lundi 4 mars 2024

Jacky Lorenzetti : « Les infrastructures du club assurent sa pérennité »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Président du Racing 92 depuis 2006, Jacky Lorenzetti est fier de la régularité de son club au plus haut niveau, même si un 2ème bouclier ou un Premier trophée européen ne serait pas pour lui déplaire…

Depuis votre arrivée à la présidence en 2006, le Racing a gagné un titre (champion de France en 2016) pour trois finales. Peut-on dire que ce bilan est décevant ?

On est très fiers de ce titre de champion décroché à Barcelone devant 100 000 spectateurs. Un moment historique et un scénario improbable (29-21 contre Toulon, Ndlr). On peut ajouter à cela trois finales de Coupe d’Europe, mais qu’on a perdues. Après, tout dépend où on veut aller. Notre objectif est de durer et de construire et de préparer pour les années à venir. C’est la vocation du Racing depuis 1882 avec un premier titre de champion de France en 1892.

Les infrastructures du club auxquelles il faut rajouter l’Arena ont pour but d’assurer la pérennité du club. L’Arena nous permet de rentrer des subsides et d’avoir un résultat économique positif. Après, je ne suis pas l’apôtre du célèbre Racingman Pierre de Coubertin qui disait que “l’essentiel était de participer”.

Pour moi, l’important, c’est de gagner ! Je dis toujours à mes joueurs qu’ils ne sont pas là pour jouer au rugby, mais pour gagner. Mais on n’est pas les seuls ! Contrairement à il y a quelques années où il y avait seulement deux ou trois clubs qui faisaient le beau temps aujourd’hui quasiment 12 clubs peuvent gagner avec 11 clubs au maximum du salary cap.

Lorenzetti fier de son Arena

L’Arena est-elle votre plus grande fierté ?

On a conçu une salle de spectacle dans laquelle on fait du rugby et pas un stade où l’on fait des concerts. L’Arena est une possible réponse au sport et à la nécessité économique du sport. On a joué à Biarritz en début de saison, il pleuvait, ça glissait, c’était plus de la thalassothérapie qu’autre chose ! (sic) Pareil à Toulon avec des orages. Estce que c’est du rugby ?

En tout cas, l’Arena peut être une réponse à ces problématiques en alliant économie et spectacle. Quand les joueurs des autres clubs viennent chez nous, ils veulent tous gagner, ils sont tellement contents de venir…

« En France on n’a pas terminé la mutation entre le sport pro et amateur »

L’Arena a pour naming Paris La Défense Arena. Pourriez-vous aller plus loin et associer le nom du club à une entreprise comme l’ASVEL en basket ?

Le problème, c’est qu’en France on n’a pas terminé la mutation entre le sport pro et le sport amateur. Certains veulent aller vers le business, d’autres veulent rester amateurs… On est toujours entre deux rives, les pieds écartelés et un jour on va bien finir par tomber au milieu…

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans le rugby et pas dans le foot le sport le plus populaire ?

Le rugby est le seul sport aujourd’hui qui n’est pas encore trop vicié. Quand on voit ce qui se passe dans le foot, avec la sextape d’untel, une joueuse qui se fait tabasser, des supporteurs qui s’en prennent aux joueurs… Le rugby en est préservé. De temps en temps, une bonne bataille générale sur le terrain, mais ça fait partie de l’ADN, ça fait circuler le sang (sic).

Vous avez fait venir Gaël Fickou du Stade Français en pleine saison. Etes-vous favorable à une libéralisation du marché des transferts ?

On n’est pas dans les mêmes eaux que le football. Le salaire moyen d’un joueur de Top 14 doit être de 160 000 euros par an. Le plus gros salaires doivent tourner autour de 500 ou 600 000 euros…

Le Marquee player change la donne

Etes-vous prêt à payer très cher un joueur, à payer une grosse indemnité de transferts ?

J’y ai pensé, mais je me suis résolu à être raisonnable. Il y a des clubs qui mettent, qui mettent comme le PSG avec un budget de 750 millions contre 150 au 2ème Lyon (en fait plutôt 620 M€ contre 250, Ndlr). Elle est où la compétition ? Et pour quels résultats ? Combien de fois a-t-il été champion d’Europe ? Dans le rugby, on a le cas d’un club qui a dépensé beaucoup, beaucoup d’argent pour zéro titre si ce n’est une coupette de Coupe d’Europe…

Mais faut-il aller plus loin ?

