lundi 26 février 2024

Grand Chelem 2010 : L’éloge de la maîtrise

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

C’est en faisant preuve d’une très grande solidarité, d’abnégation et de pragmatisme que l’équipe de France enlève ce Grand Chelem en 2010.

2010 a marqué un moment important dans l’histoire du XV de France. Et dans celle du Tournoi. Car après le Grand Chelem français en 2004, il a fallu attendre six ans pour que pareil exploit ne soit répété. Et après 2010, il a fallu attendre… 2022 pour trouver trace d’un nouvel exploit de ce genre. Une éternité ! Mais revenons à 2010. Fulgence Ouedraogo (39 sélections dont 2 lors de ce Tournoi) nous rappelle le contexte de l’époque :

« On sortait d’une tournée de novembre un peu compliquée. Quelques semaines auparavant, la tournée d’été avait été plutôt bonne. On a construit là-dessus. Cela faisait un certain temps que l’équipe évoluait ensemble. Elle se connaissait davantage et avait de plus en plus de repères. On parvenait à mieux comprendre ce qui fonctionnait et ce qui fonctionnait moins. A un an de la Coupe du monde, il était important pour ce groupe de démontrer ses capacités. On s’était présentés dans le Tournoi avec cet esprit-là ».

D’emblée, il y a une première victoire convaincante signée à Murrayfield le 7 février 2010 contre l’Ecosse (18-9). Ensuite, tout s’est enchaîné : « On remporte une première victoire importante contre l’Ecosse. C’est toujours particulier de jouer là-bas avec cette ambiance surtout dans un début de Tournoi. Cette victoire a bien lancé notre Tournoi ».

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Le XV de France pas favori

Mais à bien comprendre l’ancien capitaine emblématique du MHR, une autre manière de jouer au rugby a été employée pendant ce Tournoi 2010. Et elle a fonctionné à la perfection !

« On peut qualifier ce Grand Chelem de 2010 comme celui de la maîtrise et du pragmatisme, estime Ouedraogo. On avait changé notre fusil d’épaule. On était partis sur l’ère Lièvremont avec un jeu un peu à tout-va, mais aussi avec cette volonté de générer de l’incertitude chez nos adversaires par nos plans de jeu et nos nombreuses prises d’initiatives. Cependant, lors de ce Tournoi on était partis sur un tout autre rugby bien plus pragmatique, avec du jeu au pied sur l’occupation en s’appuyant sur une grosse défense. »

« La conquête restait un point fort. On l’a prouvé lors de la tournée de novembre. On était donc arrivés sur le Tournoi avec le plein de confiance dans ce secteur de jeu. Plus globalement, notre identité de jeu était à l’opposé de ce qu’on avait montré au début du mandat de Lièvremont. En 2010, la notion de groupe prévalait. Il existait de forts liens d’amitié entre nous. Bien entendu, il y avait des joueurs de très haut niveau dans cette sélection, mais on voulait vraiment obtenir des résultats et gagner tous ensemble. On s’est servis de cette solidarité jusqu’au bout ».

« Cette équipe était composée de joueurs avec beaucoup de caractère »

Une notion de complémentarité qu’on a vraiment ressentie de l’extérieur lors de la 2ème période contre le Pays de Galles (26-20, le 26 février 2010 à Cardiff) et surtout contre l’Angleterre (12-10, le 20 mars 2010 au Stade de France) :

« Contre les Anglais, on a fait front. C’était un match difficile. On a vu vraiment un collectif se renforcer. Cette force nous a permis de nous imposer. Les joueurs avaient cette grande envie de s’imposer. Cela leur tenait à cœur. D’autant que cela faisait un moment que la France ne l’avait pas fait dans le Tournoi ».

Le sélectionneur de l’époque Marc Lièvremont a caractérisé son équipe comme un peu « tout-terrain ». Marquée du sceau du réalisme implacable des deux côtés du terrain, il était très difficile de faire dérailler cette équipe de France :

« Je crois surtout que c’était une équipe composée de joueurs avec beaucoup de caractère, ajoute Ouedraogo. Il y avait beaucoup de leaders dans le groupe. Cette sélection pouvait surmonter pas mal de difficultés et s’en sortir car il y avait beaucoup de répondant ».

Guidée par son capitaine emblématique Thierry Dusautoir, cette équipe sortait les griffes. Et le jeune Morgan Parra son museau en crevant l’écran : « Comme beaucoup d’entre nous, Morgan avait commencé en Bleus en 2008. Cela faisait deux ans qu’il était présent. Il nous apportait son talent avec deux ans d’expérience en plus au très haut niveau. Il avait été essentiel à ce groupe. Il nous avait fait profiter de son potentiel ».

Parra, c’est du tonnerre !

Quelle trace a pu laisser ce couronnement et cette sélection dans l’histoire ? « Quelques mois plus tard, la France a atteint la finale de la Coupe du monde (contre la Nouvelle-Zélande 7-8, Ndlr) rembobine Ouedraogo. Pour se hisser à ce niveau, on s’était servis de cette accumulation de victoires dans le Tournoi. On avait bien à l’esprit que cette équipe était de haut niveau.

« Il y avait de l’ambition, mais aussi de l’orgueil. On voulait faire un beau parcours en Coupe du monde en dépit de certaines difficultés qu’on avait pu connaître avant. On avait gardé à l’esprit que le Grand Chelem n’était pas si loin et surtout qu’on en était capables. »

« Cela a constitué un leitmotiv pour nous. Même si ce groupe a pu connaître des hauts et des bas, il restera dans la mémoire collective dans l’histoire de l’équipe de France. Et comme cette équipe qui a failli gagner en Nouvelle-Zélande contre les All Blacks. Lors d’une finale où on sait tous qu’on aurait mérité un autre sort… Toujours est-il que ce collectif restera dans l’histoire du XV de France. Il aura laissé une marque de son passage ».

La naissance de Parra

En tout cas, lui, ce Tournoi 2010, il n’est pas prêt de l’oublier ! « A titre personnel, ce Tournoi est très important dans mon parcours. D’autant plus quand on réalise un Grand Chelem. C’est toujours un accomplissement. Mais je n’oublie pas non plus mon premier Tournoi disputé en 2008. J’en garde aussi un excellent souvenir. C’était un rêve de gosse qui se réalisait. Néanmoins, avoir une telle ligne à mon palmarès en 2010 reste pour moi comme un souvenir impérissable ».

Sans pour autant vouloir dresser un quelconque parallèle entre les deux sélections, le pragmatisme a été aussi la grande marque de fabrique des Bleus lors du Tournoi 2010 à l’instar des Boks lors de la dernière Coupe du monde…

Le saviez-vous ?

Aussi forts soient-ils, avec un Grand Chelem dans leur escarcelle, les Français n’auront pas trouvé grâce aux yeux des organisateurs du Tournoi. C’est l’Irlandais Tommy Bowe (auteur de trois essais) qui a été élu meilleur joueur du Tournoi avec plus de 50% des votes des internautes ! Quatre joueurs français étaient pourtant nominés : Harinordoquy, Parra, Bastareaud et Dusautoir !

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Auteur chacun de 5 essais, Mathieu Bastareaud, David Marty et Yannick Jauzion finissent meilleurs marqueurs du Tournoi en compagnie des Irlandais Earls et Bowe, des Gallois Hook et Shane Williams et de l’Anglais Haskell.

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