mardi 11 mai 2021

Mourad Boudjellal : « La Covid, les clubs vont en profiter sur plusieurs saisons »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont Presse

Si l’on parle davantage de lui aujourd’hui dans le monde du football, Mourad Boudjellal garde un regard averti sur le Rugby français. La vente de Toulon, la saison de TOP 14, la Covid, l’équipe de France et le rugby français en général… Il donne ses vérités sans langue de bois.

Le nouveau président du RCT, Bernard Lemaître, c’est un peu le fil rouge de votre livre. 

Je n’ai pas eu le temps de dire au revoir et c’est à cause de lui. J’avais envie de dire au revoir aux gens, pas pour flatter mon ego. J’avais envie d’un moment de partage, avec les trophées, pour dire : « Ça, on l’a fait ensemble » et pour dire bonne chance aux nouveaux. J’ai été un peu « victime » » de quelqu’un qui n’arrivait pas à reconnaître le fait qu’il avait envie d’être président alors qu’il avait dit : « Je ne le serai jamais ». Il a le droit de changer d’avis, il a le droit de prendre son pied, ça ne me dérange pas. Mais il a essayé de construire un scénario où il faisait les choses contraint et forcé alors que ce n’était pas du tout ça. 

Si c’était à faire, lui revendriez-vous vos parts ? 

Non, je serais allé avec les Américains. J’ai vendu au mieux disant et, si c’était à refaire, je ferais au plus disant. J’aurais gagné plus d’argent. Si c’était à refaire, je ne serais pas rentré dans ce jeu quand il me disait : « On va recruter, on va faire des déficits, etc ». J’aurais dit : « On va d’abord récupérer nos actifs, remettre les comptes à zéro puisqu’on a eu deux années difficiles, et après on verra. »

Les Américains proposaient 17 millions, vous dîtes que vous avez mis 15 millions dans le club…

… J’ai un peu exagéré, je pense que je suis plutôt dans les 12-13 millions. J’ai arrondi TTC (sourire). 

Au niveau de la revente, êtes-vous gagnant ? 

Non, je suis perdant, mais je ne suis pas venu là pour faire une opération financière. Je suis venu pour faire une opération émotionnelle et j’ai été servi, mises à part les deux dernières années où on n’a pas pris beaucoup de plaisir car on a beaucoup perdu. J’aurais peut-être dû même partir un an avant. Le jour où on fait match nul contre Lyon en quarts de finale du Top 14 (19-19 le 18 mai 2018, Ndlr), j’ai senti que quelque chose s’était cassée. 

Combien avez-vous revendu vos parts à Bernard Lemaître ?

C’est moins de 10 millions d’euros et plus d’1 million (sourire). C’est un club que j’ai construit de mes mains. Quand je suis arrivé, il y avait deux stagiaires et deux salariés, et même pas de boutique ni même de représentant. Le club était en Pro D2 et on a tout fait. 

Aujourd’hui, pensez-vous que Bernard Lemaître puisse redonner son lustre d’antan au club ?

Je l’espère et je lui souhaite. J’ai réglé mes comptes par rapport à ce qu’il m’a enlevé. Je n’ai pas de haine. Mais il ne faut pas qu’il oublie que son métier premier (sic) est que les Toulonnais se régalent. C’est ce que les gens attendent de lui. Ils n’attendent pas à ce qu’il dise du mal de moi, qu’il dise qu’il est meilleur ou le sauveur. Les gens attendent qu’il monte un projet et une équipe où ils se régalent et qu’ils aient envie d’aller au stade et où ça gagne. Ils ne veulent rien de plus. 

En même temps, vous dîtes que le public a été trop gâté toutes ces années…

Comme on a eu deux, trois années de disette, j’espère qu’ils vont retrouver de l’appétit. J’ai toujours dit qu’il nous fallait quelques années de m… pour que l’on recrée de la frustration. 

« Cette année, ça va se jouer entre le Racing et le Stade Toulousain »

Mettriez-vous une pièce sur Toulon cette saison ?

