dimanche 26 mai 2024

Pascal Donnadieu : « Entraîner une sélection étrangère, je ne dis pas non… »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Entraîneur de Nanterre depuis 1987, Pascal Donnadieu vit, à 60 ans (le 29 mai), sa dernière saison au club et en club. Mais il ne s’interdit pas de coacher une sélection… Entretien pour France Basket et Le Quotidien Du Sport.

Est-ce vraiment votre dernière saison en tant que coach de Nanterre ?

Coach à Nanterre, oui.

La saison dernière, vous deviez arrêter puis finalement vous avez prolongé…

Ce n’était pas aussi affirmatif. Là, ma succession est déjà organisée donc c’est catégorique. Tout est organisé avec Philippe Da Silva. On fait une excellente saison et c’est vraiment le bon moment pour partir. Avec l’histoires des trois descentes, c’était peutêtre risqué de confier l’équipe à Philippe dès cette saison avec beaucoup de pression. Je suis d’autant plus heureux qu’on fait une très grosse saison avec un groupe de jeunes Français plus deux Américains. Je ne pouvais pas rêver de meilleure fin de parcours en tant que coach à Nanterre.

Pascal Donnadieu peste contre une ligue à 16

Certains disent que le passage à 16 clubs, c’est la mort des petits clubs. Etes-vous de cet avis ?

On aurait pu largement rester à 18. Il faut de la place pour tout le monde. Les clubs qui aujourd’hui s’arment lourdement économiquement comme Monaco, Paris voire Villeurbanne, tant mieux poux eux et je ne suis pas jaloux. Mais se déplacer dans des salles ou dans des villes moyennes qui ont des budgets moindres, mais qui puent le basket, ce ne sont pas quatre matches de plus qui auraient changé quelque chose.

J’étais favorable à un statu quo parce qu’il ne faut pas oublier les clubs qui ont des histoires. On le voit bien cette année avec Saint-Quentin ou Blois. Il faut que le basket vive aussi dans ces régions-là. Je prends toujours énormément de plaisir à aller jouer dans des salles ou des endroits où il y a une vraie tradition basket.

Souvent on parle de l’importance des joueurs JFL, si vous enlevez deux équipes, ça veut dire moins de joueurs en première division. Les équipes qui ont de gros effectifs, vous ne pouvez pas me dire qu’elles ne peuvent pas faire quatre matches de plus dans la saison !

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« Je n’ai jamais eu autant de propositions alors que j’arrête ! »

Quel peut être l’avenir pour Nanterre qui a le 13ème budget et la 12ème masse salariale ? A un moment, on a parlé de fusion avec Boulogne-Levallois…

On était tout proche d’un rapprochement entre les deux. Quasiment tout le monde était d’accord. Une personne (le maire de Boulogne, Ndlr) a fait capoter le projet. Sinon je pense qu’on aurait certainement fusionné. L’idée était de faire un grand club dans le 92. C’était un beau projet. On va essayer de se développer et de continuer à faire grandir le club et de trouver des moyens supplémentaires pour que le club continue de grandir.

En début de saison, vous deviez devenir directeur sportif du club. Est-ce acté ?

C’est la très grande tendance. Maintenant, rien n’est signé. On est un des rares clubs qui n’a pas de directeur sportif, pas de general manager non plus. C’est aussi l’occasion de restructurer le club. Si jamais je prends ce poste, mon travail consistera à mettre Philippe, le staff et les joueurs dans les meilleures conditions. C’est un poste essentiel si on veut continuer de se structurer.

On sent que vous avez encore envie d’entraîner…

… Non. A partir du moment où j’arrête à Nanterre, on ne peut jamais dire jamais, mais la tendance n’est absolument pas que je reprenne un autre club. J’ai cette année, paradoxalement, alors que j’avais annoncé que je quittais Nanterre et que j’arrêtais quelque part de coacher en club, je n’ai jamais eu autant de propositions !

Ça fait plaisir. Par contre, comme je l’ai dit, même si je suis directeur sportif l’année prochaine à Nanterre, je verrai ce qui se passe après les Jeux Olympiques en ce qui concerne l’équipe de France, si jamais je reste ou pas. Dans un coin de ma tête, il y a quelque chose qui me tenterait. Je ne veux pas être le mec qui dit je postule pour être coach de l’équipe de France, mais j’aimerais bien, pourquoi pas, entraîner une équipe nationale étrangère.

Pas candidat à la succession de Collet

Pourquoi ne voulez-vous pas postuler à la succession de Vincent Collet en équipe de France ?