Il y a eu une réunion des présidents de Top 14 et on en a parlé à 8 ou 9 avant de se réunir officiellement. J’étais pour un moratoire sur la baisse du salary cap, il y a encore un million à gagner, et j’étais pour un assouplissement qui pouvait aller vers le marquee player.

J’ai été mis en minorité donc je me suis rangé à la majorité et on a tous voté pour la continuation de la baisse du salary cap et l’interdiction du marquee player. Je suis attaché à ces valeurs et c’est bien que l’argent ne fasse pas tout.

Le Garrec, c’est pas mal

Si vous aviez carte blanche, rêveriez-vous d’engager Antoine Dupont ?

C’est bien, mais on a Nolan Le Garrec qui est très bien aussi. Je ne vais donc pas dire que je veux Dupont alors que j’ai Le Garrec sous la main. Par contre, on va faire un recrutement plus profond que cette saison où on a pris qu’un joueur. Avec le salary cap, les clubs vont néanmoins devoir avoir moins de joueurs. Nous, on est très axés sur le centre de formation. On a même été au-delà du raisonnable en envoyant en mêlée des jeunes qui n’avaient pas d’expérience.

Il leur manquait des papas pour les encadrer. On va donc remettre plus d’expérience à des postes clés. Il n’en reste pas moins que la loi sur les JIFF a été formidable pour l’équipe de France. Depuis sept ou huit ans, tous les clubs ont formé et tous ceux qui arrivent en équipe de France sortent des centres de formation.

Dans notre équipe première, 14 ou 15 joueurs sont issus de notre centre de formation. On sait faire, mais on n’a pas spécialement une stratégie de vedettariat et on est plutôt sur des joueurs français issus du centre de formation.

Avoir des internationaux français, c’est aussi avoir des joueurs qui ne sont pas toujours là. N’est-ce pas un souci ?

Je le sais. Je dois être le seul président du Top 14 qui trouve vertueux les doublons. J’adore ça ! Ça permet aux jeunes de jouer, à ceux qui reviennent de blessure ou qui ont moins d’expérience de jouer, ça permet d’équilibrer les matches entre les équipes les plus nanties et celles qui le sont moins sans pour autant fausser le Top 14.

Le Stade Toulousain est-il un modèle ?

C’est la Mecque du rugby en France et à l’international. Ici, on est à Paris donc on a un autre modèle, mais je respecte et j’admire le Stade Toulousain.

Le rugby est un sport de petites villes

En 2017, la fusion avec le Stade Français a échoué. Cela pourrait-il être de nouveau d’actualité ?

C’est une erreur douloureuse… On a eu tout faux ! On a mal communiqué, mal fait comprendre, mal préparé…

Je n’étais pas demandeur. J’avais dit oui, mais nos cultures sont beaucoup trop éloignées.

L’avenir n’est donc pas aux fusions…

Avec le règne de l’argent, les grandes villes prennent le dessus, mais il reste encore des petites et moyennes villes. Ça nous a néanmoins permis d’avoir Lyon, La Rochelle, Rouen, Vannes…

De belles villes arrivent et montent vers le Nord. Le rugby devient hexagonal.

Le Racing n’est-il pas en train de rater le bon wagon face à la montée en puissance de clubs comme l’UBB ?

Non. On est d’ailleurs le seul club de Top 14 à ne jamais être descendu en dessous de la 6ème place, à avoir disputé toutes les phases finales du championnat et à avoir joué toutes les Coupes d’Europe. Toulouse, Clermont ou Toulon ont été à un moment au fond du trou, pas nous !

Laurent Travers devait vous succéder comme président. Est-ce toujours d’actualité ?

C’est toujours dans les tuyaux. A notre discrétion à l’un et l’autre. On avait mis des dates, mais j’ai l’impression que Laurent a envie d’entraîner un peu plus longtemps que prévu. Ce sera peut-être au moment de la Coupe du monde ou des Jeux Olympiques.

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