Cette année, ça va se jouer entre le Racing et le Stade Toulousain. Le Racing est très fort. Et Toulouse est également très impressionnant. Plus une surprise comme chaque année, car il y en a toujours une. Mais le Racing et le Stade Toulousain me paraissent au-dessus. Attention aussi au Stade Français qui va être compliqué à jouer. Quesada parle aux cerveaux des joueurs (sic). Il leur a inculqué une énergie nouvelle. 

Et Toulon dans tout ça ? 

Toulon au complet, et si Bernard Lemaître et Patrice Collazo savent donner de l’énergie, comme ça a été le cas de Bordeaux l’an passé, La Rochelle une année ou encore Lyon, ce sera compliqué de les battre. 

Qu’est-ce que Bernard Lemaître peut faire de mieux au RCT qui a gagné trois fois la Coupe d’Europe ?

S’il peut regagner un Bouclier, ça fera plaisir à la ville. 

Par rapport à l’économie qu’il met en place vous semblez inquiet si jamais il venait à quitter le club.

Aujourd’hui, il a fait en sorte que le club soit sous assistance financière. Le rôle d’un président c’est, qu’à terme, le club soit indépendant et, ça, c’est son boulot. Il faut qu’il réussisse à monter son modèle à lui, on l’attend sur la création de richesses et qu’il puisse partir tranquillement tout en faisant perdurer le club.

Dans ce contexte actuel, avec la Covid, êtes-vous soulagé d’avoir quitté le club ?

Les clubs ont gagné de l’argent en 2019/2020 grâce au Covid ! Ils avaient déjà encaissé leurs produits et ils ont toutes les charges en moins. Quand vous avez des matches en moins, que vous avez vendu une partie de la billetterie, vous n’êtes pas remboursé, mais le partenariat vous l’avez fait, vous n’avez pas la sécurité à payer, la location du stade, le partenariat vous l’avez gardé, mais vous n’avez rien financé. Toutes ces charges dégagent et, à côté de ça, votre plus grosse charge que sont les salaires, vous êtes aidé par l’Etat. Dans la configuration 19-20, économiquement, ce n’était pas la plus mauvaise nouvelle. Ça a même sauvé la Pro D2. Le Top 14 un peu, mais la Pro D2 ils se sont gavés. 

Cette année, les partenaires vont demander à être remboursés…

Oui, mais s’ils sont malins, la Covid, les clubs vont en profiter sur plusieurs saisons. La Covid permet de baisser les salaires très fortement. Quand vous allez signer un joueur trois ans, en disant on ne peut plus à cause du Covid, et bien vous allez bénéficier trois ans de ses effets, alors que peut-être, je l’espère, dans six mois, on va retrouver la normalité et la vie telle qu’on la connaissait. 

Si le RCT était en danger, seriez-vous prêt à revenir ?

Non, c’est fini ! Le président a un fils, qui a l’air pas mal donc il peut venir à la rescousse. Il y a des clubs qui disent « on va déposer le bilan », et certains ont des milliardaires et des entreprises donc ils ne déposeront pas. D’autres représentent un tel intérêt économique pour la ville que ça coûtera plus cher que le club dépose plutôt que la ville fasse le chèque pour les aider. Chez nous, on est passé d’un budget de 6 à 30 millions, et les impôts reversés par les joueurs, rien qu’en TVA représentent 6 millions. L’économie générée par le club est bien plus importante que ce que ça aurait pu coûter. 

« Galthié, à Toulon, c’est un rendez-vous manqué. En équipe de France, il a la baraka avec une génération exceptionnelle »

Vous vouliez faire une franchise RCT à Miami. 

L’objectif était de vendre un maillot sur deux continents. Et il y a aussi le rêve américain. Et c’était aussi un attrait pour signer les joueurs. Tous étaient branchés par le fait d’aller jouer deux ou trois mois à Miami. Ça aurait même pu devenir un élément de séduction, en l’incluant dans le contrat. 

Y’a-t-il un joueur que vous regrettez de ne pas avoir signé ?

