jeudi 25 avril 2024

Olivier Roumat : « La réussite d’Alexandre, c’est aussi mon plaisir »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Entré en jeu à la 49ème minute contre l’Ecosse, Alexandre Roumat a fêté le 10 février sa 1ère sélection à 26 ans. De quoi rendre fier le papa Olivier Roumat capé lui à 61 reprises.

Comment avez-vous vécu la première sélection en Bleus de votre fils contre l’Ecosse ?

J’étais au stade. Ça m’a fait remonter beaucoup de souvenirs. J’étais ému pour sa première…

A quoi avez-vous pensé quand il est rentré à la place de Woki ?

A plein de choses. Ça m’a rappelé quand j’ai démarré en équipe de France. Et pour Alexandre c’était son rêve ultime d’être international. Il attendait ça depuis longtemps et quand ça arrive on est un peu surpris. En début de semaine, il ne le savait pas, après il a été remplaçant puis il est rentré donc c’est une succession d’événements qui font que j’étais ému pour lui, mais j’étais bien sûr très content et très fier du fait qu’il soit capé.

Comme vous le disiez, cette première cape, il l’attendait depuis longtemps !

Chacun a son chemin et il a beaucoup travaillé pour arriver à cette consécration. Et comme je lui ai dit, le plus dur, ce n’est pas d’y arriver, mais d’y rester ! A lui maintenant de prouver qu’il peut s’installer durablement dans cette équipe de France. 26 ans, ce n’est pas trop vieux pour arriver en équipe de France, surtout au niveau des avants qui ont une maturité plus tardive que les trois-quarts qui, eux, à 20 ans peuvent jouer.

De temps en temps, il y a une exception comme Tuilagi qui est jeune, mais il a un gabarit qui est exceptionnellement costaud par rapport à son âge, mais c’est très rare. Un pilier droit, par exemple, va avoir sa maturité vers 28 ans. De 28 à 32 ans, ça va être quatre années qui vont lui permettre de rester au niveau.

Mais un pilier de 21 ou 22 ans en équipe de France, il n’y en a pas ! Moi j’ai commencé à 23 ans, j’ai joué 3ème ligne, j’ai eu ma maturité vers 25-26 ans. Frank Bunce a été un des plus grands centres de la planète, il a connu sa première sélection avec les Blacks à 30 ans ! Il n’y a pas d’âge pour jouer en équipe de France. Ce sont les meilleurs qui jouent.

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Votre fils a étrenné sa première cape à 26 ans, vous à 23, comment a-t-il vécu cette attente ?

Il le vit bien parce que les jeunes de maintenant ne fonctionnent pas comme nous. Il joue dans un très gros club avec une pléiade d’internationaux.

A part la couleur du maillot, ça ne change pas grand-chose. Il a très bien vécu la préparation du match. On n’est pas tout à fait pareil au niveau du caractère. Moi j’étais plus sanguin. Lui, il est beaucoup posé, plus réfléchi dans la maîtrise de ses émotions. Moi je stressais un peu avant la première. Lui, il n’a pas stressé.

Auriez-vous rêvé qu’il fasse la Coupe du monde, le méritait-il après sa belle saison ?

Quand il a éclaté, l’équipe de France était quasiment invaincue. C’est toujours difficile de bousculer l’équipe en place. Il a travaillé pour y arriver, il a fait de très gros matches avec le Stade Toulousain et il a la récompense de son travail maintenant.

Il y a de la concurrence à son poste. Là, il a bénéficié de la blessure de Jelonch.

On prend toujours la place de quelqu’un, soit une blessure, soit une méforme. C’est comme ça en sélection. Ça arrive à des moments où on ne l’attend pas forcément. On voulait y être avant, on y est après… La sélection, ce n’est pas un club. Personne ne peut revendiquer l’appartenance au maillot bleu. Le maillot bleu, il faut se le gagner, il faut se le chercher et je suis très fier qu’il ait travaillé pour y arriver parce qu’il le mérite.

Que vous êtes-vous dit après le match ?

Je l’ai laissé tranquille parce qu’il était avec ses copains. Je voulais qu’il le vive de l’intérieur. Nous nous sommes vus après le match au stade. On est resté quelques minutes ensemble et on a discuté. Il m’a offert son maillot. J’ai appris qu’il en avait deux, ce qui n’était pas le cas pour ma génération, sans doute un pour chaque mi-temps, il m’en a offert un sur les deux, je ne sais pas lequel. Je vais l’encadrer et le mettre dans mon bureau.

« Il m’a offert son maillot contre l’Ecosse »

Qu’a-t-il de vous ?

Il y a une bonne génétique. Comme moi, il est costaud naturellement. Il n’est quasiment jamais blessé. Ça vient de mes parents et je pense que je lui ai transmis ça. Après, c’est un enfant de la balle. Il aime énormément ce sport et ce jeu. Alexandre aime tellement le rugby qu’il fait énormément d’efforts et ne prend pas ça comme un travail. J’ai joué jusqu’à 37 ans. Je me suis toujours régalé à m’entraîner. Même le dernier entraînement avant mon dernier match, je prenais encore du plaisir et j’apprenais beaucoup de choses. Quel que soit l’âge, on apprend tout le temps en fonction de son entraîneur. Là, il apprend le niveau international, de jouer avec les meilleurs joueurs de son pays, contre les meilleurs joueurs des autres pays. C’est une découverte.

