vendredi 27 janvier 2023

Tournoi des Six Nations : l’Italie n’est plus le maillon faible

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Les Azzurri abordent ce Tournoi avec un peu plus de certitudes et de garanties qu’à l’accoutumée suite à une dernière tournée de novembre assez aboutie. l’Italie est prête pour ne pas finir phanie.

Depuis mai 2021, Kieran Crowley (ancien arrière All Black, 19 sélections) a pris les commandes de l’Italie. Une nation qui n’a pas abandonné la 6ème place du Tournoi depuis 2016. Une nation qui depuis son intégration dans le Tournoi en 2000 n’a remporté que 13 rencontres pour 1 nul et 101 défaites. Une nation qui a collectionné les cuillères de bois (11), dont la dernière en date en 2021.

Mais, lors de l’édition 2022, elle a repoussé ce peu glorieux titre honorifique par l’audace, le talent, la vista fabuleuse et la chevauchée fantastique du diablotin Ange Capuozzo. L’Isérois de naissance nous a confié que, contre le Pays de Galles (victoire 21-22), « cette action a changé sa vie ». Le désormais Toulousain a transformé le jeu de la Squadra, laquelle dans son sillage est moins décomplexée. Capuozzo est devenu le facteur X de l’Italie, ce joueur capable de faire bondir les gens de leurs chaises. Mais il ne fait évidemment pas tout, tout seul dans cette sélection :

« Ange est vraiment super, s›enthousiasme Léonardo Ghiraldini (107 sélections avec l’Italie). Il vient vraiment de réaliser des matches incroyables, des matches de fou. Lui-aussi évolue dans un superbe club (Toulouse). Ange est ce joueur incroyable tout à fait capable de trouver des espaces. Sur la planète rugby, peu de joueurs sont capables de réaliser ce qu’il fait. Il demeure un autre facteur important dans le dispositif italien. Outre son talent indéniable, on a vu aussi que cette équipe d’Italie était tout à fait en mesure d’avancer ».

Ange Capuozzo, le facteur X

Dimitri Yachvili, ancien demi de mêlée international tricolore (61 sélections) reconverti consultant pour France Télévisions abonde :

« S’il fallait limiter le rendement de la Squadra au seul talent d’Ange Capuozzo, ce serait quand même bien trop facile. Ce qui est certain est qu’il bonifie énormément les actions de sa sélection et le jeu prôné par ses équipiers. Il est le facteur X comme il en existe dans beaucoup d’équipes. Après, c’est un collectif avant tout. Cette équipe a bien évolué au niveau de sa ligne de troisquarts. Ils ont récemment inscrit de beaux essais, mais c’est beau de voir Ange Capuozzo évoluer ainsi avec l’équipe d’Italie et encore plus régulièrement avec le Stade Toulousain ».

Alors certes l’Italie souffre encore et toujours de maux chroniques dont une forme d’inconstance. Au point qu’on puisse remettre en cause sa place dans le Tournoi des Six Nations au profit notamment d’une sélection géorgienne, affamée, qui l’a d’ailleurs battue cet été en test-match (28-19).

La Georgie met la pression à l’Italie

Mais l’international ouvreur géorgien de Montauban Tedo Abzhandadze assure que « les Australiens ont été battus (2827) par des Italiens très forts cet automne. Ils ont très bien joué au rugby. Ils ont marqué beaucoup d’essais. Ils ont mérité de battre les Wallabies. Ange Capuozzo est très bon évidemment, mais ses équipiers ont fait aussi du bon boulot ». Un des anciens tauliers de la Squadra, Leonardo Ghiraldini estime que certains motifs d’espoir existent maintenant :

« L’Italie va rentrer dans ce Tournoi avec un nouveau visage. Lors de la tournée d’automne, la sélection a battu l’Australie même si elle n’a pas été loin de perdre. Ils ont quand même mérité cette victoire comme celle contre les Samoa (49-17). Ils leur ont collé plus de 40 points. Contre l’Afrique du Sud (21-63), ils ont tenu une mi-temps. Mais après l’essai de Kolbe, les Sud-Africains ont pris confiance et ont changé de rythme. La Squadra s’est retrouvée en difficulté. Ils ont quand même marqué les esprits lors de cette tournée de novembre ».

Yachvili donne son avis sur l’Italie

« La sélection sort donc d’un mois de novembre positif. Ils ont montré de belles choses concernant le jeu, l’état d’esprit et une grosse défense. On parle souvent de l’attaque, mais la défense a été très solide aussi. Contre les Australiens, les gars sont montés forts. Ils ont effectué pas mal de plaquages, remporté pas mal de duels physiques. Ils vont pouvoir aborder le Tournoi avec plus de confiance. A eux de surfer là-dessus pour augmenter encore le niveau. Parfois la confiance a manqué aux Italiens. Elle a d’ailleurs été absente lors de leur défaite contre les Géorgiens. On avait perdu pas mal de combats dans ce match notamment celui au niveau mental ».

