête ; les Blacks, le 8 septembre 2023. Le chemin est encore long et semé d’embuches.

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