jeudi 20 juin 2024

Christian Devos (Gravelines) : « On n’est pas à la hauteur »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Entraîneur du club de 1986 à 1989, Christian Devos, adjoint à la mairie de Gravelines, en est aujourd’hui le président, en attendant peut-être qu’un jour le fiston Sébastien prenne les rênes sportives de l’équipe… Entretien réalisé pour France Basket et Le Quotidien du Sport.

Que vous inspire le début de saison de votre équipe ?

A l’image des dernières saisons, c’est une saison en dents de scies, une saison bizarre. Je n’arrive pas à cerner les problèmes, à expliquer cette inconstance. On a changé ces dernières années pas mal de joueurs, des entraîneurs, on a structuré encore davantage le club et, au final, les résultats ne sont pas à la hauteur.

Gravelines-Dunkerque n’a d’ailleurs plus joué les play-offs depuis 2016…

On est parmi les clubs les plus anciens et peut-être qu’on n’a pas su évoluer, notamment au niveau de la salle, où on est un peu vieillot (sic). On a beaucoup amélioré notre développement partenaires et sponsoring on est à 33% d’aides des collectivités contre 60% auparavant mais ce n’est pas suffisant dans un contexte moderne et de concurrence constante.

La peur de descendre est-elle dans les têtes ?

On est dans l’élite depuis 1988. Parfois, pour certains clubs, une descente permet de se structurer davantage et de repartir de l’avant. D’autres fois, dans de petites villes comme la nôtre, même si on est très soutenu par la collectivité communale et intercommunale, une descente serait plus délicate que pour des villes à fort potentiel spectateurs. Il faut qu’on fasse évoluer notre salle. On a cette volonté. J’en suis à ma 9ème étude de salle !

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En 1992/1993, on s’est dit qu’il fallait faire évoluer le club pour gravir encore des échelons. Il y a eu des études pour des salles à 7500 places, à 11 787 places… On est aujourd’hui sur un Sportica à 4000 places et une salle sur Dunkerque à 5000-5500 places.

Jusqu’à présent, on n’a pas abouti pour des raisons de changements de personnes à la tête de la communauté urbaine et de la ville, avec toujours une volonté de ralentir ce qui est envisagé. Gravelines dépend des monuments historiques et à chaque fois qu’on intervient sur un bâtiment il faut plusieurs années d’études pour être accepté ou refusé par les Monuments de France.

« On aurait pu signer Nando De Colo… »

La rénovation de la salle (4000 places au lieu de 3200) est-elle remise en cause?

Non, mais nous devions commencer les travaux dans quelques mois et ça devrait être de nouveau retardé on va en discuter au conseil municipal de mars (il est 5ème adjoint au maire, Ndlr) car on a 3,2 millions de plus à verser chaque année pour les fluides, ce qui va impliquer un ralentissement des investissements. Si tout va bien, la salle devrait être prête pour la saison 2025/2026, mais j’aurais aimé qu’elle le soit pour la saison 2024/2025. En plus de la rénovation du Sportica, il y a un projet communautaire qui se ferait sur Dunkerque pour la saison 2025/2026 d’une salle de 5000-5500 places qui permettra d’accueillir à la fois le basket et le handball.

Gravelines, Le Portel, Denain, Lille… y a-t-il la place pour autant de clubs dans la région et la fusion ne serait-elle pas une solution ?

Le projet de fusion qui devrait éventuellement se développer, c’est entre Le Portel et Boulogne. On a aussi parler d’un rapprochement entre Gravelines et Lille, mais 90 km séparent les deux villes. Il y a quelques années, je n’étais pas contre, mais aujourd’hui j’y suis défavorable eu égard à l’investissement que la ville et la communauté ont effectué.

Comment ça se passe avec le club de handball ?

Il y a de la place pour les deux clubs, et même pour un club de football en 2ème Division (Dunkerque évolue actuellement en 3ème Division, Ndlr). A un moment donné, on avait sept équipes féminines de basket en 1ère et 2ème Division. En Betclic Elite, il y a Le Portel et nous. Chaque année, ils arrivent à se maintenir malgré les difficultés. Je les admire.

10 ans sans titre pour Gravelines

Il y a dix ans, le club terminait 1er de la saison régulière. C’est à la fois proche et loin…

C’est tout le paradoxe. Le handball a été champion de France (en 2014, Ndlr) parce qu’il a terminé 1er du championnat. Nous, on a terminé deux fois premiers (en 2012 et 2013, Ndlr) et on ne l’a pas été ! C’est aussi de notre faute. On avait gagné 27 matches sur 30 (21 sur 30 en 2013, Ndlr) et on s’est fait plumer deux fois au 1er tour des play-offs (76-73, 65-76 et 72-78 face à Cholet en 2012 et 101-95 et 88-68 par Nanterre futur champion en 2013, Ndlr).

Vous vous êtes séparé de JD Jackson en cours de saison. Laurent Legname peut-il relancer la machine ?

J’ai été moi-même coach. C’est toujours délicat de se séparer de quelqu’un. Mais, à un moment donné, on voit la zone rouge et l’équipe qui n’évolue pas. Et c’est souvent le coach qui est mis sur la sellette. Malheureusement, c’est une spécificité gravelinoise d’avoir changé autant de coachs ces dernières années. Il faut être imprégné de ce club pour tenir longtemps et pouvoir supporter toutes les difficultés quand on est coach à Gravelines. C’est une pression supérieure à la moyenne nationale. J’espère pour nous et pour lui que Laurent Legname soit le coach qu’il nous fallait.

Christian Devos regarde Dijon dans les yeux

N’avez-vous pas eu envie de replonger ?

Je suis toujours dedans puisque je m’occupe des sélections des championnats des îles au niveau de l’Océan Indien, je suis entraîneur et sélectionneur des équipes masculines et féminines. Mais le faire de nouveau à Gravelines, ce serait anormal de ma part. Sébastien (son fils, Ndlr) aurait pu prendre la succession de JD Jackson. J’y ai pensé en mon for intérieur. Il a énormément de qualités, mais comme c’est mon fils ça ne plaît pas beaucoup, certains ne croient pas à la jeunesse et ça aurait été compliqué à vivre pour lui et pour l’équipe. Mais il a un énorme potentiel et, un jour ou l’autre, peut-être pas chez nous, il sera l’entraîneur en chef d’une équipe. Mais c’est idiot car on a promu en interne de jeunes entraîneurs.

Y a-t-il un club qui vous inspire ?

J’aime beaucoup Dijon. Ce n’est pas une grosse ville, une grosse agglomération, mais c’est une équipe qui a gravi les échelons. Cholet également qui, depuis toujours, est devant nous, avec aussi des difficultés de structure, avec une Meilleraie vétuste, mais c’est un club admirable qui retrouvera un jour le plus haut niveau français et européen, ce qui est un peu le cas cette saison.

Y a-t-il un joueur que vous auriez pu signer et que vous regrettez d’avoir raté ?

Nando De Colo ! Quand il était plus jeune, et qu’il était sur le départ de Cholet, il aurait pu venir chez nous. Sa mère m’avait téléphoné pour que je fasse le nécessaire. Fred Sarre était alors le coach (entre 2006 et 2008, Ndlr) et il n’avait pas la certitude que Nando arriverait à ce niveau-là. Il a hésité. Ça a été mon regret. Je pouvais l’imposer, mais je n’étais pas sûr qu’il jouerait. Ce n’est pas le président qui met les joueurs sur le terrain. Seul le coach décide et je ne voulais pas qu’il ne joue pas si je l’avais imposé.

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