lundi 26 février 2024

Sofiane Guitoune (Toulouse) : « Tant qu’Antoine (Dupont) n’aura pas gagné la Coupe du monde, il n’arrêtera pas ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

A 34 ans, le centre toulousain, ambassadeur du jeu OVAL3, dispute la dernière saison de sa carrière avec, dans le viseur, un 4ème Bouclier de Brennus.

Vous êtes ambassadeur du jeu OVAL3. Pouvez-vous nous le présenter ?

C’est un jeu en ligne gratuit. Vous créez votre équipe avec des cartes que vous achetez, avec cinq joueurs, par exemple le plus célèbre Antoine Dupont. Vous créez une Ligue que vous partagez entre amis ou avec des inconnus. C’est comme un championnat via les réseaux. Vous n’avez pas besoin d’une télé, un téléphone suffit ! A la fin, il y a un classement. Selon les prestations des joueurs que vous avez sélectionnés, ça vous rapporte plus ou moins de points. Il y a plein de statistiques qui rentrent en compte.

Antoine Dupont fait partie des investisseurs d’OVAL3. Pas vous ?

Je n’ai pas le même portefeuille ! (rires)

Avez-vous créé votre équipe ?

J’ai fait mon équipe pour la Coupe du monde. J’ai mis pas mal de joueurs du Stade Toulousain, avec quand même Damian Penaud ! (rires)

Est-ce vraiment votre dernière saison ?

Oui. A un moment donné, il faut passer à autre chose et j’ai aussi envie de faire d’autres choses. Mais que je le fasse cette année, dans un an ou dans deux ans, ce sera toujours difficile d’arrêter de faire sa passion tous les jours.

Pourtant, vous êtes encore performant. Des clubs n’ont-ils pas essayé de vous convaincre de continuer ?

Des clubs étaient intéressés, mais ce n’est pas mon ambition. J’ai vécu un rêve en étant rugbyman professionnel qui plus est en jouant au Stade Toulousain et en y gagnant tant de titres donc je ne me vois pas aller ailleurs. J’ai envie de partir, entre guillemets, par la grande porte avec un 4ème Brennus. J’ai envie de laisser une bonne image, d’un joueur qui s’est battu jusqu’au bout et qui n’a rien lâché.

Vous n’avez pas été épargné par les blessures. Sans elles, votre carrière aurait-elle été tout autre ?

Peut-être ou peut-être pas. Ces blessures m’ont forgé mon caractère de bosseur. Je ne me suis jamais économisé. Ayant un petit pète, je continuais à m’entraîner même avec 40 de fièvre. Je ne suis pas quelqu’un qui se gère, c’est ma façon d’être. Encore aujourd’hui je ne sais pas faire. J’ai 34 ans et la semaine dernière j’étais malade comme un chien et je suis venu m’entraîner alors que je sais très bien que je n’aurais pas dû venir, mais je n’avais pas envie de louper l’entraînement et le match du week-end. C’est une passion, c’est plus qu’un sport, ça me nourrit toute la journée et la nuit. Je le vis à fond !

« La Rochelle nous pousse à nous dépasser »

La saison 2018/2019 est-elle le sommet de votre carrière avec 12 essais en Top 14 ?

C’est la plus belle. Elle est extraordinaire parce qu’elle arrive après un an et demi de galères, de blessures, d’opérations et je sais ce que j’ai dû faire pour revenir. Peut-être que si je n’avais pas eu un an et demi de pubalgie je n’aurais jamais fait cette saison 2018/2019. J’ai tout chamboulé avec les différents staffs médicaux, les prépas physiques, les nutritionnistes pour comprendre pourquoi cette pubalgie ne passait pas. Quand on a trouvé la bonne recette, elle a marché. Quand je me fais les croisés en 2012, huit mois après je suis en équipe de France. A chaque fois qu’il y a eu une blessure, il y a eu une bonne nouvelle après.

