jeudi 25 avril 2024

Paris 2024 : à 32 ans, la nouvelle vie de Pauline Ferrand-Prévot

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Tout dans le parcours de la Rémoise, Ferrand-Prévot, a toujours renvoyé à la compétition et à la quête de la victoire, de son environnement le plus proche à un contexte professionnel qui l’oblige aujourd’hui, chez INEOS-Grenadiers, à revoir son fonctionnement.

Championne du monde de VTT, en short track et sur le format olympique en 2023, l’extraterrestre du cyclisme féminin mondial n’en finit pas d’étoffer son palmarès alors que se profile à l’horizon le dernier grand rendez-vous de sa phénoménale carrière, les JO de Paris.

Pour augmenter ses chances d’aller, enfin, chercher l’or, à 32 ans, la Rémoise n’a pas hésité à prendre un virage à 180 degrés en rejoignant l’équipe britannique d’INEOS Grenadiers pour sortir de sa zone de confort, se confronter à ce qui se fait de mieux en matière de préparation physique et mentale. En changeant tout dans l’approche de son métier, d’équipe, d’entraîneur et de vélo, elle espère se réinventer.

Quinzième titre mondial décroché à Glasgow en poche, elle court désormais après l’or olympique en VTT, sur un parcours de 4,3 km qui semble taillé pour elle. La colline d’Elancourt dans les Yvelines est de nature à lui faire oublier ses échecs de Londres en 2012 (15ème), de Rio en 2016 (abandon) et de Tokyo en 2021 (10ème).

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Seule féminine au sein d’INEOS Grenadiers…

Au sein d’une formation britannique où, seule féminine de l’équipe, elle côtoie régulièrement les stars du peloton, partageant le même entraîneur que Tom Pidcock, le champion olympique sortant de crosscountry (!), elle apprécie le passage de la petite structure qu’elle avait créée autour d’elle à un fonctionnement beaucoup plus professionnel :

« Je ne sais même pas combien de personnes travaillent autour de moi, disait-elle dans le Midi Libre cet été en marge des Mondiaux. Ils me sont dédiés à 200%, ils sont super bienveillants et se plient en quatre pour faire ce qu’on demande. En même temps, j’ai énormément de comptes à rendre. Je travaille beaucoup plus, j’ai dû voir mes parents à trois reprises seulement cette année. »

Pour cette accro à l’entraînement, le prix à payer pour son ambition olympique s’inscrit dans une sorte de tradition familiale qui la suit depuis ses débuts du côté de Reims au sein du club de l’AC Bazancourt où elle a grandi avec ses deux cousins éloignés, Joshua et Lucas Dubau. S’il n’y a aucun lien de sang entre eux, « nos relations tiennent davantage du côté sportif que familial » précise d’entrée de jeu Joshua, dont le père, Ludovic, est le neveu du beau-père de Pauline. Vous suivez ?

« Nous avons côtoyé Pauline car elle vivait aussi sur Reims et nous avions le même entraîneur… mon père ! » De quatre ans plus âgée, la première cycliste de l’histoire à être simultanément championne du monde sur route, en cyclo-cross et en VTT, et même en gravel quelques années plus tard, était alors en couple avec le triathlète Vincent Luis, un autre champion d’exception, lui aussi champion du monde de triathlon courte distance à deux reprises.

« On partageait des entraînements en commun, poursuit Joshua, aujourd’hui chez Van Rysel CX Racing Team, mais depuis qu’elle a déménagé, on s’est un peu perdu de vue, on ne se voit que lors des grands rendez-vous et des rassemblements de l’équipe de France. »

C’est effectivement sur la Côte d’Azur que la nouvelle cycliste d’INEOS Grenadiers a posé ses valises, dans le sillage de son compagnon, Dylan van Baarle, qui a quitté entre temps l’équipe britannique pour rejoindre Visma Lease a Bike (sans aucune relation de cause à effet !).

Ferrand-Prévot une compétitrice qui ne veut pas échouer

Lorsque « les » Dubau et « la » Ferrand-Prévot imprimaient le rythme de toutes les sorties d’entraînement, dans la Marne, « c’était une pépite, insiste Joshua, mais on ne savait pas encore comment elle allait évoluer. Chez les féminines, la transition vers le statut de femme peut être parfois compliqué. Avec Pauline, il ne l’a pas été et elle a ajouté à sa dimension physique un mental très fort, une volonté de tous les instants de tout mettre en œuvre pour progresser. »

Au quotidien, cet état d’esprit de compétitrice exacerbée la pousse à toujours vouloir rivaliser avec les garçons. Il n’est donc pas illogique de la retrouver aujourd’hui esseulée au milieu des garçons d’INEOS. « Quand elle a fait ses premiers pas en Elite, elle était devant nous (avec Lucas son frère jumeau, Ndlr) jusqu’en cadets, mais lorsque nous sommes passés juniors, en prenant plus de puissance, ça s’est forcément équilibré et nous avons pris l’ascendant. C’était normal. Malgré tout, même si ça n’a pas été simple pour elle car elle nous voyait encore comme des gamins, elle a toujours voulu s’étalonner, essayer de rivaliser, et je pense que ça lui a servi dans sa progression. En tout cas, pour nous, elle a été une fantastique source d’inspiration. Côtoyer une athlète de niveau mondial d’aussi près a été un privilège. »

Dix ans après, si Ludovic, n’entraîne plus, si Lucas a un peu délaissé le vélo pour des études de kiné, Joshua, lui, a enrichi son palmarès cet hiver d’un titre de champion d’Europe par équipes de cyclo-cross. Comme Pauline, il rêve lui aussi des JO. « La concurrence est forte en France, la sélection se jouera en avril ou mai. Si on pouvait se retrouver à Paris en août avec Pauline, ce serait énorme. » Nul doute que Pauline verrait aussi la présence d’un proche comme un signe du destin, un soutien supplémentaire. A 32 ans, l’occasion serait belle de chanter la Marseillaise en famille.

Le saviez-vous ?

Dans un podcast qu’elle a partagé avec son coéquipier de chez INEOS Grenadiers, Geraint Thomas, Pauline a levé le voile sur les dernières années de sa carrière. Elle a notamment manifesté l’envie de revenir sur route, « parce que ça me manque et surtout parce qu’il y a désormais le Tour de France Femmes. J’aimerais essayer de le faire un jour. »

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