jeudi 25 juillet 2024

RC Vannes : le président Cloarec nous donne les bases du maintien en Top 14

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Le président de Vannes, Olivier Cloarec confie sa fierté d’avoir vu son club accéder à l’élite. Mais il assure, même si la mission s’annonce compliquée, que le RCV ne se présentera pas en Top 14 en victime. Entretien pour Rugby Magazine et Le Quotidien Du Sport.

Qu’est-ce que ça représente d’être le premier club breton à atteindre l’élite ?

Beaucoup de fierté. Personne ne nous voyait là. Cela paraissait impossible et infaisable. Mais c’est un vrai projet de territoire qu’on construit autour d’une identité bretonne forte. On essaie d’assembler un maximum d’acteurs autour de nous : les collectivités, les partenaires privés, nos supporteurs… Il s’est passé quelque chose de magique à Ernest Wallon dès l’arrivée du bus des joueurs et tous ces supporteurs bretons présents. Et ce stade à guichets fermés avec 10 000 Bretons ! On se serait cru au stade de la Rabine à Vannes ! C’est la victoire de tout un peuple.

C’est grâce à tous ces acteurs autour de nous qu’on en est là aujourd’hui. Bien entendu que les joueurs et le staff gagnent les matches, mais si on n’a pas cet environnement autour de nous depuis de nombreuses années, on ne serait pas là aujourd’hui !

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Olivier Cloarec rend hommage au modèle de Vannes

Comment faire désormais pour rester dans l’élite ?

Si j’avais la réponse, ce serait facile (sourire). Quand on est montés de Fédérale 1 en Pro D2, il y a huit ans quand on est passés en professionnel, on était considérés comme une anomalie du rugby professionnel. Un club breton accédant au monde professionnel, ce n’était jamais arrivé.

Tout le monde nous promettait l’enfer et nous prédisait la redescente rapide. D’autant qu’on venait d’une structure purement associative. Il fallait tout construire. Cela a été dur. Aujourd’hui, la marche est plus haute sportivement. Je regarde le Top 14 tous les week-ends. Sur le plan purement sportif, on se dit que la marche est effectivement très haute. Pour autant, sur le domaine projet de club et infrastructures, on n’a jamais été aussi prêts. On évolue déjà sur une structure professionnelle.

On travaille intensément. Nous avons des méthodes, des process. On connaît déjà ce monde professionnel. Alors effectivement cette marche sportive paraît impossible. Néanmoins le club s’est structuré. Il travaille beaucoup sur sa formation. Il développe année après année ses infrastructures. Avec le centre d’entraînement qui est un centre de performance de très haut niveau, on n’a pas beaucoup de choses à envier à beaucoup de clubs de Top 14.

On a voulu faire un outil qui corresponde pleinement aux ambitions qu’on avait, à savoir d’aller jouer au plus haut niveau. Il y a aussi le développement du stade de la Rabine. Il joue à guichets fermés chaque soir de match. C’est notre autre outil qui nous permet de construire une économie de club. Il faut continuer à le développer encore comme on l’a fait déjà l’an dernier avec la construction d’une nouvelle tribune. On a pu monter à près de 12 000 places. C’est mieux que 8000 il y a huit ans.

Un stade de 8000 places pour la Pro D2

Etes-vous confiant pour le maintien ?

Si on pose la question aujourd’hui, cela semble impossible de se maintenir, mais impossible n’est pas Breton ! On travaille beaucoup dès maintenant autour de beaucoup de sujets pour donner les moyens au sportif d’exister, de se battre dans ce nouveau championnat. Il va falloir le découvrir. On n’ira pas pour faire les figurants.

L’objectif est d’y aller avec un maximum d’armes pour essayer de rivaliser tout au long de la saison. On donnera tout pour se maintenir. L’idée est comment on construit le projet qui va nous permettre de rester en Top 14.

Pour l’espérer, le RCV devra impérativement mieux passer l’hiver…

Beaucoup de clubs passent des moments difficiles. Il est vrai que l’hiver on enchaîne parfois des défaites. En Top 14, ce serait plus compliqué. Mais un championnat de Pro D2 c’est long aussi. Il démarre très tôt, finit très tard. C’est un enchaînement de 30 matches. Pour le RCV, c’est 25 000 km à parcourir dans la saison. On a été le club qui s’est déplacé le plus. Chaque déplacement dure trois jours. On prenait très souvent le bus.