A-t-il une qualité que vous lui enviez ?

On n’est pas dans la comparaison. Alexandre mène son chemin. Je lui souhaite le meilleur. Après, peut-être qu’il se déplace plus vite que moi, il est beaucoup plus rapide. J’étais peutêtre plus lourd. Ceci dit, il est à 112 kilos quand même ! Moi j’étais plutôt à 116-117. J’étais plus lourd, plus statique. Il a quand même un profil un peu différent même s’il y a des similitudes dans les gabarits puisqu’on est tous les deux à 1m98-2m.

Physiquement, la ressemblance est troublante…

A priori, c’est mon fils (sourire).

Le conseillez-vous ? Etes-vous intervenu par exemple quand il a choisi de quitter Bordeaux-Bègles pour Toulouse ?

Je ne suis jamais intervenu dans ses choix. C’est plutôt lui qui vient vers moi pour me demander. Champion d’Europe avec Toulouse, regagner un titre de Top 14… Il en a encore beaucoup de choses à faire. Alexandre n’a que 26 ans. Il est au début de sa carrière.

« Alexandre n’a pas choisi le plus simple en allant au Stade Toulousain »

S’est-il fait un prénom après cette première sélection ?

Je pense que là les gens me voient plus maintenant comme le père d’Alexandre alors qu’avant les gens le voyaient comme le fils d’Olivier Roumat. Sa réussite, c’est aussi mon plaisir. Au début, être le fils de, c’était un peu pesant pour lui. Aujourd’hui, je suis très content qu’il d’arriver à jouer dans cette fantastique équipe de France sous le maillot bleu. L’équipe de France a toujours été comme une maîtresse, c’est quelque chose qu’il faut essayer d’attraper, de conserver, de garder.

Le club, c’est différent. Etre champion de France avec le Stade Toulousain, c’est plus la récompense d’une saison entière. C’est plus collectif, avec la famille, les amis, les proches. L’équipe de France, c’est au-dessus du tout ! Si je n’avais pas été champion de France, ça ne m’aurait pas gêné. Je n’aurais jamais donné une seule de mes sélections pour un Bouclier de Brennus ! Lui a les deux, c’est pas mal ! ce que j’en pense.

Quand il a choisi d’aller au Stade Toulousain, il avait d’autres très gros clubs et il a choisi, pas le plus simple, mais Alexandre est un homme de challenges qui est capable de relever de très gros défis et plus le niveau s’élève, plus il va se préparer pour. Je savais qu’il allait réussir et c’est ce qu’il est en train de faire.

Vous avez mis la barre assez haute avec deux Boucliers, un Tournoi des 5 Nations gagné et une 3ème place à la Coupe du monde. Ça ne doit pas être évident pour lui de passer après vous.

Je lui ai expliqué assez jeune qu’il ne pourrait pas éviter les comparaisons, mais qu’il ne devait pas en tenir compte parce que ça peut le perturber. Inévitablement, les gens ont toujours tendance à comparer avec moi, mais ça ne le perturbe pas. Au contraire, il est fier de porter mon nom et il mène sa carrière comme il a envie. Quoi qu’il fasse, je serai toujours derrière lui.

Olivier Roumat souhaite que son fils s’installe en Équipe de France

Que peut-il faire de mieux ?

S’installer durablement en équipe de France, être explose au plus haut niveau. Car, je le répète, il a énormément travaillé pour y arriver et, s’il le doit à quelqu’un, c’est à lui et à personne d’autre ! Le Stade Toulousain est aussi pour beaucoup dans sa sélection parce que le fait de jouer dans un très grand club, voire pour moi le plus grand club français, si tu t’imposes dans ce club, ça veut dire quelque chose parce qu’il n’y a que des internationaux. Et dans sa progression, ça a été très important depuis un an et demi.

Alexandre connaît-il votre carrière ?

Il m’a vu jouer puisque j’ai été champion de France en 2002 et il était dans mes bras après le match ! Il était petit, il avait 5 ans, mais il s’en souvient puisqu’on avait fait une photo avec le Bouclier de Brennus. On l’a refaite le 17 juin dernier, 21 ans après lorsqu’il a été champion de France avec Toulouse.

L’émotion a-t-elle plus forte quand il a soulevé le Bouclier ou quand il a fêté sa première sélection ?

Elle était plus forte pour la première sélection qui était un accomplissement personnel pour lui,

Il peut jouer au centre ou à l’aile. Quel est son meilleur poste ?

Il joue numéro 8 au Stade Toulousain, c’est aujourd’hui son meilleur poste. Il a joué cinq ans à Bordeaux 3ème ligne aile donc il peut jouer 6-78 et même 4 puisqu’il est rentré à Murrayfield comme 4. Mais son meilleur poste aujourd’hui, c’est numéro 8 puisqu’il est titulaire à ce postelà à Toulouse.

Il y a d’autres fils de en équipe de France, Damian Penaud et Romain Ntamack. En discutez-vous entre papas ?

Je croise Emile au Stade Toulousain quand je vais aux matches. Alain Penaud, de temps en temps, sur des matches internationaux. Mais on ne parle pas trop de nos enfants. Alain est comme moi, il laisse vivre son fils tranquillement même s’il a une relation forte avec Damian. Et Milou, c’est pareil. Ce sont quand même des gamins qui ont entre 24 et 26 ans, et qui sont matures.

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