lundi 26 février 2024

Le Grand Chelem 1977 vu par Jean-Claude Skrela : un rugby d’une autre époque

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Au sommet de son art, à 28 ans, le 3ème ligne du Stade Toulousain, Jean-Claude Skrela a vécu ce Grand Chelem comme l’apothéose d’un groupe indestructible qui puisait sa force dans sa soif de victoires autant que dans l’authenticité des relations qui unissaient tous ses membres.

Que représente ce Grand Chelem 1977 pour vous ?

Le rugby a beaucoup évolué depuis 1977, l’époque a changé… mais le fait d’avoir fait ce Grand Chelem avec les 15 mêmes joueurs, du premier au dernier match, le rend forcément très particulier.

Que dit cette statistique sur le profil de ce XV de France cette année-là ?

En termes de respect, de convivialité et d’engagement, ce groupe vivait dans une harmonie tout à fait exceptionnelle. On se respectait tous beaucoup, certains nous ont quittés depuis mais, avec ceux qui restent, on se voit encore souvent pour se remémorer tous les moments forts que nous avons vécus ensemble. Sur et en dehors du terrain.

Et à la création des Barbarians (en 1979), on en a aussi profité pour prolonger le plaisir et jouer avec eux. Ça allait bien au-delà du rugby… On était une vraie famille, avec ses coups de gueule de temps en temps.

On ne se faisait pas de cadeaux lorsqu’on se jouait en championnat dans nos clubs respectifs, et quand il y avait quelque chose à dire, ça sortait naturellement. Rien n’était caché, on se disait tout. Une passe oubliée, un mauvais choix… on se le prenait en pleine face, mais sans se vexer.

Est-ce pour cette raison que l’équipe n’a jamais été modifiée pendant tout le Tournoi ?

C’est aussi et surtout parce qu’on gagnait. Mais même quand les dirigeants souhaitaient changer un ou deux joueurs qu’ils avaient trouvés en dessous, en vertu du système de l’époque (!), notre chef, Jacques Fouroux, se mobilisait tout de suite et disait : soit on repart avec les mêmes 15, soit vous changez les 15 ! Ça a beaucoup renforcé nos liens et valorisé la notion de groupe.

Quel style de rugby pratiquiez-vous ?

Le rugby de l’époque… qui avait peu à voir avec celui d’aujourd’hui, qui va plus vite et est plus codifié. On pratiquait un rugby que d’aucuns jugeaient dur et viril… mais sans jamais sortir des règles. Un rugby très intense, engagé, tout en étant capable de marquer de beaux essais quand même. Je me souviens notamment de ceux marqués contre le Pays de Galles par Harize et l’Irlande par Bastiat. L’état d’esprit collectif était l’identité de ce groupe. On avait souvent le ballon, mais comme il ne faisait pas bon se retrouver à terre à cette époque-là (rires), on faisait tout pour rester debout. Il y avait moins de mauls, plus de jeu au pied, du petit périmètre… ça correspondait à nos qualités.

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« Seule la victoire nous intéressait, on se moquait du spectacle, on voulait gagner ! »

Aviez-vous vu venir ce Grand Chelem ?

Entre les trois Tournois de 1976, 1977 et 1978, nous n’avons perdu que deux matches, les deux face au Pays de Galles. Donc quand on a démarré celui de 1977 en les battant, on s’est dit que ça pouvait le faire, sans plus.

Avec l’Angleterre et le Pays de Galles, nous étions au-dessus des autres. Les Gallois avaient des joueurs exceptionnels comme Barry Jones, Gareth Edwards, JR Williams, Gerald Davies, Phil Bennett, une 3ème ligne de folie… mais nous étions des gagneurs. Seule la victoire nous intéressait, on se moquait du spectacle, on voulait gagner ! La victoire état notre moteur.

Quel fut le match le plus abouti ?

Notre victoire face au Pays de Galles (16-9). Nous avions fait un super match et il fallait ça pour les battre. Nous avions aussi produit beaucoup de jeu dans la seconde période de notre match en Irlande pour renverser le score alors que nous étions menés à la pause.

Que retenez-vous de la victoire étriquée en Angleterre (4-3) ?

Que ce fut un duel serré et fermé, un match bizarre avec les Anglais qui ont manqué deux pénalités. Il n’a jamais été facile de gagner à Twickenham… mais cette fois nous étions supérieurs.

Un an après, pourquoi n’avez-vous pas réussi à confirmer ce Grand Chelem ?

On aurait pu. On a joué la finale à Cardiff face aux mêmes Gallois (7-16). Je dois marquer un essai qui aurait pu tout changer. Sur un recentrage de Guy Novès, alors que je dois aller aplatir, je pense être hors-jeu avant de récupérer le ballon au pied des poteaux. On avait fait un gros match, mais leurs individualités avaient fait la différence.

Sur les 15 joueurs utilisés, tous étaient-ils vraiment indiscutables ?

Oui, sur cette année-là en tout cas. La concurrence existait, sur quatre ou cinq remplaçants potentiels. Richard Astre se heurtait par exemple à Fouroux, qui était capitaine… donc difficile à déloger. Il n’y a jamais vraiment eu de débats à part peut-être pour Dominique Harize qui aurait pu être remplacé. Mais comme c’est lui qui a mis l’essai décisif face au Pays de Galles, qu’il en a remis un face à l’Ecosse, il a sauvé sa place jusqu’au bout. On formait à 15 une vraie équipe soudée et solidaire.

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