mercredi 24 juillet 2024

Rouen Normandie veut transformer l’essai normand

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

La progression d’un Gabin Villière ou celle de Rouen Normandie en Pro D2 ne sont pas les seuls indices d’un rugby normand en pleine mutation.

La réussite du Rouen Normandie Rugby en Pro D2 symbolise le rebond du rugby normand. Et rien que dans l’agglomération de Rouen, on peut constater la présence du XV Couronnais ou de l’AS Rouen Université Club (Fédérale 3)…

« Ce n’était pourtant pas du tout d’actualité à une époque. Le rugby local normand monte de plus en plus et il y a de plus en plus de joueurs formés » dixit Olivier Barthaux le directeur sportif du RNR. Ce dont se félicite le président de la Ligue Régionale de Normandie Jacques Vimbert :

« Je suis président depuis quatre ans. Avant, j’étais président du club de Laigle pendant huit ans. Quand on est arrivé, on a trouvé une situation globale un peu compliquée. A la base, la Normandie n’est pas une terre de rugby. Avant la pandémie, on comptait environ 6300 licenciés. La Covid a un peu coupé notre élan. On a 50 clubs.

Rouen Normandie dans une petite Ligue

C’est une petite ligue, mais on continue d’avancer. Le HAC Rugby est notamment un club qui travaille très bien en étant un peu l’élève de Rouen. A Evreux, une nouvelle direction redynamise bien les choses aussi. Ils sont partis pour faire quelque chose d’intéressant en Fédérale 3. On a aussi des clubs féminins en Elite 1 et 2 (ASRUC…).

Au niveau masculin, on a pas mal de clubs qui évoluent en Fédérale 3 (Dieppe, Stade Caennais, Evreux, XV Couronnais, ASRUC). Prochainement, on va avoir aussi une création de club sur Falaise. Sans oublier ce gros projet qui doit voir le jour en juin 2022 sur la Normandie.

Il s’agit d’un énorme tournoi international de rugby à VII. Par rapport aux plages du débarquement, on voudra inviter les nations majeures qui ont contribué au débarquement ».

En France, le Rugby est né au Havre !

Justement replongeons nous dans l’histoire. Et sur le Club Doyen, Le Havre. Il est ce club qui dominait encore récemment les débats dans sa poule 1 de Fédérale 2. Gabriel Dubernet :

«L’histoire du rugby au Havre est la même que pour le football. Les origines sont identiques. Ce sont deux sports qui sont arrivés par les Anglais aux alentours des années 1870. En Angleterre, le football et le rugby commençaient à avoir des règles du jeu distinctes. Quand les Anglais sont arrivés pour travailler dans l’activité portuaire de la ville, ils ont apporté dans leurs valises ce sport. Progressivement, foot et rugby se sont séparés. Le rugby s’est constitué moins vite que le football bien qu’en parallèle ».

Plus de 150 ans plus tard, les choses ont évidemment évolué dans le milieu de l’ovalie »même si la Normandie demeure un des comités les plus petits en termes d’effectifs. Mais, depuis une dizaine d’années, les choses bougent favorablement. On profite de la locomotive Rouen qui est en Pro D2.

Leur réussite fédère pas mal de choses au niveau des autres clubs. Cela fait monter le niveau des autres comme Le Havre, Evreux, Caen pour ne citer que ceux-là. Dans l’appel d’air rouennais, toutes les villes grossissent rugbystiquement. Il y a eu aussi certaines belles réussites.

On parle beaucoup de Gabin (Villière) actuellement, qui vient de Vire, mais il y a eu aussi David Auradou (40 sélections, Ndlr) qui a été formé au HAC au niveau cadets avant de monter sur le haut niveau et faire la carrière que l’on connaît ».

700 000 euros de budget pour le club du Havre

Le co-président du Havre avec un budget avoisinant les 700 000 euros au trois-quarts soutenu par du partenariat privé définit un carnet de route souhaité à court terme pour le club :

« Les ambitions sont de monter au plus haut niveau amateur, à savoir la Fédérale 1 et de s’y installer. C’est le marche-pied pour aller plus haut. Ces dernières décennies, le club a oscillé entre la Fédérale 3 et la Promotion d’Honneur. Depuis quatre ans, une nouvelle équipe de dirigeants a lancé un projet appelé »Vers une Fédérale 1 ».

« Le but est d’y arriver pour 2022 pour les 150 ans du club. Le challenge de se rapprocher du niveau de Rouen n’est pas annoncé au Havre, mais il est sous-entendu ». Néanmoins, certaines difficultés subsistent, et non des moindres dont celle de l’attractivité :

« Le club est en Fédérale 2 depuis trois saisons, explique Dubernet. La difficulté est celle rencontrée par tout le monde amateurs. On vient de subir l’arrêt officiel des compétitions cette année. C’est le plus gros problème. Concernant l’attractivité, ce n’est pas simple non plus. Quand vous êtes dans le Sud-Ouest, vous avez un club tous les 30 km. Il y a un gros réservoir de joueurs.

Quand on est en Normandie, ce n’est pas le cas. On a alors deux manières de fédérer des joueurs. La première est de s’appuyer sur la formation des jeunes normands. La proximité de Rouen et de la région parisienne nous permet aussi de faire des recrues ».

Rouen Normandie, la référence régionale

Rouen est la référence rugbystique normande actuelle. Ce club est installé dans l’antichambre de l’élite depuis deux ans. Olivier Barthaux peut avoir le sourire :

« On a cette fierté d’être la locomotive du rugby normand. On travaille sur ce projet depuis près de 20 ans. Cela n’a pas été simple. Il a fallu gravir des échelons, mais aussi mettre le territoire en ordre de marche. On a réussi à fédérer la Normandie derrière un projet et pas que rouennais. Notre réussite future ne passera que par l’adhésion de tout le monde et sur ce qu’on veut faire sur le territoire en matière de rugby.

