lundi 26 février 2024

Maxime Lucu raconte le Grand Chelem 2022 : « Après l’Irlande, on a compris… »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Cette victoire historique du XV de France en 2022, après avoir attendu si longtemps, souligne le bel état de forme du rugby français à quelques mois de la Coupe du monde sur le sol français.

En 2022, l’équipe de France signe une étincelante performance. Il s’agit du dixième Grand Chelem réalisé par les Bleus, douze ans après le précédent. Certes, l’attente a été longue, mais ce succès n’en est que plus beau et génère de grands espoirs pour la Coupe du monde qui se profile quelques mois plus tard en France :

« Ce 10ème Grand Chelem, c’est un bonheur indescriptible pour tous les amoureux du rugby et une victoire longtemps attendue par tout le rugby français. Je tiens à remercier en premier lieu chaleureusement les joueurs et l’encadrement dont la performance a été admirable, ainsi que tous les acteurs de cette victoire, du rugby amateur au rugby professionnel, dont le travail d’équipe aura permis à notre équipe nationale d’atteindre ce niveau de performance » déclarera Bernard Laporte alors président de la FFR.

Pour réussir ce nouveau Grand Chelem, 26 joueurs sont utilisés par le staff. Aucun d’entre eux n’a célébré avant de Grand Chelem. Le demi de mêlée Maxime Lucu nous fait partager son bonheur :

« Cela reste un très grand souvenir. Cela a été mon premier et le seul grand titre que j’ai obtenu. Je n’ai gagné que cela depuis que je joue au rugby. C’est la première fois que je disputais un Tournoi à part entière. Avant ce couronnement, j’étais venu remplacer des joueurs soit malades soit blessés. J’ai profité de chaque instant avec une immense fierté. »

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12 ans d’attente qui prennent finalement

« Je regardais ce Tournoi à la télévision depuis tout gamin. Le vivre, c’est très intense. J’ai pu découvrir des lieux mythiques comme Edimbourg et Cardiff. Franchement, j’ai pris tout ce que j’avais à prendre avec un Grand Chelem à la clé. Il n’y a pas mieux ! J’ai savouré chaque moment des 8, 9 semaines qu’on a passées ensemble. Cette victoire marque un moment essentiel dans ma carrière. Cela m’a poussé à continuer pour donner et revivre de tels moments. Avoir ce bonheur de brandir un tel trophée, c’est juste extraordinaire. Le fait de réussir un Grand Chelem, ce qui n’avait pas été fait depuis longtemps, rend aussi ce moment particulièrement fort et spécial ».

Une pression supplémentaire sur les épaules du fait que les Bleus n’avaient pas accompli pareil exploit depuis 2010 ? « Pas vraiment. L’équipe de France avait fini 2ème (derrière le Pays de Galles en 2021 et l’Angleterre en 2020, Ndlr). En 2022, on voulait passer à la 1ère place. Cela faisait deux années qu’on échouait à peu de choses. On avait surtout envie de gagner ce Tournoi depuis que Fabien Galthié avait pris en main cette équipe de France. Il fallait surtout valider les choses et on l’a accompli cette année-là ».

Force est de constater que les Tricolores ont parfaitement assumé leur statut de favoris lors de l’édition 2022, après avoir réalisé une belle tournée de novembre :

« On avait battu les Blacks sur la tournée de novembre et on avait une série d’invincibilité conséquente. On se savait attendus sur le Tournoi. Le deuxième match, primordial, contre l’Irlande à domicile l’a démontré. On n’a gagné que de 6 points (30-24, Ndlr). C’était l’équipe n°1 mondiale à cette période. A ce moment-là, on a réalisé qu’on pouvait réussir quelque chose en dépit des deux déplacements à venir en Ecosse (victoire 36-17, Ndlr) et au Pays de Galles (victoire 13-9, Ndlr). »

Le match des Blacks, un tournant pour la génération Dupont

« Contre les Gallois, c’était hyper fermé. C’était le match piège par excellence. On était à une semaine de la dernière pour le Grand Chelem devant notre public au Stade de France. On a fini par remporter ce combat tactique contre des adversaires gallois très durs à bouger. Cela nous lançait bien pour le final contre les Anglais (victoire 25-13, Ndlr). Ces victoires acquises à l’extérieur ont prouvé qu’on avait du caractère au sein de cette équipe en construction. On voulait faire valider la bonne forme de l’équipe de France. C’était la bonne année pour le réussir. On avait entamé le Tournoi de la meilleure des façons (victoire contre l’Italie 37-10, Ndlr) ».

De ce collectif, Lucu retient certaines qualités : « De cette équipe, j’ai surtout retenu sa résilience. On avait échoué à la 2ème place les deux années précédentes. On ne voulait pas lâcher le morceau. Il y a eu aussi du talent et beaucoup de solidarité qu’on a bien vue contre les Gallois. Sans oublier le plaisir qu’on a pris ensemble pendant ces cinq matches. On savait qu’on avait quelque chose de beau à aller chercher avec ce bouquet final attendu contre les Anglais ». Du capitaine Antoine Dupont, le natif de Saint-Jean-de-Luz ne tarit pas d’éloges :

« Antoine ne prend pas la parole souvent, mais il le fait quand il en éprouve le besoin. C’est toujours pertinent. Mais ses capacités de capitaine et de leader se vérifient le plus quand il est le terrain. Il amène le public avec lui. La moindre action peut faire 80 mètres. Il fait bien jouer et avancer son équipe. Il fait aussi des actions et a des fulgurances dont lui seul a le secret. C’est un capitaine légitime. Mais il a également beaucoup de leaders autour de lui sur lesquels il s’appuie comme Alldritt, Jelonch, Charles (Ollivon, Ndlr) qui n’était pas forcément là ou Baille et d’autres Toulousains avec lesquels il joue au quotidien ».