La Rochelle est champion d’Europe depuis deux ans. Le Stade Rochelais n’est-il pas devenu le (nouveau) club chouchou des Français ?

Le club chouchou des Français, c’est le Stade Toulousains ! Mais je comprends l’envie du public amateur qui ne connaît pas trop le rugby de vouloir voir quelque chose de nouveau. Quand on est là depuis trop longtemps, d’un côté on dérange. C’est toujours mieux d’avoir la dernière paire de Nike ou la dernière voiture. La Rochelle vient d’arriver et c’est nouveau et ce serait bien que ça change, mais le Stade Toulousain n’est pas parti pour lâcher ! Tant mieux que La Rochelle amène de la concurrence, ça permet aux autres équipes de monter le niveau et de rendre le championnat le plus attractif possible, de rendre l’équipe de France plus compétitive. La Rochelle a peut-être un jeu qui est fait pour la Coupe d’Europe. Ils ont une culture entre guillemets britannique avec un coach irlandais Ronan O’Gara. Ils ont un jeu plus stéréotypé, plus dans le combat. Nous, on essaie de jouer un maximum, de jouer debout, d’éviter les phases de rucks, eux adorent les phases de rucks, de combat avec les Atonio, Skelton, Danty, Bottia, Aldritt… Un jeu qui a gagné à la Coupe du monde…

On a beaucoup parlé de l’arbitrage à la Coupe du monde.

L’arbitrage sur le quart de finale, à part sur une ou deux décisions, mais il y en a une de chaque côté, on ne peut pas dire que c’est l’arbitre qui nous a fait perdre. On a eu des moments où on pouvait gagner le match. L’Afrique du Sud est une très grande nation, leur coach l’a bien joué stratégique. L’arbitrage, c’est très subjectif, il y a beaucoup de règles. J’ai l’impression qu’on remet de plus en plus en cause l’arbitrage depuis qu’il y a la vidéo. C’est très technique les règles et on en parle beaucoup parce que la Coupe du monde a eu lieu en France, mais le grand public, à part les puristes, personne ne connaît les règles. Ce n’est pas la faute de l’arbitre, mais du rugby qui a des règles très complexes. Concernant la pénalité contrée de Thomas Ramos, il n’en parle pas, il n’a jamais dit que Kolbe était parti avant parce qu’il sait que ça se joue à 1/1000ème de seconde. Même Antoine (Dupont) a parlé de l’arbitrage à la fin du match contre l’Afrique du Sud, énervé et plein de colère encore dans l’adrénaline du match, mais vous lui en parlez aujourd’hui, il a dû revoir le match 10 fois et il vous dira qu’on aurait pu gagner quand même le match. Il ne faut pas se cacher derrière l’arbitre.

« Ce n’est pas l’arbitre qui a fait perdre la France »

Dans quel état d’esprit sont les Mondialistes de retour au Stade Toulousain ?

Quand vous êtes sportif de haut niveau, il faut être prêt à gagner et à perdre. C’est sûr qu’il y a de la déception et de la frustration, mais il faut passer à autre chose et trouver un nouveau challenge qu’ils vont trouver très vite. L’objectif de la Coupe du monde n’est pas atteint, mais il y en a une autre dans quatre ans. Chapeau aux Sud-Af qui ont cru à 100% à leur système de jeu. Moi personnellement ça me ferait un peu ch… de jouer dans ce rugby-là, mais on ne peut pas leur enlever qu’ils ont une solidarité énorme. Ils mettent tellement d’énergie dans ce qu’ils font qu’ils te font déjouer.

Les Boks, c’est l’antithèse du Stade Toulousain au niveau du jeu.

Oui, mais c’est un rugby qui gagne. Que retient-on à la fin. Les Blacks jouaient super bien, ils ont mis 90 points à l’Italie, mais ils ont perdu et c’est l’Afrique du Sud qui a décroché une 4ème Coupe du monde !

Le Top 14 accueille le capitaine des Boks Kolisi. Est-ce un joueur qui vous inspire ?

