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19ème et 4ème femme au classement, Isabelle Joschke, la Franco-allemande a terminé pour la première fois de sa carrière le Vendée Globe quatre ans après une première participation qui s’était terminée hors-course.
En deux participations, vous finissez votre premier Vendée Globe. Qu’avez-vous ressenti une fois la ligne d’arrivée franchie ?
J’étais bien en mer, j’adore la course en solitaire, mais j’avais aussi hâte de rentrer, c’est la fin d’une grande aventure et j’ai vécu de chouettes moments de retrouvailles avec mes proches, mes sponsors, mon équipe.
Vous n’étiez que deux Allemands (Boris Herrmann a terminé 12ème) sur la ligne de départ. Vos performances pourraient-elles créer des vocations dans votre pays d’origine ?
À lirePaul Meilhat (5ème du Vendée Globe) : « Comme un pilote de F1 qui monte dans sa voiture »C’est difficile, ce n’est pas un sport majeur en Allemagne.
Comment expliquez-vous le peu d’engouement pour la voile dans votre pays ?
L’Allemagne est un pays où il n’y a pas beaucoup de côtes et pas de bord de mer. Les jeunes allemands ne se dirigent pas vers la voile, ce n’est pas aussi évident qu’en France où il y a une grande tradition de marins avec de belles cotes et beaucoup d’endroits pour naviguer. Les Allemands ont une culture plus terrienne.
À lireSébastien Simon (3ème du Vendée Globe) : « J’ai failli devenir tétraplégique »Le Vendée Globe intéresse beaucoup la France et les Français qui sont fascinés par le côté solitaire de la course, contrairement aux Allemands et aux Anglo-Saxons. Moi-même je suis née en Allemagne, de mère française et j’ai grandi et appris à aimer la voile en France.
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Isabelle Joschke peu connue en Allemagne
Vous aviez bien débuté la course avant de connaitre des avaries. Quel a été le tournant de votre Vendée Globe selon vous ?
Sans aucun doute la casse du foil tribord dans le Pacifique. C’était à mi-parcours, dans l’endroit le plus reculé. J’étais fatiguée, il faisait froid, j’ai su à ce moment-là que la course ne serait plus la même. Mais, malgré les difficultés, je n’ai jamais pensé abandonner.
Les femmes se sont bien comportées dans ce Vendée Globe. Sentez-vous une évolution de mentalité et un respect plus important envers vous ?
À lireVendée Globe : comment Violette Dorange a révolutionné la course au largeElen McArthur, une grande navigatrice qui m’a toujours inspirée a fait beaucoup pour la voile féminine. Elle a montré que les femmes pouvaient aussi être performantes dans un sport réputé très physique et difficile. C’est de loin la course la plus dure du monde, c’est bien que les femmes montrent qu’elles peuvent y arriver, il y a tellement de préjugés sur le sport féminin, pas seulement dans la voile. Le Vendée Globe a un côté initiatique, c’est une succession d’épreuves dures physiquement et moralement.
Ce qui est positif aujourd’hui, c’est que l’on fait plus confiance aux femmes dans la voile. Elles ont des bateaux et des budgets pour se battre pour la victoire. Justine Mettraux ou Samantha Davies avaient des bateaux compétitifs pour jouer le podium. Aujourd’hui, les femmes osent se lancer, elles ne se mettent pas de limites.
En tant que femme avez-vous connu des difficultés pour être acceptée dans le milieu ?
J’ai connu des difficultés pas parce que j’étais une femme, mais plutôt car je n’étais pas du sérail. Dans ma famille franco-allemande, il n’y avait pas de marins. Je ne possédais pas le bagage marin. Je ne pense pas manquer de légitimité depuis le temps que je cours (début des années 2000, elle est âgée de 48 ans, Ndlr). Au-delà de mon cas, à chaque fois qu’une femme fait le tour du monde, elle prouve encore un peu plus que l’on a notre place dans ce milieu. Moi, par exemple, j’ai tendance à me faire moins confiance que beaucoup d’hommes donc quand je fais de bonnes performances je gagne en confiance.
« Malgré les difficultés, je n’ai jamais pensé abandonner »
Sur ce Vendée Globe, vous représentiez aussi l’association Horizon Mixité dont vous êtes la présidente. Pouvez-vous nous en parler ?
À lireJérémie Beyou (4ème du Vendée Globe) : « L’impression de repousser ses limites »J’en suis la présidente et la co-fondatrice. En 2022, on a fêté ses dix ans. Son but est de promouvoir la mixité homme-femme alors que des métiers sont réservés aux hommes d’autres aux femmes. Nous avons d’abord œuvré dans la voile, la course au large, car c’était notre domaine.
Trop de monde pense que la voile est un sport trop dur physiquement pour une femme, il faut combattre ces préjugés, ils ne sont pas simplement dans notre sport, mais dans l’ensemble de la société. Notre sport est mixte, mais il ne compte pas beaucoup de femmes et il n’y a pas de classements distincts comme dans les autres sports mixtes. Les portes sont ouvertes et on se les ferme souvent nous-mêmes.
Globalement, êtes-vous satisfaite de votre course ?
Au regard de la casse que j’ai connue avec l’endommagement de mon foil notamment, j’ai bien navigué et je me suis battue jusqu’au bout. Je rêvais de terminer dans le Top 15 et j’espérais même plus avec un peu de chance un Top 10. Mais, sur cette édition, il était plus difficile de se frayer un chemin vers le haut du classement qu’il y a quatre ans. A l’époque, il y avait eu moins de bateaux à l’arrivée que cette année (25 classés sur 33 concurrents en 2020-2021 contre 32 classés sur 40 concurrents cette année, Ndlr).
À lireYoann Richomme (2ème du Vendée Globe) : « Je travaille avec une préparatrice mentale »Qu’allez-vous faire désormais ?
Un projet Vendée Globe, c’est quatre ans de préparation, mais il ne se termine pas du jour au lendemain. Le bouclage de ce projet prend quelques mois après l’arrivée entre les bilans techniques, la mise en chantier du bateau pour les réparations, les bouclages administratifs, les retours avec les sponsors, il y a encore du travail. Je vais faire aussi des conférences en entreprises sur les thèmes du sommeil, du stress.
C’était mon dernier Vendée Globe, j’avais été claire dès le départ. Il est très difficile physiquement de naviguer avec un bateau éprouvé et un foil en moins. On se cogne en permanence, c’est un métier où on ne dort pas beaucoup tout le long de l’année. J’ai envie de plus de stabilité après plus de 20 ans comme navigatrice. Mon amour pour la mer n’a pas changé, mais je n’ai pas de projets de course définis pour l’instant.