« La bonne année pour réussir ce grand chelem »

S’il y a un joueur en équipe de France qui a un parcours atypique, qui a découvert les Bleus à 28 ans, qui n’a pas forcément été désiré en fin de parcours à Biarritz et dans les premiers temps à Bordeaux où il est devenu incontournable, c’est Maxime Lucu !

Alors qu’Antoine Dupont va se concentrer sur sa mission olympique, Maxime Lucu a un message à transmettre. « Le message est simple. Il n’y a pas forcément de cursus défini pour aller en équipe de France. Ce n’est pas parce que tu as fait dix ans de pôle espoirs que tu vas un jour en porter le maillot. Rien n’est acquis. Il faut surtout saisir l’opportunité quand elle se présente. Quand l’UBB m’a appelé en Top 14, je ne venais pas dans ce club juste pour me dire je vais évoluer dans l’élite. Je voulais y laisser mon empreinte. »

« Je voulais prendre tout ce que je pouvais. J’ai procédé de la même manière quand je suis arrivé en équipe de France. Il n’y a pas de chemin pré-établi. Il faut croire en soi quand l’opportunité se présente et se donner les moyens. Cela ne vient pas tout seul. Il faut aussi faire des sacrifices importants. Et parfois mettre entre parenthèses certaines choses dans ta vie pour te consacrer pleinement au rugby. »

« Cela va très vite. Si tu ne fais pas ce que tu dois faire à l’instant T le train ne passe plus. J’ai tiré un trait sur pas mal de choses pendant deux, trois ans. J’ai cru en mes rêves. Je ne me suis jamais mis de limites jusqu’à gagner un Grand Chelem et aller en Coupe du monde. Pourtant, j’ai débuté en Bleus à 28 ans et commencé en Top14  à 27 ans. Dans le rugby, il n’y a pas de gabarit pré-établi non plus. Il faut bien connaître les profils et surtout leur laisser une chance ! Quand je suis arrivé à Bordeaux, on ne m’a pas forcément laissé cette chance. Je voulais surtout montrer que je n’étais pas la personne qu’on croit que je suis. Je n’aime pas les préjugés. Pour n’importe qui, quand on lui dit :

« Tu n’auras pas la chance de jouer, je réponds qu’on laisse déjà l’opportunité et on verra ». J’ai eu la chance de le faire et tout est parti. Et c’est une bonne chose aussi que des jeunes émergent autant ».

« On savait qu’on pouvait battre n’importe qui »

Finalement, ce Grand Chelem 2022 a constitué une magnifique préparation pour la Coupe du monde en France : « On montait en pression depuis que le staff de Fabien Galthié avait pris les rênes. On a eu une première année où on s’est construits, une deuxième où on a pris conscience qu’on avait des qualités, la troisième où on a été en pleine possession de nos moyens. On était préparés pour l’objectif Coupe du monde. »

« Le Grand Chelem 2022 a été un point d’ancrage pour valider des choses et se lancer pour cette Coupe du monde avec la volonté d’y faire quelque chose. Gagner ce Grand Chelem 2022 a généré beaucoup de choses. On a entraîné le public avec nous. Cela nous mettait en confiance. On savait qu’on pouvait battre n’importe qui en Europe. Dans les tournées de novembre, on l’avait aussi réussi contre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Ce Tournoi nous a laissé beaucoup de certitudes pour 2023 ». La cicatrice du Mondial est-elle désormais refermée ?

« Non et elle ne le sera jamais. On avait tout mis en œuvre pendant trois-quatre ans pour être champions du monde. Quand on échoue à un point en ayant produit un match quasi parfait, forcément que cette cicatrice va rester. Sur ce match (en quarts perdu 28-29 contre l’Afrique du Sud, Ndlr), il y a peu de choses à changer. »

Une cicatrice contre l’Afrique du Sud

« Ce qu’on avait prédit, on l’a fait. Cependant, on avait évoqué la semaine avant qu’ils allaient faire des chandelles. Sur ce point, on est un peu tombés dans leur panneau. Ils ont gagné les rebonds derrière les cafouillages. Là-dessus, on s’est un peu relâchés. On a donné les deux premiers essais trop facilement. »

« Cependant, dans notre jeu offensif, on a fourni un de nos meilleurs matches. Maintenant on va se tourner sur le Tournoi des Six Nations. Il va arriver très vite et va nous permettre de passer à autre chose. On va vouloir montrer un autre visage et laver l’affront. Mais, pour tout joueur, ce sera compliqué de se détacher de ce qui s’est passé. Cela fait partie de nos carrières respectives à tous. En France, cela laisse encore plus de traces qu’ailleurs… ».

Aussi cruelle la défaite de la Coupe du monde a pu l’être contre l’Afrique du Sud, on n’enlèvera jamais au XV de France sa splendide victoire et ce Grand Chelem de 2022. Ce moment attendu depuis fort longtemps a prouvé que les Bleus étaient une grande équipe.

Le saviez-vous ?

Au terme de la dernière journée, trois joueurs sont proposés au vote pour succéder au palmarès à Hamish Watson, comme meilleur joueur du Tournoi. Les Français Alldritt et Dupont sont candidats tout comme l’Irlandais Josh van der Flier. Antoine Dupont est finalement élu meilleur joueur du Tournoi et ce pour la deuxième fois.

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Fabien Galthié a remporté trois Grands Chelems en 1997, 1998 et 2002. Mais, en 2022, il devient le cinquième entraîneur à parvenir à gagner le Grand Chelem comme joueur et entraîneur après Clive Woodward, Jean-Claude Skrela, Jacques Fouroux et Marc Lièvremont.

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