J’adore le mec, j’adore le joueur. Il n’a pas un gabarit de fou dans ce pack sud-af, mais il est là, il en impose, il plaque, il se relève, il joue, il va vite et, à côté de ça, ça a l’air d’être un super mec. Je l’ai croisé en Coupe d’Europe en Champions Cup au mois de février-mars. On a discuté et il est vraiment super sympathique et humble. Il donne sans attendre en retour que ce soit sur le terrain ou en dehors.

Avez-vous des nouvelles de Romain Ntamack ?

Sa rééducation suit son cours. C’est encore la vie d’un sportif de haut niveau. Tu avais prévu de faire une Coupe du monde dans ton pays et finalement tu as une blessure. C’est encore pire que de perdre en quarts de finale. Il faut se relever psychologiquement de ne pas faire une Coupe du monde, d’avoir une grosse blessure, de savoir si tu vas revenir à ton top niveau. J’étais vraiment triste pour lui parce que c’est un super gars, mais je ne doute pas qu’avec la force de caractère qu’il a il va revenir en pleine possession de ses moyens.

Son petit frère Théo marche sur ses traces.

Il est très bon. Ils ont ça dans le sang, c’est de famille. C’est un bel athlète, il va vite, il plaque, il met des rucks. Il a cette culture rugby du Stade Toulousain. Il est bien entouré avec le papa, le grand-frère, le tonton, la maman.

Antoine Dupont va disputer les Jeux avec l’équipe de France à 7. Il sera donc moins présent pour le Stade Toulousain…

C’est bien pour l’équipe de France. C’est un rêve pour lui. C’est un compétiteur, il a envie de tout gagner. Tant qu’il n’aura pas gagné la Coupe du monde, il n’arrêtera pas de jouer au rugby. Il va aux Jeux dans cet objectif-là, à savoir gagner. Antoine a une soif de vaincre qui est incroyable. Il veut remporter un maximum de titres. Il n’y va pas pour dire qu’il fait les Jeux Olympiques, mais pour ramener une médaille. Qu’il fasse les Jeux, ce n’est pas un problème et le Stade Toulousain ne voit pas le problème. Il n’y a rien de plus beau que de pouvoir porter le maillot de son pays aux Jeux Olympiques ou à une Coupe du monde. Il n’y a pas à dire qu’il ne fait pas de rugby à 7, de toute façon il n’y a pas de championnat à 7 ! C’est légitime que la France veuille avoir les meilleurs joueurs et c’est légitime que les meilleurs joueurs veuillent porter ce maillot.

On dit souvent que les joueurs jouent trop de matches. La création de la Coupe des Nations et l’élargissement à 24 pays à la Coupe du monde, voyez-vous ça d’un mauvais œil ?

Je ne suis pas sûr que ce soit très judicieux. J’étais partisan pendant la Covid, tous les championnats s’étant arrêtés, de pouvoir aligner les calendriers. S’il y avait une occasion de le faire, c’était à ce moment-là. Personne n’a pris cette direction-là. C’est dommage, ça aurait résolu pas mal de problèmes. Il va y avoir plus de matches. On va voir comment vont s’organiser les clubs, s’il va y avoir plus de joueurs, s’ils vont faire une équipe pour le championnat et une pour la Coupe d’Europe.

Que comptez-vous faire après votre carrière de joueur ?

On a parlé de toutes ces blessures que j’ai eues, j’ai passé pas mal de temps avec les kinés et les prépas physiques. C’est un métier qui m’a plu. J’ai repris des études dans la prépa physique. Je me dirige là-dedans. Peut-être au Stade Toulousain… A côté, j’ai ouvert des restaurants depuis deux ans. J’ai un restaurant italien Mattarello sur Cornebarrieu où j’habite. J’en ai un autre, espagnol type tapas ibériques sur les Halles de la Cartoucherie qui viennent d’ouvrir. Ce sont des trucs qui me font kiffer de partager de bons moments avec des gens.

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