Autant de kilomètres sur une saison, cela finit par impacter les organismes. Cela peut expliquer pourquoi l’hiver peut être compliqué pour nous. A nous et à moi de trouver des solutions en termes de logistique et de déplacement plus adapté dans ce nouveau championnat.

« Aujourd’hui, cela semble impossible de se maintenir, mais impossible n’est pas Breton ! »

Quel va être le budget du club ?

On essaie de construire un budget autour des 19-20 millions d’euros. Au vu des quelques 500 partenaires bretons nous accompagnant déjà dans le projet, au vu des collectivités qui nous accompagnent fortement dans le projet aussi, et de la ferveur on a fait 13 matches à guichets fermés voilà les prévisions. On reste optimistes pour que cela continue pour la saison qui vient au stade de la Rabine. Mais très raisonnablement on peut penser que, pour exister en Top 14, il faut aller chercher des budgets autour de 25 millions d’euros minimum.

J’espère donc que des bonnes surprises vont arriver entre la médiatisation autour de notre club breton, le capital sympathie, vont provoquer des choses auprès de nouveaux partenaires. Je ne lance pas un appel (sourire), mais je sais que, si on veut réaliser un joli championnat, il faut aller chercher de nouveaux partenaires, de l’argent supplémentaire, donc des partenaires au-delà de l’économie bretonne.

Olivier Cloarec construit un budget de 20 millions d’euros

Parlons du recrutement, quelle va être la stratégie car l’effectif actuel ne devrait pas suffire. Quels sont les profils recherchés ?

Ce modèle d’accession de Pro D2 en Top 14 est compliqué. Il ne nous permet pas de nous préparer en amont. Cela nous laisse trois semaines pour recruter, discuter avec les agents, les joueurs, les recevoir, les tester sur le plan médical. Pour avoir les meilleurs joueurs possibles, c’est avoir le meilleur état d’esprit possible pour les faire rentrer dans le projet club identitaire qu’on mène. Après, on a un groupe extra et un collectif fort. On a aussi un noyau de joueurs. Il faut conserver cette ossature.

Il faut ensuite la compléter avec des joueurs connaissant le haut niveau. Il faut amener de l’expérience avec un ou deux facteurs X. A date, on est sur l’idée de recruter 6 à 8 joueurs, devant et derrière, pour démarrer la saison. Et probablement sur 2 à 3 profils supplémentaires en octobre/novembre.

N’avez-vous pas peur que cette montée soit finalement un cadeau empoisonné du fait du manque de latitude ?

Ce n’est sûrement pas un cadeau empoisonné, mais la récompense d’un travail fait depuis tellement longtemps à Vannes. Vannes ne fait pas de bruit, mais travaille très dur. Ce club sait construire et franchit des paliers. Ce n’est pas parce qu’on est humble qu’on ne doit pas être ambitieux. Depuis toujours on a voulu aller au plus haut niveau. Il faut franchir des étapes. Il faut aller découvrir cette exigence du Top 14. On sait qu’on n’est pas sûr de rester dans l’élite. Si tel était le cas on se servirait de cette expérience pour continuer à construire notre projet, à le renforcer, pour revenir en Top 14 demain ou après-demain avec encore plus de forces.

Des matches à Rennes pour Vannes ?

En battant Grenoble (16-9), Vannes est le premier club breton à monter en Top 14. Le champion de France de Pro D2 veut délocaliser certains gros matches car son stade ne peut accueillir que 10 000 personnes. La meilleure solution serait le Roazon Park à Rennes : « Certains matches vont être délocalisés. Comme tout le monde, j’aimerais que toutes les rencontres puissent se jouer ici, mais ce ne sera pas possible. Pour nous, tout le monde parle de Rennes. Il y a encore des discussions à mener mais, une chose est sûre, les collectivités vont mettre les moyens pour que les supporteurs puissent suivre leur équipe » a déclaré le maire de Vannes David Robo dans Ouest France.

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