lundi 26 février 2024

Rudy Gobert n’a pas froid aux yeux : « La NBA et les Jeux, j’espère gagner les deux ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

A 31 ans, pour sa 11ème saison NBA, le Français Rudy Gobert est redevenu le meilleur défenseur de la Ligue. Entre un possible (premier) titre avec Minnesota et les Jeux Olympiques, « Gobzilla » ne manque pas de défis. Entretien pour France Basket et Le Quotidien Du Sport.

Sentez-vous que cette 11ème saison en NBA peut être la bonne pour décrocher le titre ?

C’est clairement l’objectif. Même avant d’aller en NBA, j’ai toujours dit que je voulais être champion. Ça fait partie de mes rêves et de mes objectifs depuis le début. Mais ce n’est pas quelque chose qui arrive comme ça ! J’ai déjà dû m’imposer dans cette Ligue, gagner ma place, montrer chaque année, progresser, travailler dur, évoluer en tant que joueur et, à partir de ma 4ème ou 5ème année avec Utah, on a pu faire les play-offs pour la première fois, gagner en expérience.

On a eu des supers moments, d’autres plus difficiles. Ensuite, il y a le trade à Minnesota qui avait en tête de construire une équipe pour jouer le titre. J’ai clairement vu ça comme une opportunité de permettre à cette franchise, à cette équipe d’atteindre ce qu’elle n’a jamais atteint tout comme moi. Cette année, on a une belle opportunité. On a surtout tout ce qu’il faut dans le vestiaire pour se donner une chance d’y arriver. Maintenant, c’est beaucoup de travail, avec des hauts et des bas, mais ce titre est notre objectif.

Par rapport à Utah, la différence tient-elle dans le fait que vous soyez entouré par des joueurs plus forts offensivement ?

A Utah, on avait une très bonne équipe. L’année où on finit premier et où on perd contre les Clippers (en demi-finale de Conférence en 2020/2021, Ndlr), j’avais fait une très belle saison, mais je sais que je suis un meilleur joueur aujourd’hui que je ne l’étais il y a deux ans.

Je suis un joueur différent de ce que j’étais à Utah. Minnesota a aussi des forces différentes. On est plus grands globalement, on a plus de taille, ce qui est très important en play-offs. Mais gagner le titre, c’est dur. Il y a un niveau de talent énorme dans la Ligue et il y a beaucoup d’équipes qui peuvent prétendre au titre. Il faut que les planètes soient alignées.

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« Victor (Wembanyama) va nous faire prendre une autre dimension »

Vous êtes loin d’être la meilleure équipe en attaque, par contre vous êtes la meilleure équipe défensivement parlant. Peut-on parler d’un jeu européen ?

Je ne dirais pas européen. On a une équipe unique (sic). On a encore une marge de progression qui est énorme. Principalement, bien sûr, offensivement. On a une équipe qui a des joueurs uniques, qui a des forces que d’autres équipes n’ont pas. Comme je l’ai dit, on a beaucoup de taille, on est très long, ça nous permet de matcher en défense contre tout type d’attaque.

Le fait d’avoir Kat (Karl-Anthony Towns, Ndlr) et moi, ça fait deux joueurs à plus de 2m10 sur le terrain dont un qui peut shooter à 3 points et un autre qui est dominant sous le panier et qui met beaucoup sur la défense et surtout beaucoup de pression au rebond offensif ce qui nous permet d’avoir des possessions en plus aussi.

Si vous deviez choisir entre une première bague de champion NBA et un titre olympique, que choisiriez-vous ?

J’espère gagner les deux ! C’est l’objectif. Pourquoi pas la même année (sourire). Ce serait une belle année (sic). Les deux font partie de mes rêves depuis toujours. Ce sont deux titres avec une signification très forte. Ce serait la récompense d’énormément de sacrifices, de travail, avec des hauts et des bas, c’est ce qui les rendrait incroyablement beaux.

On sait que le titre de meilleur défenseur vous tient à cœur. Comprendriez-vous qu’il vous échappe cette année ?

C’est encore très tôt. Mais comme je dis souvent, je veux être le meilleur défenseur de l’histoire, le joueur le plus impactant défensivement qui n’ait jamais foulé le parquet au monde. Cette distinction m’a échappé deux fois, peut-être injustement. Cette année, l’objectif est que notre équipe soit la plus dominante possible défensivement et c’est lié à comment je suis impactant défensivement. J’espère cette année décrocher ce titre de meilleur défenseur pour la 4ème fois (après 2018, 2019 et 2021, Ndlr) puis une 5ème fois. Maisunàlafois!

Ne seriez-vous pas déçu si votre coéquipier Karl-Anthony Towns décrochait ce titre ?

C’est un sport d’équipe et tu ne peux pas défendre tout seul. Tu peux seulement essayer d’impacter les autres. Le but, c’est aussi de rendre les gens meilleurs autour de moi. Que ce soit Karl-Anthony Towns, Anthony Edwards, McDaniels, Mike Conley qui est aussi très fort sur défense, ce trophée serait la récompense de notre équipe, pas seulement de moi.

La première saison à Minnesota n’a pas été simple à titre personnel. Aujourd’hui, ce doit être jouissif ?

Je prends beaucoup de plaisir cette année. Je suis un compétiteur, tout ce que je fais chaque jour, c’est pour gagner, donc forcément quand il y a toutes ces victoires ça fait toujours plaisir de voir que tu récoltes les fruits de ton travail. L’année dernière, il y avait beaucoup d’adversité, beaucoup de hauts de bas, mais j’ai quand même pris du plaisir. Tout ce qu’on a traversé l’année dernière, c’est ce qui nous a rendus plus forts et nous permet aujourd’hui d’être l’équipe que l’on est.