Je trouve que ça ne se fait pas. Il y a un staff en place. Il y a une échéance super importante. Je n’ai pas envie de me porter candidat. Par contre, j’ai des touches pour entraîner éventuellement une équipe nationale. Je me verrais bien prendre une sélection nationale. J’ai été approché par quelques pays. Autant je ne reprendrai pas de club, mais ça c’est quelque chose qui pourrait m’intéresser.

Une grosse équipe nationale ?

Quand même pas ! Je ne vais pas prendre la Serbie ou la Slovénie, mais des équipes qui me permettraient de vivre encore de belles aventures.

N’aimeriez-vous pas vous étalonner dans un autre club que Nanterre ?

Je ne postule pas pour entraîner un autre club. Si j’ai fait le choix d’arrêter à Nanterre, à 60 ans, avec une dernière saison réussie, avec tout ce que j’ai connu à Nanterre, ce n’est pas pour me retrouver dans un autre club. La boucle est bouclée. On n’est jamais à l’abri quand on est coach de faire l’année de trop et de connaître une saison catastrophique, voire une descente. Ma dernière saison, ce sera tout sauf ça et j’ai vraiment envie de finir là-dessus dans mon club historique où on a tout gagné sauf la Leaders Cup. Je ne reprendrai donc pas de club.

Pascal Donnadieu un fidèle de coeur à Nanterre

Durant toutes ces années, avez-vous failli quitter Nanterre ?

Il y a quelques années, oui, j’ai été tenté. A partir du moment où on avait tout gagné à Nanterre, je me demandais ce que je pouvais faire de plus. J’ai eu quelques contacts de clubs ambitieux. J’ai hésité et à chaque fois c’est le cœur qui m’a fait rester à Nanterre.

Victor Wembanyama a débuté à Nanterre. Mais ne regrettez-vous pas de ne pas l’avoir récupéré la saison dernière quand il a opté pour Boulogne-Levallois ?

Il y avait une forme de cohérence. L’année où il est parti à Villeurbanne, on aurait aimé qu’il reste encore un an chez nous. On a respecté son choix et on a d’excellents rapports avec lui encore maintenant.

La décision de pas revenir à Nanterre après Villeurbanne était sage parce que ça aurait peut-être pu faire croire alors que ce n’est pas le cas qu’il était uniquement capable de réussir dans son petit cocon à Nanterre comme la saison à Villeurbanne avait été mitigée. Il a fait le bon choix. Les faits lui ont donné raison. Pour la draft, pour l’avenir, c’était bien qu’il montre, même si je n’avais aucun doute là-dessus, qu’il pouvait réussir partout.

Y a-t-il un joueur que vous avez raté et que vous regrettez ?

Je m’étais vraiment mis à fond sur Amath M’Baye. Je considérais que c’était un joueur vraiment profilé dans le style de ce qu’on aime bien à Nanterre. Il avait fait le choix d’aller au Japon.

« François Lamy a joué un rôle important »

Bourg est-il aujourd’hui le successeur de Nanterre ?

Ils ont quand même des moyens financiers importants, mais grand coup de chapeau à ce club. Les dirigeants ont fait un très gros travail avec des moyens qui certainement sont supérieurs à nous quand on avait gagné, on a été champions de France avec l’avant-dernier budget, ce qui n’est pas le cas de Bourg.

Le dénominateur commun de ces deux aventures, c’est François Lamy qui a joué une un rôle important dans mes succès en tant que coach quand il était agent. Là, il est à Bourg et c’est quelqu’un de l’ombre, mais essentiel. J’aime bien les clubs qui se sont construits à travers les histoires sportives et les succès sportifs. Je suis très défavorable aux wildcard, aux licences sur 10 ans. A Nanterre, comme à Bourg, tout ce qu’on a acquis, c’est sur le terrain et grâce à nos succès sportifs.

Une finale 100% française en EuroCup, Monaco qui brille en Euroligue, Villeneuve d’Ascq finaliste de l’Euroligue chez les filles, il ne manque qu’une médaille d’or aux JO !

Quelle que soit la couleur du métal, une médaille olympique, c’est quelque chose d’extraordinaire. Concernant les résultats des clubs, ils sont effectivement formidables. Le basket français mérite une place beaucoup plus importante dans les médias.

Le basket n’a pas la place qu’il mérite. Par rapport à certains sports, on n’est pas assez mis en valeur alors que c’est un sport spectaculaire, qui plaît énormément, qui réunit les jeunes et les moins jeunes. Les clubs sont en train de faire d’excellents résultats sur la scène européenne, on doit profiter de cette vague pour que le basket devienne encore plus majeur au niveau des médias. On n’a pas d’excuse. Tous les ingrédients sont réunis pour que le basket soit un sport médiatiquement qui prenne encore plus en France, même s’il y a la NBA à côté.

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