Ce sport à Rouen évolue bien. Cela donne plus de sens à ce qu’on met en place. On essaie d’ouvrir la voie. Nous prônons un rugby décomplexé. On démontre qu’on peut réussir en mettant les bons ingrédients. Le rugby normand a longtemps lutté contre ce complexe d’infériorité par rapport à des bastions forts de rugby. C’était mental. Il a fallu travailler là-dessus aussi.

On est fier d’un Gabin Villière évidemment, qui est un pur produit normand, mais on a d’autres joueurs de haut niveau issus de Normandie. Jérémie Maurouard (Lyon) a commencé le rugby à Rouen. On avait récupéré aussi Wilfrid Hounkpatin (Castres), récemment appelé en équipe de France, à Rouen alors que cela n’avait pas marché pour lui à Narbonne.

Avec nous, il a fait deux ans en Fédérale 2, puis Fédérale 1 avant d’être appelé par Castres. On a cette fierté d’avoir fait mûrir des joueurs. Il a pris beaucoup de maturité auprès de Richard Hill (manager général). Cela prouve que dans le travail qu’on fournit on est dans le vrai. On peut former de très bons joueurs qui nous le rendent bien car ils restent en contact avec nous. Ils savent que le club a été une belle page dans leur carrière ».

« On a longtemps lutté contre ce complexe d’infériorité par rapport à des bastions forts de rugby »

Mais pourquoi cela marche-t-il plus à Rouen qu’ailleurs en Normandie ? « Rouen est une ville universitaire, rappelle le directeur sportif rouennais. On a eu le bonheur de profiter de joueurs qui venaient du sud à l’époque, venant nourrir l’effectif du rugby normand.

Cela a permis à Rouen d’être bien positionné en Normandie en Fédérale 3, puis Fédérale 2. On a pu ensuite évoluer en Fédérale 1 et on a gagné en expérience. On s’est alors plus ouvert sur le rugby national. Rouen a regardé ce qui se faisait à droite et à gauche. On a adapté tout cela à notre propre culture pour réussir.

Cela a été un long processus pour créer notre propre identité. Pour ma part, j’ai toujours évolué à Rouen depuis 2001. Malheureusement, le club, en 2009, a connu des soucis financiers et s’est écroulé. J’ai eu l’opportunité de rebondir à Châlons-sur-Saône deux ans en Fédérale 1, j‘ai rencontré là-bas Richard Hill. J’ai pris beaucoup de notes sur la manière dont ils fonctionnaient en Bourgogne.

Quand je suis revenu à Rouen, le club était à l’époque en Fédérale 3. Il a fallu repartir d’une page blanche. Le club a fait venir Richard Hill en Fédérale 2. Je le savais bâtisseur. Les autres clubs normands se sont rendus compte qu’on n’était pas là pour se servir d’eux, mais plus pour faire avancer les choses.

Rouen Normandie mise sur la formation

« Car quand on prend, mais qu’en retour on ne donne rien, cela présente ses limites. Notre système a porté ses fruits. Dans les années à venir cela va constituer une grande force pour nous par rapport aux autres clubs. On va avoir tout un territoire qui va fonctionner ensemble avec une volonté de percer à haut niveau ».

Nous misons sur un centre de formation à Rouen. On a déjà six salariés sur notre formation, c’est conséquent. On travaille dur à partir des U14. Actuellement, Paul Surano matche bien en Pro D2. Il a marqué récemment quelques essais. Le 2ème ligne Jean Leleu accumule les feuilles de matches. Le talonneur Jean-Etienne Lesueur progresse aussi. Mais on est conscients que les fruits de la formation seront vraiment récoltés d’ici trois, quatre ans.

Nos jeunes brillent dans beaucoup de catégories différentes en Crabos et par ailleurs. Ils sont donc habitués à jouer à haut niveau ce qui est intéressant pour la suite. En outre, d’autres clubs nous amènent rapidement leurs meilleurs jeunes sur Rouen. Soit ils percent et tout le monde est content, soit ils retournent dans leurs clubs d’origine en donnant de leur expérience acquise à Rouen.

Et quand, chez nous, certains ne percent pas forcément, ils peuvent basculer au Havre. On entretient de très bonnes relations avec ce club. On a besoin que des équipes normandes soient en Fédérale 1 et que des joueurs puissent s’aguerrir à ce niveau quand cela ne leur est pas possible en Pro D2 ».

Le rugby Normand brille avec ses jeunes

A partir de ce mode de fonctionnement ; basé sur un rapport gagnant/gagnant Rouen peutil espérer viser l’élite ?

« On veut amener le club en Top 14. On aimerait que ce soit le cas dans les trois à cinq ans à venir. Nous avons un dur apprentissage, mais on a toujours su s’adapter en trouvant des solutions. Dans un premier temps jouons déjà les qualifications en Pro D2, après il sera temps de viser une dynamique Top 14.

On est quand même encore limité dans nos infrastructures. Mais l’an prochain on récupère notre stade de Diochon et ses 8500 places avec sa pelouse hybride. Notre stade actuel Jean-Mermoz va devenir un camp d’entraînement. Avec les élus, on est en train d’étudier ce qu’on fera de ce camp d’entraînement pour répondre aux exigences d’infrastructures nécessaires au Top 14 ».

Ensemble, plus vite, plus loin est le leitmotiv du Rouen Normandie Rugby. Les clubs de Flers dans l’Orne et Vire dans le Calvados ont décidé de se rapprocher et de faire cause commune. L’union fait la force. C’est bien un atout existant au sein de ce rugby normand plus que méritant.

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