« Il faut donc savoir utiliser cette confiance quand elle est au rendez-vous. Ce mois de novembre a coïncidé avec un redressement de la sélection. L’heure est de montrer un beau visage dans le prochain Tournoi. L’Italie a de quoi pouvoir jouer à haut niveau et gagner des matches, avoir du répondant. Cette forte présence doit également se vérifier dans les deux franchises que sont les Zebre et Trévise. Récemment Trévise a magnifiquement joué contre Bayonne en Challenge Cup (45-7). C’est une excellente chose aussi d’aller puiser de la confiance dans les clubs ».

L’ancien grand talonneur international de Toulouse avance d’autres arguments pour espérer une continuité dans l’embellie transalpine.

« L’Italie a marqué les esprits en novembre »

Les Italiens qui vont recevoir trois fois dans le Tournoi (France, Irlande, Pays de Galles) peuvent bien faire car pas mal de leurs joueurs sont habitués à jouer à haut niveau dans de gros clubs :

« L’Italie a remporté une magnifique victoire au Pays de Galles l’an dernier dans le Tournoi en inscrivant un magnifique essai en fin de match (22-21, Padovani, Ndlr). Donc ils peuvent très bien rééditer ce genre de performance. L’Italie peut avoir son mot à dire si elle y met les bons ingrédients dans le jeu avec l’état d’esprit approprié associé à de la confiance et une grande défense. S’ils sont capables d’avoir la bonne agressivité dans le bon sens du terme, ils pourront aussi répondre sur le plan physique ».

Un XV italien qui prend de l’expérience

« La Squadra peut compter aussi sur des joueurs qui ont acquis davantage d’expérience désormais. Certains sont même partis s’aguerrir à l’étranger. C’est le cas du pilier Danilo Fischetti et Luca Morisi (London Irish), Marco Riccioni joue également en Angleterre (pilier des Saracens, Ndlr). La sélection compte désormais sur des joueurs qui ont du vécu à l’étranger. Ils ont pu découvrir un nouveau et autre rugby et cela ne peut qu’être que positif pour l’équipe. La grande clé pour l’Italie dans le Tournoi consistera à commencer à bon niveau tout en le conservant tout au long des rencontres. C’est capital dans une épreuve comme le Tournoi. Après, les résultats suivront naturellement ».

On verra bien quelle sera l’avancée des Italiens lors de ce Tournoi 2023 et s’ils sont en progrès dans la compétition. Mais, contrairement à d’autres années, quelques signes d’optimisme subsistent. Les meilleures sélections du Tournoi sont bien conscientes que l’Italie est capable aussi de produire un beau rugby avec de grandes envolées. Le tout étant de maintenir un bon degré de performance de manière continue avec le moins de trous d’air possibles. Bref, que ce ne soit pas des fulgurances.

Ses 10 derniers Tournois

  • 2022 : 6ème (1 victoire, 4 défaites)
  • 2021 : 6ème (0 victoire, 5 défaites)
  • 2020 : 6ème (0 victoire, 5 défaites)
  • 2019 : 6ème (0 victoire, 5 défaites)
  • 2018 : 6ème (0 victoire, 5 défaites)
  • 2017 : 6ème (0 victoire, 5 défaites)
  • 2016 : 6ème (0 victoire, 5 défaites)
  • 2015 : 5ème (1 victoire, 4 défaites)
  • 2014 : 6ème (0 victoire, 5 victoires)
  • 2013 : 4ème (2 victoires, 3 défaites)

Ses plus

Lors de la tournée d’automne, l’Italie a totalement désintégré les Samoa 49-17, pourtant réputés très physiques. Cette victoire a vraiment accru leur confiance.

Dans la foulée, l’Italie a battu pour la première fois de son histoire l’Australie (28-27). Autant dire que ce succès a fait comprendre aux Italiens qu’ils pouvaient rivaliser au moins sur un match avec les meilleures nations mondiales.

Ange Capuozzo au sommet de sa forme reste le facteur X de cette équipe d’Italie. Vif et doté d’un coup d’oeil supersonique, il sème souvent la panique dans l’équipe adverse.

Ses moins

Lors de la tournée de novembre et la défaite contre l’Afrique du Sud (21-63), on a vu l’Italie tenir une mi-temps sur deux. Il faut impérativement gommer cette inconstance.

Suite à sa chevauchée fantastique qui a fait le tour de la planète l’an dernier contre les Gallois, Capuozzo risque d’être beaucoup plus surveillé dorénavant. L’Italie battue par la Géorgie 28-19 cet été voit ses adversaires progresser aussi. Que sa place puisse être remise en cause dans le Tournoi ne doit pas être de nature à rassurer les internationaux italiens.

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