Je n’ai pas réussi à faire venir Carter, qui est allé à Perpignan et au Racing. Mais la déception, c’est surtout de ne pas avoir gardé Radradra. Je l’ai eu, mais ça a été rapide (une saison en 2017/2018, Ndlr). La première année, je devais signer le All Black Christian Cullen, j’adorais ce joueur, et il avait donné son accord, je lui ai envoyé le contrat et, finalement, il a changé d’avis. J’étais fasciné par ce joueur, ses relances, il avait quelque chose. 

Vous avez aussi tenté Beauden Barrett et là c’est Collazo qui ne voulait pas…

Oui, et j’ai respecté. Collazo s’était engagé avec Belleau et Carbonel. Ce à quoi je me suis plié puisque ce n’était pas incohérent. Collazo est très attaché à sa relation avec les joueurs. Sa parole est d’or. La base de son management est que les joueurs aient confiance en lui. 

Votre idée, après avoir fait venir des stars, était de repartir sur un made in Toulon alors que le RCT accusait un déficit.

On s’est adapté parce que j’avais bien compris que le modèle économique n’était plus viable avec les matches le dimanche, les JIFF… Et le modèle que j’avais trouvé, c’était de profiter de la génération Wilkinson, ceux qui sont venus au rugby à ce moment-là. Et elle arrive maintenant cette génération. A Toulon, il y a un centre de formation, il n’y a qu’à se baisser pour ramasser ! 

Il n’y a plus de besoin de stars au RCT ? 

Oui et non. Il y en a qui peuvent rendre service encore à l’image d’Etzebeth. Les jeunes, il faut quand même les encadrer. Le public veut des stars aussi. Le Top 14 aurait-il les mêmes droits et le même charme si on n’avait pas eu ces joueurs tatoués qui font des plongeons en marquant des essais ? Je ne crois pas. Mais il faut autre chose et, à Toulon, il y a un potentiel de formation. Et c’est pour ça que je dis que Bernard Lemaître n’a pas le droit de perdre, ce n’est pas pour lui mettre la pression mais, avec ce qu’il y a en magasin, il va falloir qu’il gagne. 

« En finale du Challenge, le RCT perd à l’expérience »

En même temps vous ne voyez pas le RCT décrocher le Brennus en 2021…

Non parce que c’est encore un poil tendre. Après, on ne sait jamais. Comme il y en a beaucoup qui sont internationaux peut-être que ça va accélérer les choses. Lors du match face à Bristol, en finale du Challenge, ils ne doivent jamais perdre. Ils perdent à l’expérience alors que pour moi ils sont au-dessus. 

Vous êtes très élogieux envers Charles Ollivon alors que quand il a été nommé capitaine des Bleus, beaucoup étaient dubitatifs.

J’ai toujours eu confiance en lui d’abord parce que je l’ai classé mort pour le rugby plusieurs fois et j’ai vu comment il s’est accroché. Un mec qui a un mental comme ça, c’est un sacré compétiteur. Il aurait pu arrêter le rugby. Il se blesse deux ou trois fois à l’épaule. Il revient au bout d’un an, il fait deux matches et il rechute ! Il y est retourné et il a gagné car là ça tient. 

Avec Galthié, vous êtes moins élogieux alors qu’aujourd’hui, pour beaucoup, il est celui qui a réussi à transformer l’équipe de France. 

J’étais très ambitieux avec Galthié. Je lui ai fait une très belle équipe, peut-être même la plus belle avec cette ligne de trois-quarts, Laporte était même jaloux. J’étais donc très exigeant car je connais son potentiel. J’ai essayé de l’avoir pendant des années et ça a été un rendez-vous manqué. Je l’ai vendu à Bernard, je lui avais dit qu’il fallait le mettre à la tête de l’équipe de France. Bernard a réussi à cerner ses points faibles et il a su l’entourer pour mettre en valeur ses points forts. Moi je l’ai moins bien fait. 

Quelle est alors sa part dans le renouveau de l’équipe de France ?

