jeudi 25 avril 2024

J.O. Atlanta 1996 : la promesse folle de Laura Flessel

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

En 1996, à Atlanta, à 24 ans, Laura Flessel est devenue la première femme championne olympique d’épée ainsi que par équipes.

Quelle place ont les JO dans votre vie ?

Vous parlez à quelqu’un qui a fait cinq Olympiades. C’est plus de 25 ans sur 52 (sourire). Les Jeux Olympiques, c’est l’événement le plus important. J’ai eu la chance de pouvoir récidiver cinq fois et de finir capitaine d’une équipe de France. Christian d’Oriola (quatre médailles d’or olympiques, Ndlr) a été très inspirant pour moi. Inspirant avant, inspirant pendant sa carrière et inspirant pendant sa retraite. Il aurait été heureux de vivre ce qui va se passer. Quand j’ai débuté, il n’a pas hésité à me donner des conseils, à me dire de tenter des choses, à me regarder.

Médaillée d’or par équipes et en individuelle en 1996 à Atlanta, quel moment a été le plus fort ?

Ce sont deux sentiments de fierté très forts dans le sens où l’escrime est un sport individuel. En sachant qu’en individuelle on a une finale franco-française (contre Valérie Barlois, Ndlr). On ne peut pas être deux sur la plus haute marche, mais deux, trois jours plus tard, on avait cette chance de partir sur un rêve olympique, à nouveau ensemble avec Sophie Moressée-Pichot.

Elle n’avait pas eu de médaille. Elle était maman. Cela représentait pour moi mon futur. Je me voyais aussi maman, championne et continuer l’aventure. Je n’avais que 25 ans. Elle me montrait que c’était possible. Nous lui avons fait une promesse folle qu’elle reviendrait avec sa médaille pour la présenter à sa fille Justine. On n’a donc pas trop fêté notre médaille individuelle. On est restées concentrées. Cette médaille d’or par équipes a une saveur très belle.

On a tenu notre promesse. En demi-finales et en finale quand c’est un peu compliqué, j’ai mis 25 touches sur 45 en demi au lieu de mettre 15, et 28 sur 45 en finale au lieu d’en mettre 15. Il y a une pression qui s’est ressentie chez les filles. On gagne ! Nous étions trois Françaises sur le podium. Quoi de plus beau ! Quand on se revoit aujourd’hui, c’est indéfinissable. Il y a un profond respect. C’est comme si c’était hier. Quand on reparle de ces expériences qui ont façonné nos vies, on en a encore la chair de poule. C’était pourtant il y a plus de 27 ans.

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« Seul l’or m’intéressait »

Mais se confronter en individuelle, à une compatriote en finale (15-12), cela a dû être tout sauf simple, non ?

L’émotion est là, mais c’est préparé en amont. Le jour J, on essaie juste de lâcher les chevaux pour aller chercher son Graal olympique. Derrière, on ne pense pas à la Française ou à la coéquipière. On pense juste à jouer. Personnellement, j’étais dans le jeu et pas l’enjeu.

D’autant que je n’avais rien. Je n’étais pas championne de France, pas championne d’Europe ni du monde. Et les Jeux Olympiques n’existaient pas pour nous. J’avais une feuille blanche. L’idée était de cocher les bonnes cases sachant que pour moi seul l’or m’intéressait. On ne peut pas se permettre de penser à être 2ème alors qu’on peut aussi gagner. Si vous regardez bien, c’était de l’émotion contrôlée. Je suis contente mais, dans mon esprit, je suis déjà tournée vers l’autre mission, celle de repartir sur l’épreuve par équipes.

Auriez-vous aimé participer aux Jeux de Paris ?

J’aurais aimé avoir des Jeux à Paris. Dans le sens où cela ne s’est pas fait, je suis ravie d’avoir participé pour avoir des Jeux à Paris, au passage de la loi dans les différentes chambres nationales, Assemblée Nationale et Sénat. J’ai apporté ma petite pierre à l’édifice. On ne peut pas être et avoir été. Je vais savourer 2024. Je vais croiser les doigts pour écouter le plus de Marseillaises possibles.

Vous avez été choisie comme capitaine de relais collectif lors du parcours du relais de la flamme olympique, que ressentez-vous par rapport à cela ?

C’est la première fois qu’on fait un relais collectif. L’idée consiste à valoriser tous les acteurs autour du sport, les bénévoles, les jeunes pousses, les futures graines de champions, les champions, les présidents de Ligues et les anciens champions. C’est historique. On ne doit pas oublier d’où on vient.

Combien de médailles peut rapporter l’escrime française à Paris ?

Il y a six armes individuelles, par équipes. On a des chefs de file, des têtes de série dans toutes les armes, garçons et filles, fleuret, épée, sabre. Si on compte, cela fait douze. Dans la réalité, il y a de l’opposition, mais on a de très bonnes équipes. Mon vœu est que tous puissent repartir avec une ou deux médailles dans chaque discipline.

Le saviez-vous ?

1996, à Atlanta, marque le début de l’épée féminine aux JO : « Tout le monde regardait. Les spécialistes voulaient voir si on avait vraiment un jeu calqué sur le fleuret ou plutôt notre identité pure » rappelle la quintuple médaillée olympique Laura Flessel.

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