Peut-on parler de revanche alors que certains se sont demandé si vous n’aviez pas fait une erreur en signant à Minnesota ?

Les gens parlent toujours… Certains disaient que je n’irai jamais en NBA, que je ne serai jamais All Star… Toute ma vie, il y a eu des certains (sic). L’important, c’est le travail que je fais chaque jour, le plaisir que je prends. C’est ça qui définit, au final, ce qui sera accompli ou pas. Si j’ai appris quelque chose au fil de ma carrière, c’est bien de prendre du plaisir.

Quand tu te donnes à fond dans ce que tu fais, que tu fais tous ces sacrifices sur et en dehors du terrain, que tu sais que tu as tout donné, tu n’as pas de regrets et c’est ça qui est beau. A la fin de ma carrière, on pourra juger et regarder ce qui a été fait et ce qui n’a pas été fait. Mais, quoi qu’il arrive, j’aurai tout donné.

Quelle équipe craignez-vous le plus à l’Ouest et rêvez-vous d’une finale contre le Philadelphie de Nico Batum ?

Il y a tellement de talent cette année à l’Ouest comme à l’Est. Mais il n’y a pas d’équipe qu’on craint. On est capable sur une série de battre n’importe qui, mais on sait que ça dépend de nous au final. On a toutes les clés. On

a notre destin entre nos mains. Jouer la finale contre Nico, ce serait incroyable ! Mais il y a aussi de très grosses équipes à l’Est ; Boston, Milwaukee, Cleveland, Miami… Le niveau est tellement élevé que l’important est de se concentrer sur nous et de continuer à progresser chaque jour. On verra déjà en fin de saison à quoi ressemblera le tableau et en play-offs ce sera une nouvelle saison qui démarrera.

Etes-vous d’accord qu’aujourd’hui le meilleur cinq de non-Américains prendrait le dessus sur le cinq des meilleurs Américains ?

Ces dernières années, si on regarde les titres individuels, les équipes, les performances, il y a beaucoup d’internationaux, de non-Américains qui sont en haut. C’est super pour le basket en général. C’est aussi à mettre au crédit de la NBA qui, ces 30 dernières années, a fait un travail exceptionnel pour promouvoir ce sport dans le monde entier.

La NBA a un rayonnement incroyable. Des enfants partout dans le monde peuvent rêver se dire que « moi aussi je peux aller en NBA ». C’est ça qui est beau. Ça se traduit avec des candidats aux titres de MVP, de meilleur défenseur, des champions NBA comme Nikola Jokic. Le basket international n’a jamais été à un tel niveau.

Victor Wembanyama, malgré une équipe de San Antonio qui ne brille guère, vous bluffe-t-il pour sa première saison NBA ?

Je ne suis pas surpris par ses performances, mais par la vitesse à laquelle il les réalise. En pré-saison et dès le début de saison, il a quand même fait de gros matches statistiquement. Je pensais que ça allait lui prendre un peu plus longtemps à s’adapter, au rythme, au jeu de la NBA. Je sais aussi à quel point il a travaillé dur les deux mois qui ont précédé la saison. Il récolte les fruits de son travail. Les victoires ne sont pas encore là, mais ça fait plaisir de voir qu’il arrive déjà à être dominant et à tous nous faire kiffer avec des actions que seules lui peut réaliser.

Il vous a fait kiffer contre Giannis ?

J’ai regardé la deuxième période du match. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il joue pour gagner. C’est un compétiteur et il montre qu’il n’a pas peur. Au contraire, il adore ce genre de challenge. C’est la mentalité que je respecte et que j’aime.

Faut-il bâtir l’équipe de France autour de lui pour les Jeux ?

Il va énormément nous aider. Bâtir l’équipe autour de lui, ça regarde le staff. C’est important qu’on garde la base sur laquelle on a quand même eu beaucoup de succès ces dernières années, à part l’été dernier qui était quand même une déception. Mais qu’on garde notre noyau.

L’arrivée d’un joueur unique comme Victor va nous permettre d’aller encore plus haut. Il va découvrir ce niveau-là qu’il ne connaît pas encore. Je n’ai pas envie de lui mettre cette pression, mais plus de l’accueillir et de doucement le laisser prendre ses marques. Mais je sais qu’il va les prendre rapidement. On n’a aucun doute là-dessus !

Peut-il être le facteur X pour battre les Américains ?

Rien ne sera simple, mais un joueur comme Victor nous fait prendre clairement une autre dimension en tant qu’équipe.

Etes-vous surpris par le retour tonitruant de votre premier club, Saint-Quentin, dans l’élite (6ème à mi-parcours) ?

Je les suis et leur début de saison me fait très plaisir. Je leur souhaite de faire les play-offs. Une fois que tu es en play-offs, tout est possible avec un tel public. On voit que c’est une équipe qui est très soudée. J’ai hâte de voir cette 2ème partie de saison !

Vous avez inscrit un magnifique 3 points en équipe de France contre le Monténégro, votre premier en Bleus. A quand le premier en NBA ?

J’ai le droit de shooter à 3 points en NBA. C’est juste une question de spacing (d’espace, Ndlr). Mais ça peut arriver bientôt… Peut-être que je le garde si on va en finale. Ce sera notre arme secrète (rires).

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