C’est le meilleur technicien français. Après, en discours, Laporte est 100 fois meilleur ! Laporte, il vous fait un discours, vous mettez le maillot et vous allez jouer. Mais Fabien Galthié est un technicien hors pair. On peut aussi dire qu’il a une belle génération. Il a la baraka. Dupont, Ntamack, il a du monde. Aujourd’hui, son problème, ce n’est pas de choisir 23 joueurs, mais les 23 qui vont être champions du monde et il a l’embarras du choix. Vous avez connu beaucoup d’époques ces dernières années où on avait du choix entre autant de 9 et de 10 ? Les troisièmes 9 et 10 actuels auraient été titulaires il y a quelques années. Les autres sélectionneurs n’avaient pas cette chance. Aujourd’hui, on a du monde à tous les postes. Galthié, il a une Coupe de monde en France, il a une génération exceptionnelle et il ne peut pas se louper. Après, il est bien entouré également. Laporte a vraiment mis les pièces de puzzle qui s’imbriquent bien entre elles. Il l’a bien entouré avec Ibañez, Labit, Servat, qui sont très bons et très complémentaires. 

Dommage que Fabien Galthié n’ait pas eu autant de réussite à Toulon…

Il était dans une saison compliquée et je l’ai su par la suite. Si je l’avais su au début, peut-être que je ne m’en serais pas séparé. C’était une saison difficile pour lui à titre privé. Sinon il avait une équipe extraordinaire. Il a fait une énorme erreur avec Habana. Galthié avait raison, Habana n’était plus en état de jouer. Mais il ne fallait pas le laisser s’entraîner chaque jour, il fallait lui dire. Car le laisser s’entraîner et ne jamais le mettre sur une feuille de match, c’était très vexatoire. Habana était une icône dans le vestiaire. Galthié avait tellement de respect pour lui qu’il ne pouvait pas lui dire dans les yeux qu’il n’était plus en état de jouer et qu’il devait se faire opérer. Et comme Habana ne comprenait pas, il a dû lui pourrir le vestiaire, peut-être de manière inconsciente. 

« Il y a un problème avec l’argent dans le rugby »

N’auriez-vous pas dû promouvoir au poste d’entraîneur Pierre Mignoni qui est parti à Lyon ?

J’aurais pu, mais aurait-il autant réussi à Toulon ? Parfois ça fait du bien de quitter la maison (sic). En allant à Lyon, il s’est mis, certes, en danger, mais ça lui a fait du bien. Et je pense que demain, si Lemaître se sépare de Collazo, il pensera à Mignoni. 

Justement, Collazo a beaucoup de caractère. Cela ne risque-t-il pas de faire des étincelles avec Lemaître ?

Ça pourrait clasher si ça ne gagne pas. Mais Collazo est très respectueux du président. Il a le sens de la hiérarchie. Et ça, on ne peut pas lui reprocher. C’est quelqu’un de très droit. Il a un caractère exécrable, mais il est droit. Ce n’est pas un tordu. J’espère que ça va aller et qu’ils vont gagner, et je le dis sincèrement. Je connais tous les joueurs, j’ai porté tous les gamins et je les ai tous signés, certains avec leurs parents comme Dridi qui était mineur. Je veux qu’ils réussissent. 

Depuis votre départ en février, vous n’êtes pas retourné à Mayol… 

Je ne suis pas invité, je n’ai pas de place… Il y a une tribune pour les présidents et je n’y suis pas. J’ai quand même essayé, quand ma fille a voulu y aller, mais je n’avais pas de place. Je n’ai même pas été invité à la finale de Challenge qui est pourtant une compétition où j’étais président au début. J’avais envie qu’il le gagne pour dire « j’en gagne un petit bout ». J’y retournerai quand les choses seront revenues à la normale et j’achèterai un billet. 

Vous dîtes dans votre livre : « Altrad m’a rendu sympathique ». Auriez-vous un conseil à lui donner alors qu’il a mis beaucoup d’argent et qu’il n’a toujours pas gagné le Brennus avec Montpellier ? 

