jeudi 25 avril 2024

Nicolas Hénard (voile, Tornado) : « On est des funambules »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Double champion olympique de voile (en Tornado) en 1988 (avec Jean-Yves Le Déroff) et en 1992 (ave Yves Loday), Nicolas Hénard replonge dans ses souvenirs.

Vous avez été double champion olympique en 1988 et 1992 en classe Tornado. Quelle est la spécificité de cette catégorie de catamaran ?

A l’époque, c’était le bateau le plus rapide de toute la gamme olympique. Des bateaux avec des coques très fines et très larges, pouvant maintenir les voiles gonflées très longtemps. Cela faisait de ce bateau un bateau très rapide. Ce bateau était un peu comme un albatros dans les airs. On venait avec Jean-Yves Le Déroff d’un monocoque, le Laser. Il n’était pas série olympique. On s’était posé la question de naviguer ensemble.

On était les deux meilleurs Français en Laser. Nous avions fait le choix du Tornado. On était passés d’un bateau qui allait à 3 ou 4 nœuds, à un autre allant jusqu’à 20 à 22 nœuds (41 km/h). A l’époque, ce bateau était considéré comme un truc de fou, on était comme des fous volants. Nous étions quasiment à deux mètres de l’eau quand on est au trapèze. On navigue sur une coque. On est des funambules en permanence. Je me suis vraiment régalé deux Olympiades sur ce bateau.

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Nicolas Hénard, ce double champion olympique tranquille

Entre 1988 et 1992, une médaille a-telle été plus compliquée à obtenir que l’autre ?

Sur la médaille de Séoul, on gagne presque deux manches avant la fin. On était les seuls à ne pas avoir à courir lors de la dernière manche. A tel point que la philharmonie coréenne de Busan répétait la Marseillaise le dernier jour de régate. Nous, on était restés à terre…

Quand on a gagné mathématiquement avant la fin, on ne court pas pour ne pas perturber le classement. On avait donc écouté la Marseillaise à terre. Ensuite, on a évidemment eu notre médaille lors de la cérémonie de clôture, mais la Marseillaise avait été répétée la veille. C’était bizarre pour les concurrents de partir sur l’eau avec la Marseillaise jouée à terre en attendant de savoir pour les autres (sourire).

A Barcelone, les conditions étaient exceptionnelles au niveau météo avec beaucoup de vent et de courant. Il a fallu se battre jusqu’au bout pour remporter cette médaille d’or. Cela s’est fait dans la dernière ligne droite de la dernière manche. C’était très dur nerveusement.

Aviez-vous la même relation avec Jean-Yves Le Déroff qu’avec Yves Loday ?

Ce sont deux personnes très différentes. Jean-Yves Le Déroff était une boule d’énergie avec une capacité de détermination incroyable. Je n’ai jamais vu dans ma vie professionnelle quelqu’un d’aussi tendu vers un objectif. Il a su me transmettre cela. De mon côté, je lui transmettais de l’organisation, de la méthode, de l’apaisement. Yves Loday était différent. Lui était un magicien de la technique et de la technologie.

Loday avait cet esprit de chercheur, d’explorateur de nouveautés. Il était quasi unique au monde à ce point. Il était très fort aussi pour proposer de nouvelles techniques de pilotage de bateau. On avait su inventer des choses qui ont été copiées ensuite.

« A Séoul, on larguait les gardes du corps à chaque sortie d’hôtel »

Vous souvenez-vous d’une anecdote lors de ces deux Olympiades ?

Outre la Marseillaise, il y avait les gardes du corps qu’on larguait à chaque sortie d’hôtel pour essayer d’avoir un peu de liberté. Les Coréens avaient la trouille des attentats. Il y avait une grille qui était remontée chaque soir pour fermer le port olympique de Busan pour éviter que des plongeurs ou des sous-marins individuels nord-coréens ne viennent poser des mines.

A Barcelone, la dernière manche était capitale pour nous. On était 3èmes au classement. Un Américain dominait la compétition de la tête et des épaules. Il fallait qu’il se plante dans les grandes largeurs dans la dernière manche et que nous on fasse 1ers ou 2èmes pour prétendre à l’or.

Sur cette dernière manche, il n’y a pas de vent. Lors de la dernière remontée, on entend un coup de canon. Cela devait signaler que l’Américain avait franchi la ligne et avait gagné. Comme on était bien positionnés, on sécurisait notre médaille de bronze. Puis on entend deux autres coups de canon après le premier. Cela signifiait alors régate annulée et reportée au lendemain. On était dans notre objectif de podium et il fallait remettre cela.

En fait, l’Américain avait été à l’arrêt devant la ligne car il n’y avait plus de vent. Il avait atteint un temps limite. D’où le report de la régate. L’Américain a pris un énorme pète au casque psychologique. Nous aussi.

Mais, le lendemain, on a beaucoup travaillé l’approche avec notre entraîneur, notre psychologue. Avec notre sophrologue, on s’est imaginé notre manche parfaite. On a fait exactement ce qu’on avait décidé de faire en imagerie mentale. Pour gagner, il fallait qu’on fasse 1ers ou 2èmes et l’Américain au-delà de la 11ème place. Il y a eu un peu plus de brise thermique. On a rempli notre contrat. Lui a fini 12ème. On a finalement gagné Barcelone avec un dixième de point d’avance. Jamais cet Américain n’aurait dû perdre la régate et nous, jamais nous n’avons dévié de notre objectif ni baissé les bras.

Quelles sont nos chances de médailles dans votre discipline pour les Jeux de Paris ?

Deux médailles d’or, ce serait très bien. Trois médailles d’or, c’était l’objectif que j’avais fixé en tant que président à l’encadrement. Je pense que c’est jouable. J’espère aussi qu’il y aura d’autres couleurs de médaille. La France a cette tradition d’envoyer des potentiels finalistes et podiums quasiment à chaque fois.

Quelles sont vos occupations aujourd’hui ?

Je suis consultant d’entreprise dans le développement commercial et la performance d’entreprises. A 60 ans, je ne souhaitais pas continuer à travailler dans le cadre d’une entreprise pour encadrer ou être encadré. J’ai donc préféré monter une structure pour travailler pour d’autres entreprises dans le cadre d’une prestation de conseils. Je me prépare aussi pour le record du monde de l’heure sur piste dans ma catégorie d’âge. J’ai tellement progressé depuis deux ans que c’est devenu à ma portée. Il faut rouler à 47,5 km à l’heure. Je vais essayer de ramener ce record en France en avril.

Le saviez-vous ?

Nicolas Hénard a été élu président de la Fédération Française de Voile le 25 mars 2017 pour un mandat de quatre ans. Candidat à sa réélection le 27 mars 2021, il a finalement été battu par son adversaire Jean-Luc Denéchau.

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