mardi 18 juin 2024

Yannick Agnel : « J’avais l’impression de marcher sur l’eau »

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C’est à Londres que Le Squale est né, au cours d’une Olympiade où, à seulement 20 ans, il a impressionné la planète en remportant deux médailles d’or et une d’argent, échouant pour quelques centimètres dans la quête d’une quatrième breloque dans le 100 m nage libre.

« Si à un moment donné de ta carrière et ta vie de sportif, tu dois donner quelque chose, c’est là » à Londres que le Niçois n’a pas manqué son rendez-vous avec l’histoire. A Tokyo, où il était consultant pour France Télévisions après avoir raccroché sa carrière, il avouait :

« En 2012, j’avais l’impression de marcher sur l’eau. Il n’y a pas beaucoup de courses dans ta vie où les planètes s’alignent, où tout est facile. C’est une des plus grandes courses de ma vie, j’étais en surconfiance, rien ne pouvait m’arriver, tout ce que je décidais de faire se déroulait exactement comme je l’avais prévu. Une journée parfaite, sans pression particulière, juste l’envie de mettre une raclée mémorable à tout le monde (rires) ! »

Avec un relais 4×100 mètres qui avait échoué pour huit petits centièmes à Pékin face aux Américains, Agnel va sortir le grand jeu lors du dernier relais alors qu’il n’est que 2ème derrière Lochte, mais qu’il va engloutir petit à petit pour le passer dans les derniers 25 mètres.

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Yannick Agnel a respiré 18 fois sur 100 mètres

En respirant 18 fois, contre seulement 13 pour l’Américain, Agnel a mieux alimenté son moteur cardiaque et réussi à lui prendre une seconde. La course d’une vie. «  Je me suis senti léger, fait pour ce moment. »

Après être passé proche du Graal à de multiples reprises, le relais français composé de Fabien Gilot, Amaury Leveaux et Clément Lefert, tenait enfin son jour de gloire, en grande partie grâce au génie du Niçois de 2m02 que les Américains n’ont pas tardé à appeler « le nouveau vilain de l’Amérique » (USA Today), n’hésitant pas, plus tard, à en faire « l’homme de ces jeux, un grand luminaire avec une mâchoire.

Désolé Ryan (Lochte) » (New York Times). Car dans la foulée de sa démonstration de puissance et de fluidité, le Squale a outragement dominé le 200 m nage libre, sa spécialité, en battant son record personnel (1m43s14), troisième temps de l’histoire derrière Biedermann et Phelps.

A peine le temps de savourer ce deuxième titre olympique, et d’avoir assuré sa présence en finale du 100 m nage libre, qu’il se présentait au départ du 4×200 nage libre pour échouer cette fois à trois secondes des Etats-Unis malgré un dernier relais stratosphérique qui ne lui permit pas de remonter Michael Phelps.

« Rien ne pouvait m’arriver, tout ce que je décidais de faire se déroulait exactement comme je l’avais prévu »

Avec trois médailles au compteur, le reste ne pouvait être que du bonus. Avec un peu plus de fraîcheur, ça aurait pu le faire sur le 100 m nage libre où il termine au pied du podium pour 4 centièmes de secondes d’une course remportée par Nathan Adrian.

Peu importe, l’essentiel avait été fait avant. Grand consommateur de livres et fan de littérature, le Niçois se décrivait sur son compte twitter comme « Olympien impétrant, squale de piscine municipale », plutôt de l’Aquatic Center de Londres qu’il a éclaboussé de toute sa classe lors d’une olympiade record pour la natation française.

Car en plus des quatre breloques estampillées Agnel, Camille Muffat en or sur 400 m nage libre et en argent sur 200 m nage libre, mais aussi Florent Manaudou en or sur 50 m libre, et le bronze pour le relais 4×200 m nage libre féminin firent monter la moisson à sept médailles, quand seulement trois avaient été gagnées dans toute l’histoire olympique avant Londres 2012.

Le fruit du travail de toute une équipe, basée à Nice, sous la coupe de Fabrice Pellerin, également l’entraîneur de Camille Muffat et Clément Lefert. Champion du monde l’année d’après à Barcelone sur 200 m nage libre et 4×100 m nage libre, le Squale ne se remit jamais vraiment de son départ aux Etats-Unis.

Prometteuse, sa collaboration avec Bob Bowman, l’ancien coach de Phelps, devait lui permettre d’être le premier nageur depuis Ian Thorpe à pouvoir gagner du 100 m jusqu’au 400 m. Son retour en France, à Mulhouse, avec Lionel Horter, en 2014, lui laissait deux ans pour préparer Rio… où il ne fit que de la figuration (éliminé en série du 200 m nage libre). Son temps était passé.

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Agnel est le sixième champion olympique français de l’histoire en individuel, après Boiteux (1952), Laure Manaudou (2004), Alain Bernard (2008), Camille Muffat (2012) et Florent Manaudou (2012).

Tom Boissy

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