Je pense qu’il ne prend pas les bonnes personnes, et pas qu’au niveau des coachs. Les joueurs viennent à Montpellier pour une mauvaise raison. Aujourd’hui, il a des joueurs à Montpellier qui prennent beaucoup d’argent et qui sont nuls et certains qui en prennent moins et qui sont très bons. C’est là qu’il a fait des erreurs, mais après c’est quelqu’un de brillant et il finira par gagner. 

Avez-vous été approché par d’autres clubs depuis votre départ du RCT ?

Non et en plus j’ai une clause de non-concurrence. Et même, moralement, je ne me vois pas aller dans un autre club. 

Pourtant, vous dites que la Pro D2 vous intéresserait…

J’ai adoré le championnat de Pro D2 et je me suis régalé. Il y avait un côté magique. C’était la fête, les Rolling-Stones ! J’adore emmener de la magie dans des endroits où il n’y en a pas. La Pro D2, j’ai adoré ! 

Ne pourriez-vous pas donner un petit coup de main à un club autour de Toulon, Carqueiranne par exemple qui évolue en Fédérale 1 ? 

Non, mais si on me demande d’aller trouver deux sponsors chez l’épicier et le charcutier, je le ferai. Mais avec le rugby, j’ai fini. 

Pourtant l’idée, en cédant Toulon, était de prendre la tête de la Ligue Nationale de Rugby…

On a fait en sorte que je ne puisse pas me présenter. La campagne de dénigrement était peut-être orchestrée. Je suis sûrement parano ou complotiste, mais je me demande à qui ça a profité. Etait-ce uniquement Bernard Lemaître qui voulait exister de façon très forte ou y avait-il autre chose ? 

Mais n’était-ce pas mission impossible de prendre la Ligue alors que tous les présidents ne sont pas vos premiers fans ?

Ça avait beaucoup changé. Si on vote sur un programme, j’avais ma chance. J’avais des soutiens. Il y aurait eu match. Le temps m’a non seulement donné raison, mais m’a assagi auprès de nombreux présidents. La Covid a fait apparaître beaucoup de choses que j’avais dénoncées. 

« Le rugby a été traumatisé par le passage au professionnalisme »

Vous dîtes que la Ligue n’a pas compris que le rugby était un sport professionnel.

Le rugby a toujours été traumatisé par le passage au professionnalisme. Ils ont du mal et sont toujours restés un peu le cul entre deux chaises. Il y a un problème avec l’argent dans le rugby. 

En vous présentant, l’idée était de concurrencer le foot ?

L’idée, c’était de faire comprendre aux clubs que leur richesse, c’était la Ligue, et qu’aujourd’hui elle ne leur appartenait pas. Qu’il fallait que ce championnat leur appartienne. Et que le jour où la Ligue leur appartiendrait, il ne serait plus des mécènes, mais des investisseurs, avec des retours à fortune. Aujourd’hui, ce sont juste des mécènes avec des retours à perte. La Ligue doit appartenir aux clubs et non l’inverse. Aujourd’hui, la Ligue, ce sont 30 actionnaires et donc 30 clubs. Et ce n’est pas normal quand la Ligue achète un immeuble à 20 millions avec l’argent des droits télés, donc les droits des clubs, que cet immeuble ne soit pas une SCI qui appartienne à 1/30ème aux clubs. La base de mon programme était de se réaccaparer la Ligue et ensuite de faire des modifications pour qu’économiquement ça aille mieux. Il faut créer de l’économie dans les clubs. 

Bernard Laporte président de la Fédé et vous président de la Ligue, ça aurait fait grincer quelques dents…

Le duo a pas mal marché à Toulon… Laporte, c’est pas mal ce qu’il a fait à la Fédération. On va avoir une Coupe de monde en France qui va faire du bien au rugby. 

Si vous ne vous présenterez pas, qui voyez-vous comme futur président de la LNR ? 

Pour le moment, le seul candidat déclaré, c’est Alain Tingaud. 

Max Guazzini serait un bon candidat, non ? 

