lundi 4 mars 2024

Dominique Erbani (vainqueur du Grand Chelem en 1987) : « Ce n’était pas notre métier, c’était notre passion »

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Présent d’un bout à l’autre du Tournoi, Dominique Erbani a été de tous les combats pour valider son seul et unique Grand Chelem en carrière parmi ses cinq succès remportés dans les années 80.

Que vous reste-t-il de ce Grand Chelem de 1987 ?

Ce Grand Chelem a été l’acte fondateur et la récompense d’une belle équipe. A tous les niveaux, ça marque, c’est indélébile.

Malgré le fait d’avoir remporté des Cinq Nations auparavant, est-ce à part de faire le Grand Chelem ?

Auparavant, on avait remporté le Tournoi en 1983 et 1986, mais on était ex-aquo avec l’Irlande et l’Ecosse. En 1986, on perd d’un point à Murrayfield (18-17), avec Hastings qui marque tous les points sur pénalités, sans cela, on aurait déjà réussi le Grand Chelem. En 1987, ça s’est bâti sur le match des All Blacks, à Nantes, que l’on gagne l’automne d’avant (16-3, le 15 novembre 1986, Ndlr). Il a été le socle de l’aventure de 1987. A la fois pour le Grand Chelem et la Coupe du monde qui a suivi.

Est-ce l’apogée de ce groupe ?

Jacques Fouroux avait trouvé son équipe. Il n’y avait qu’Alain Lorieux qui avait manqué quelques matches, sinon le groupe était exceptionnel avec des joueurs talentueux. Cela s’est vérifié plus tard avec notre finale de Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Quand on est titulaire, on est plus libéré. Ça s’est ressenti dans les performances de l’équipe et le collectif.

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Dominiqu Erbani avec un groupe exceptionnel

Etait-ce important de ne pas manquer votre entame de Tournoi face au Pays de Galles lors de la victoire 16-9 au Parc des Princes ?

Pour remporter un Grand Chelem, il faut aussi de la chance et de la réussite. On voulait bien commencer à la maison et on a su se montrer conquérant avec de beaux essais (Bonneval et Mesnel, Ndlr). Derrière, on joue en Angleterre et on a Philippe Sella qui nous sort un numéro incroyable qui nous permet de gagner le match (1915). On avait des talents incroyables et des matches winners avec Serge Blanco notamment. On avait une équipe équilibrée avec Philipe Bérot qui était impressionnant au pied. Dommage qu’il se blesse avant le Mondial.

A partir de la victoire à Twickenham, pensez-vous que le Grand Chelem était acquis ?

Surtout pas ! Après, on recevait l’Ecosse et on finissait en Irlande qui avait une grosse équipe. La preuve. A Dublin, on démarre mal le match. Nous étions serein et sûr de nos forces. On est revenus alors qu’on était menés à la pause (10-3) pour s’imposer 19-13 à Lansdowne Road avec deux essais d’Eric Champ. On n’a rien lâché du début jusqu’à la fin.

C’était un parcours difficile. C’est comme la Coupe du monde, on a pu le voir l’automne dernier, on ne peut rien prévoir à l’avance. Un Grand Chelem, c’était rare. Il a fallu attendre 10 ans pour voir la France en faire un nouveau après. C’est une belle compétition et une lutte acharnée.

Dans les années 80, il n’y avait pas d’équipes faibles que ce soit l’Ecosse, l’Irlande, le Pays de Galles et l’Angleterre, il n’y avait pas de marge entre les équipes. Il fallait s’accrocher à tous les matches.

« Cela ouvrait de nouveaux horizons »

Quel souvenir gardez-vous de ce Grand Chelem ?

Je retiens la soirée après. Ça marquait le début d’un truc. On sentait que ce n’était pas terminé avec la Coupe du monde derrière. On savait que ça nous ouvrait de beaux horizons.

Regrettez-vous de ne pas avoir pu revivre un Grand Chelem ?

Pas forcément. On ne se nourrie pas de regrets. Peut-être de ne pas l’avoir réussi à la maison. Mais on passait vite à autre chose. On était un peu les vilains petits canards de l’époque. Nous avons su faire front pour avancer et progresser. On a eu un collectif qui dure. Encore aujourd’hui, on se voit de temps en temps avec plaisir.

On se retrouve pour continuer à faire vivre ce lien unique qui continue de nous unir malgré les années. Ce n’était pas notre métier. C’était notre passion. A l’époque, il n’y avait que le Tournoi et la finale du championnat de France qui étaient médiatisés. Tout s’arrêtait pour regarder le Tournoi. Aujourd’hui, ça n’a pas le même impact avec tous les évènements sportifs.

Il y a des matches partout. Le Tournoi, c’était LE rendez-vous. Mon père ne manquait pas un match. Un jour, je me souviens qu’un copain de mon père m’avait dit que je pourrais y être à mon tour. Ça n’a pas manqué (sourire). Avant, on n’était pas programmé. Les parcours étaient plus compliqués. C’était un grand bonheur de pouvoir le vivre. Aujourd’hui, c’est plus formaté pour réussir.

Quel était votre lien entre les avants ?

Il y avait un équilibre à trouver entre le jeu d’avants et les trois-quarts. C’était le lot des grandes équipes qui réussissaient. Si ça penche trop d’un côté par rapport à l’autre, ça pouvait déséquilibrer un collectif. Aujourd’hui, l’engagement reste le même pour avancer. Avant, il y avait les gros et les petits, c’est moins le cas aujourd’hui (sourire).

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