samedi 2 mars 2024

Jo Maso raconte comment le Grand Chelem 1968 a décomplexé le rugby français

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Le Quotidien du Sport revit les Grands Chelem du XV de France, à travers des témoignages forts. Première épisode : 1968 raconté par Jo Maso.

Titulaire lors du premier match en Ecosse, blessé les deux suivants, Jo Maso revint pour terminer le boulot au Pays de Galles et sortir de l’Arms Park rincé, heureux d’être entré dans l’histoire et prêt pour faire la fête.

Que représente ce Grand Chelem pour vous ?

Comme pour tous ceux, et ils ont été nombreux (27), qui y ont participé, ce fut un moment important, historique. Comme l’OM, on est à jamais les premiers (rires) !

Sur le moment, aviez-vous conscience de sa portée historique ?

Avant de nous déplacer au Pays de Galles, non, car on jouait sans pression. Il ne faut pas oublier que nous étions amateurs et qu’entre deux matches, fussentils du Tournoi, chacun retournait à ses activités professionnelles. Ça relativisait les victoires comme les défaites.

Qu’est-ce qui caractérisait ce XV de France 1968 ?

Son turn-over d’abord ! A chaque match, il y avait énormément de changements, soit en raison des blessures, en ce qui me concerne je n’ai joué que deux matches sur quatre, soit parce que le comité de sélection, qui était présidé de main de maître par Guy Basquet avec le père Pebeyre, Celaya, Cazenave… l’avait décidé ainsi.

Cette année-là, je me souviens d’un match amical disputé face à une sélection du Sud-Est qui avait redistribué les cartes. Après cette défaite, Lacaze, Abadie, Dauga, Rupert et d’autres certainement avaient été écartés. Certains sont revenus ensuite, mais ça manquait de continuité. Le statut de titulaire n’existait pas. Au centre, nous étions quatre pour deux postes avec Dourthe, Trillo et Dux, plus tard Bertranne.

Est-ce ce qui explique le manque de maîtrise d’une équipe qui gagnait toujours difficilement et dans la douleur ?

Dans ces conditions, il était très difficile de trouver des complémentarités, des automatismes. Ça tournait en permanence, mais on ne se posait pas trop de questions. On était déjà heureux de participer donc il n’y avait aucune volonté de remettre en cause les choix du comité.

A part les quatre matches du Tournoi, les tournées, la Roumanie et de temps en temps l’Italie, il y avait peu de rendez-vous internationaux. Donc les plus capés ne dépassaient que rarement les 30 ou 40 sélections. On faisait avec.

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« Les mariés étaient rentrés chez eux, les célibataires étaient restés ! »

Quel souvenir gardez-vous du premier match en Ecosse ?

Qu’il y avait un vent terrible et que les Cambe avaient fait la différence. Pourtant, leur buteur, Wilson, a eu la pénalité de la gagne en fin de match. A 30 mètres, face aux poteaux, il a complètement dévissé. J’avais rarement autant joué au pied, pour soulager Guy Camberabero qui avait un coup de pied très précis, mais pas très puissant. Face au vent, on avait beaucoup défendu et tenu le score malgré tout.

Vous revenez, grand seigneur, pour le dernier match au Pays de Galles, dans quel esprit avez-vous abordé la rencontre ?

Face à des Gallois qui se reposaient sur de grands joueurs, on était remontés comme des coucous car on voulait ce premier Grand Chelem. On savait que le moment était historique et qu’il pouvait changer pas mal de choses. Après le vent de Murrayfield, la boue de l’Arms Park ! Avec Claude (Dourthe), on avait passé l’après-midi à plaquer encore et encore… A la fin, on s’était tous précipités vers Robert Lerou (membre du comité de sélection) pour lui demander la permission de fêter ça sur Paris. Les hommes mariés étaient rentrés chez eux, les célibataires, dont je faisais partie, étaient restés… jusqu’au jeudi !

Quel impact a eu ce Grand Chelem sur le rugby français ?

Il l’a un peu décomplexé. Le XV de France avait déjà montré qu’il pouvait rivaliser avec les nations britanniques et de l’hémisphère Sud, avec la génération Lucien Mias et Jean Prat, mais jamais sans parvenir à un Grand Chelem. Cela nous a mis en confiance. On a commencé à voir la différence dans la tournée qui a suivi en Nouvelle-Zélande et en Australie. Elle avait duré près de deux mois et nous aurions mérité de gagner au moins deux des quatre tests-matches (défaites 9-12, 3-9 et 12-19 face aux Blacks, 10-11 face aux Springboks, Ndlr).

Ce que nous aurions fait sans un arbitrage maison flagrant qui avait poussé les instances internationales à faire arbitrer les tests par des étrangers. Disons qu’à partir de ce Grand Chelem, on allait guerroyer plus facilement à l’extérieur.

On était encore loin du french flair !

Disons que nous avions su nous adapter aux circonstances. Sinon, ce groupe avait beaucoup d’individualités avec les Spanghero, Dauga, Carrère, Gachassin, les Cambe, Trillo, Lux, Villepreux, Dourthe, Cester… Le potentiel offensif était important, que nous ne pouvions pas exploiter autant qu’on l’aurait souhaité, mais qui s’est concrétisé ensuite.

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