Max serait légitime, il a fait avancer le rugby, mais je ne suis pas sûr qu’il ait l’envie d’y aller. Surtout qu’il était très proche de Dominici et il est très affecté par son décès. Mais il serait légitime et il serait capable de faire bouger le rugby. 

Qui peut le faire alors ? 

Alain Tingaud, ce serait la continuité. René Bouscatel aurait pu être légitime, mais il ne veut pas y aller, je crois. On a aussi parlé de Pierre-Yves Revol. Il y a goûté, aura-t-il envie d’y retourner ? Il faut chercher dans les jeunes présidents. J’en connais un ou deux qui ont des idées, celui d’Agen par exemple qui est encore en Top 14. Ce n’est pas forcément obligé que ce soit un président de club, mais il faut que le travail soit rémunéré. On ne peut pas gérer un budget de 150 millions d’euros en étant bénévole. C’est un boulot à plein temps. J’ai proposé que les présidents soient payés, que Paul Goze le soit et même qu’il ait un intéressement aux résultats. 

On a vu des sportifs revenir dans leur ancien club, est-ce que le rugby c’est vraiment fini pour vous ?

Oui, c’est fini. J’ai pris ce que j’avais à prendre. Si j’y retourne, il faut que je sois trois fois champion d’Europe, et je sais que c’est impossible. Je me suis déjà ruiné dans le rugby, je ne recommencerai pas. J’ai passé 14 ans à jouer à la roulette russe. Je ne m’en sors pas trop mal, ça va, mais ça aurait pu être pire. 

Il y a l’aspect financier, mais aussi la santé. Vous étiez usé et viviez mal les matches.

Ça m’arrivait de ne plus aller aux matches. J’ai mis ma santé en danger. J’avais un stress, une pression et parfois je quittais des matches juste parce que je ne supportais plus. D’ailleurs, j’admire Bernard Lemaître qui est raide, stoïque… Moi j’en suis incapable. 

« L’OM, il y a du stress, mais ce ne sont pas mes sous, il n’y a pas la peur d’y laisser ma maison »

Pourquoi dès lors vouloir devenir président de l’OM où la pression sera encore pire ? Vous êtes un peu maso !

Marseille, ce ne sont pas mes sous. Certes, il y a du stress, mais il n’y a pas la peur d’y laisser ma maison. Je vivrais tout de même les matches de façon intense, mais moins suicidaire. A Toulon, c’était quasiment suicidaire. Lors d’un quart de finale contre le Racing à Mayol, on menait d’un point et Juan Martin Fernandez et Wisniewski ont loupé deux pénalités à cinq minutes de la fin. Si elles étaient dedans, si le poteau avait été entrant et pas sortant sur l’une d’elle, ça nous coûtait un million et demi ! 

A Marseille, il y a la pression des supporteurs… 

Marseille, si jamais ça se fait, et que je ne réussis pas, c’est le goudron et les plumes. J’en suis conscient. Je m’enfuirai plus vite que mon ombre (sourire). 

Tapie, c’est votre modèle. Est-ce pour cela que vous voulez reprendre l’OM ?

Tapie, c’est vrai, c’est mon modèle. C’est lui qui m’a donné l’ambition de l’entreprise, notamment à travers une émission qui s’appelait « Ambitions ». 

Un dernier mot sur Nigel Owens avec qui vous n’êtes pas tendre…

Je n’y peux rien si c’est un mauvais arbitre. C’est une star, car il a raconté une histoire de vie (il a fait son coming-out, Ndlr) qui est touchante, mais il est mauvais et il est mégalo. Il pense qu’on va voir un match parce qu’il est arbitré par lui. Il a envie de décider qui gagne. Le problème des arbitres, c’est qu’on leur a mis des micros, et, depuis qu’ils en ont, ils ont changé. Désormais, l’arbitre n’arbitre plus un match, il fait un show, un one man show. Ils ont leur petite vanne qu’ils ont travaillée. Autant mettre Laurent Baffie comme arbitre, au moins on s’amusera. Je ne sais même pas s’il sera plus mauvais, mais au moins il sera meilleur dans les vannes. 

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