mardi 27 septembre 2022

René Bouscatel (président de la LNR) : « Je suis contre une ligue fermée »

À lire

Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Préféré au Président du stade rochelais Vincent Merling, l’ancien Président du stade toulousain (1992-2017) René Bouscatel (75 ans) et nouveau Président de la Ligue nationale de rugby devrait s’inscrire dans les Pas de son Prédécesseur Paul Goze.

Quel est votre sentiment au moment de devenir le nouveau président de la Ligue Nationale de Rugby ?

C’est un grand honneur, mais aussi une lourde tâche et une lourde responsabilité de succéder à Paul Goze qui a présidé cette institution pendant huit ans en développant nos compétitions, en aidant nos clubs, avec le travail préalable de Serge Blanco qui a été le premier président de cette Ligue ô combien nécessaire.

La Ligue n’en serait pas là et n’aurait pas prospéré s’il n’y avait pas eu sa personnalité, ses réseaux en fédérant l’ensemble du rugby professionnel ce qui, à l’époque, n’était pas facile. Pierre-Yves Revol a continué la tâche avec brio et classe, puis Paul avec sa bonhomie bougonne (sic), ses rondeurs qui cachent une grande fermeté dans les convictions et surtout dans la défense du rugby des clubs et de nos compétitions. Je suis conscient d’être un héritier et de l’ampleur de la tâche.

Je souhaite fédérer l’ensemble du rugby professionnel et le faire participer pour poursuivre le développement de la Ligue et de nos clubs ; Assister au plus de matches possible, me rendre dans tous les clubs, les aider par une présence et une proximité collective et individuelle constante. Je vais essayer d’imprimer ma personnalité, ma façon d’être, mais je n’imposerai rien. Je souhaite fédérer et qu’on travaille ensemble de manière participative et constructive. Que chacun se sente un peu décideur de son sort.

Bouscatel, Premier président originaire du Stade Toulousain

Vous êtes le premier président de la LNR issu du Stade Toulousain. Etait-ce une anomalie à réparer ?

J’étais l’avocat de Jean Fabre en 1991 quand il a été candidat à la Fédération. La Ligue n’existait pas encore. Mais j’ai une pensée pour lui qui n’avait pas réussi dans cette tâche et qui est un monument du rugby et qui est un maître à penser.

Si on vous avait dit il y a un an que vous deviendriez président de la Ligue l’auriez-vous cru ?

Je n’étais pas candidat et je n’en avais même pas l’idée. Si Paul avait pu se présenter statutairement, je ne me serais pas présenté et je suis d’ailleurs le dernier à m’être déclaré. Finalement, j’ai estimé que je pouvais apporter quelque chose pour ces quatre ans à venir.

Mourad Boudjellal nous disait qu’il fallait créer de l’économie dans les clubs de Top 14. Le foot est-il un exemple à suivre ?

On peut toujours regarder ce qui se passe à côté, il y a toujours à prendre dans d’autres sports pour évoluer sur le plan économique, mais on n’est pas obligatoirement des Chinois pour copier systématiquement. L’imitation est toujours moins bien que l’originale. Le rugby a son originalité et c’est à nous de continuer à le démontrer et à réussir avec notre originalité.

René Bouscatel veut défendre un rugby populaire

Quel sera votre fonctionnement avec la Fédération Française ?

Je défendrai, bec et ongles, comme je l’ai toujours fait, le rugby des clubs et les compétitions de clubs. Par contre, avec l’évolution, la Ligue a maintenant plus de 20 ans, il faut entamer un dialogue, plus positif et plus constructif, mais des deux côtés, en se focalisant moins sur nos points de désaccord et d’achoppement qui sont nécessaires, ne serait-ce que par le calendrier, la disponibilité des internationaux, qui est un leitmotiv tous les ans.

Mais je voudrais convaincre les membres de l’élite et de la Fédération que nous avons aussi des points d’intérêts communs plus importants que les divergences que l’on peut avoir, à condition que chacun joue le jeu de manière loyale, directe et franche.

« Je suis contre les transferts comme en football. »

Top 12, Top 16, quelle est votre position sur l’évolution du Top 14 ?

J’ai évolué de manière… anormale (sic). J’ai été président d’un club qui jouait le haut de tableau en 1ère Division et qui était très perturbé par la mise à disposition des joueurs internationaux, par le calendrier avec les doublons, on sait combien j’ai pu pester là dessus (sourire). Il y a trois ans, j’ai pris un peu de recul.

Je vois beaucoup de matches, de Top 14 et de Pro D2 et je me rends compte que le rugby est beaucoup plus large que les problèmes que peut rencontrer un club. Il est évident que le Top 12 résoudrait des problèmes de dates pour certains clubs fournisseurs du XV de France, mais l’intérêt commun doit l’emporter sur les intérêts particuliers et la formule actuelle a beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients.

Ça ne conviendra pas à tout le monde, mais aucune formule ne conviendra à tout le monde et c’est un équilibre qui s’est trouvé avec le temps. Paul voulait me convaincre, il n’y est pas arrivé, j’y suis arrivé seul en prenant du recul. Le Top 14 compte 40% des joueurs professionnels du monde !

Nos compétitions sont attractives et permettent de faire éclore de plus en plus de joueurs, à la fois pour nos clubs et pour l’équipe de France. Les résultats de cette dernière sont dus au travail du staff et des joueurs, mais aussi au travail en amont des clubs pour mettre à disposition leurs joueurs. Ce n’est pas un revirement de ma part, mais une évolution.

René Bouscatel pas contre une ouverture du capital de la Ligue mais…

Faut-il revenir à deux descentes ou deux montées, ou conserver le système actuel ?

Je suis pour une véritable compétition, pour qu’il y ait des montées et des descentes, pas une ligue fermée. Après, combien de montées et de descentes, chaque système a ses avantages et ses inconvénients. Je souhaite que nous ayons un débat très large là-dessus pour arriver à trouver un consensus et qu’on n’en reparle plus tous les ans. Comme on a à peu près tout essayé, on sait où il faut aller.

Qu’est-il de l’ouverture du capital de la LNR à un fond d’investissement ?

Pourquoi pas, ce peut être une opportunité, mais à condition que ce soit bien réfléchi, qu’on ait pris toutes les garanties sur l’interlocuteur, sur les garanties données, sur l’indépendance que garderait la Ligue par rapport aux compétitions, etc.

« Je considère que les hommes ne sont pas des marchandises »

Faut-il s’inquiéter après le transfert en pleine saison de Fickou au Racing et ne craignez-vous pas une explosion des transferts payants ?

Il y a deux différences entre le football et le rugby, outre le fait qu’on ne joue pas plus d’un match par semaine, ce sont les indemnités de transferts et le montant des droits télés. Je suis contre les transferts comme en football. Je considère que les hommes ne sont pas des marchandises, qu’ils ne doivent pas être valorisés. Peut-être que les choses évolueront avec le temps mais, personnellement, je ne suis pas pour.

Retrouvez la version longue de l’entretien dans Rugby magazine, en vente ici ou chez votre marchand de journaux

spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi