samedi 13 avril 2024

François Rivière (USAP) : « Il y a urgence pour Perpignan ! »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Le président de l’USAP, François Rivière ne se contente pas du maintien acquis lors de l’accès match contre mont-de-marsan (41-16). Le club catalan doit maintenant passer la vitesse supérieure.

L’USAP reste en Top 14. Quel sentiment prédomine ?

Du soulagement, le sentiment du travail accompli, et une forme de reconnaissance pour le territoire. On a une ADN rugby fabuleuse à Perpignan. On l’a encore vérifié sur le match d’accession. Mais on doit désormais impérativement s’accrocher à la performance pour figurer dans l’élite du rugby français.

C’est-à-dire ?

Il faut arriver progressivement à consolider notre place dans l’élite du rugby français, donc à figurer dans les clubs qui comptent. On doit essayer de s’accrocher autour de la 10ème place. Mais demeurer parmi les leaders du rugby français ne se fait pas en deux ans. Bordeaux, La Rochelle, Lyon, ces gros clubs aux énormes moyens, ont mis pratiquement 20 ans à arriver dans l’élite. De notre côté, on ne doit plus se battre pour la 13ème, 14ème place.

L’USAP s’accroche au TOP 14

Quel a été le moment le plus difficile de la saison ?

Je suis un grand stressé devant l’éternel (sourire). La défaite contre le Stade Français à Aimé-Giral (22-23) avait été très pénible. Ce match, on l’avait quasiment gagné. Pareil quand on perd face à Castres (19-20). C’est très dur alors pour les coachs de remobiliser les troupes quand on laisse filer bêtement un match. Un sentiment d’injustice survient, surtout quand on est chez nous à Aimé-Giral. Mais cela fait partie de l’apprentissage. On doit aussi faire face à de très grands clubs qui ont entre 30 et 35 millions de budget.

Par ailleurs est-ce raisonnable que certains d’entre eux puissent compter jusqu’à 15 à 20 internationaux dans leurs rangs ? On peut légitimement se poser la question. C’est un autre débat qui n’a absolument rien à voir avec le départ de Jaminet. Il a fait le job et a été très correct envers le club. On ne peut que lui souhaiter bon vent. Reste qu’on est dans un championnat assez déséquilibré, à la fois quand ces clubs ont tous leurs internationaux, et même quand ils ne les ont pas.

Leur équipe bis a plus d’internationaux que notre équipe première. Je suis pourtant reconnu pour être un libéral. Je me demande s’il ne faudrait pas réfléchir à réglementer davantage ce contexte.

François Rivière partage l’analyse de son manager Arlettaz

Votre manager Patrick Arlettaz a poussé un coup de gueule après le maintien, réclamant des moyens pour améliorer les infrastructures du club.

Maladroitement, il a posé des problèmes qui eux sont parfaitement fondés. Il était important de les poser. Je partage son analyse et son point de vue sur le fond. Je suis davantage dubitatif sur la forme. Le fait d’intervenir pile entre les deux tours des législatives, le contexte n’était pas le plus opportun. Je pense que Patrick le regrette. Mais sur le fond regardons bien les choses.

Il y a quatre ans, j’ai été obligé d’installer provisoirement le centre d’entraînement au Parc des Sport car la pelouse d’Aimé-Giral était en trop mauvais état. C’était un centre d’entraînement provisoire que j’ai financé personnellement à hauteur du million d’euros. Mais on ne pouvait pas y rester éternellement pour des raisons de performances et de confort, dans des baraquements une étoile comme le précise Patrick Arlettaz.

Donc il faut le faire. Deuxième point qui touche la partie des jeunes et du centre de formation. Nous avons des conditions d’hébergement qui, objectivement, sont proches du paléolithique (sic). Làaussi, il y a un projet de réalisation d’un centre de formation. C’est dans les tuyaux depuis des années. Il faut maintenant appuyer sur le bouton et le mettre en route.

Troisième point sur le stade Aimé-Giral. Nous sommes probablement le stade de Top 14 qui a le moins d’hospitalité. Or, les recettes que l’on peut tirer d’un stade, sont primordiales. Nous avons la chance que le public revienne en masse. Mais si je ne peux plus les accueillir car mon stade est plein, tant au niveau des entreprises que du public, je n’ai pas de recettes supplémentaires. Si je veux aller chercher du chiffre d’affaires complémentaire il faut donc que j’ai des choses à vendre.

« Jaminet a fait le job et a été très correct envers le club »

Qu’attendez-vous alors des collectivités ?

Je fais un appel à tout le territoire. Canal + m’a indiqué que le match d’accession face à Mont-de-Marsan avait fait quasiment la même audience que le quart de Toulouse, soit environ 600 000 spectateurs. L’USAP est probablement la marque la plus puissante du territoire. Donc l’ensemble du territoire doit se mobiliser. Les collectivités territoriales doivent intervenir et elles le font déjà.

Il faut intensifier ces efforts et les coordonner. On a aussi des entreprises partenaires. Il faut également qu’elles renforcent leur partenariat. L’actionnaire que je suis doit continuer à concentrer ses efforts sur le soutien. Le travail doit donc être commun et partagé. Chacun doit faire des efforts. En sachant aussi qu’il y a urgence. Dans un an, il y a la Coupe du monde de rugby et les Jeux Olympiques ensuite.

On va avoir deux manifestations sportives de retentissement mondial. Il faut qu’on soit prêt dans nos structures d’accueil, de formation et d’entraînement. Les enjeux sont trop importants pour l’USAP et le territoire pour les galvauder dans des polémiques de forme et d’opposition.

Mais il y a bien trois axes essentiels : le centre de formation pour l’association, le centre d’entraînement pour les séniors et le stade Aimé-Giral. Maintenant il faut avancer. On a pris beaucoup de retard. A Agen, Bayonne, à Pau, ils ont montré que c’était possible. Il faut s’y mettre.

François Rivière dément les approches d’investisseurs étrangers

A-t-il été question à un moment donné que le club soit racheté par des investisseurs étrangers ?

Jamais ! Que des personnes aient pensé à me faire des propositions, c’est par contre possible. Mais je ne l’ai jamais sincèrement envisagé. Cela fait plus de huit ans que je suis là. Bien entendu je ne ferai pas vingt ans. D’ici là, il faut que le club se stabilise en Top 14.

La feuille de route sera établie quand le club sera dans les dix premiers voire dans les six. Commençons par stabiliser déjà la feuille de route sportive. Ce n’est pas sain de rester 20, 30 ans dans un club. Après, la recherche d’un successeur n’est pas si simple. Il n’y a pas que les sous qui rentrent en ligne de compte. Il faut trouver une personne qui ait le même amour du territoire que celui que je peux témoigner. A Aimé-Giral, c’est essentiel.

Il faut aimer le public et ce qui s’y passe. Il faut aussi avoir la capacité personnelle et économique d’y consacrer du temps. La présidence d’un club comme l’USAP, c’est quasiment un temps plein. Il faut donc trouver l’oiseau rare et faire preuve d’humilité. Dans mes entreprises, je suis le patron, je décide. Un club de rugby fonctionne différemment. Il faut apprendre à diriger son club de rugby en le guidant, sans pour autant en être le responsable principal.

C’est probablement l’exercice le plus compliqué. Il faut accepter de prendre une forme de recul. Ce n’est pas parce qu’on est le patron qu’on décide de tout. Il faut laisser aux professionnels, désormais Patrick Arlettaz et David Marty, décider. Moi je n’interviens jamais, que ce soit dans les recrutements et encore moins dans les compositions de matches.

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