samedi 2 mars 2024

Nicolas Martins : « C’est comme si le Portugal avait gagné la Coupe du monde ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Nicolas Martins a été l’un des héros du Portugal qui a enthousiasmé la dernière Coupe du monde. A 24 ans, le 3ème ligne de Soyaux-Angoulême peut désormais rêver de Top 14… Entretien pour Rugby magazine et Le Quotidien Du Sport.

N’est-ce pas trop difficile de passer de la Coupe du monde à la Pro D2 ?

Ce n’est pas du tout la même ambiance, mais ça a quand même son charme de jouer dans son stade, devant son public même si, dans certains stades où il n’y a pas grand monde ça fait bizarre.

Physiquement et mentalement, la bascule at-elle été facile ?

Je suis jeune et je n’ai qu’une envie : jouer au rugby ! En plus, ça ne fait pas longtemps que je suis pro donc je prends tout ce qui est à prendre.

Avez-vous pu profiter de la fête au Portugal au retour des Mondialistes ?

On a joué le dimanche contre les Fidji, j’ai eu le lundi de repos et le mardi j’étais au club ! J’ai néanmoins vu ce qui s’était passé et c’était fou ! A l’aéroport, il y avait un nombre de personnes incroyable. C’est comme si on avait gagné la Coupe du monde ! Il y a eu une cérémonie avec le Président de la République, les joueurs ont été présentés et ont fait un tour du stade lors d’un match de football. Le capitaine j’aurais bien aimé être à sa place ! (rires) a rencontré Cristiano Ronaldo…

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Nicolas Martins veut rencontrer Ronaldo

Cette Coupe du monde restera historique pour le Portugal, mais n’y a-t-il pas une petite déception de ne pas avoir fini 3ème ce qui vous aurait qualifié pour la prochaine édition ?

Même si on avait battu la Géorgie (18-18, Ndlr), on aurait quand même été derrière l’Australie. On reste une petite équipe. Il faut être conscient de ce qu’on a fait, c’est quand même incroyable, mais il faut rester humble et à sa place. On a réussi notre campagne et on ne peut pas demander plus.

A titre personnel, quel souvenir vous restera de cette Coupe du monde ?

Bien sûr, il y a mon premier essai en Coupe du monde (contre le Pays de Galles, Ndlr), le premier du Portugal dans cette campagne, sur une combinaison atypique. Mais tous les matches ont été incroyables à l’image de celui contre l’Australie, à Saint-Etienne, devant 40 000 personnes avec énormément de Portugais.

Le graal, c’est forcément cette victoire contre les Fidji où je finis MVP. Mais, le plus important, c’est que collectivement on ait marqué l’histoire. Ça, personne ne pourra nous l’enlever ! Personne ne nous attendait. On ne devait même pas jouer cette Coupe du monde. Le sort s’en est mêlé puisque l’Espagne a finalement été recalée. On s’est alors retrouvé en barrages à Dubaï contre les Etats-Unis et on passe au goalaverage après avoir arraché le nul !

« Jouer cette Coupe du monde, c’est une belle revanche sur la vie »

Avez-vous été surpris par le niveau de votre équipe ?

Je ne nous voyais pas gagner de matches ou peser autant. Il y avait quand même une classe d’écart avec les autres équipes. A part peut-être avec la Géorgie, mais on ne les avait jamais battus. Il y avait de quoi être « inquiet ». Je me disais qu’on allait perdre, mais qu’on allait se donner à fond car c’est quand même l’expérience d’une vie. Au final, ça nous a souri. On s’est envoyé comme des chiens, avec l’ambiance et le public qui poussait et on a trouvé des ressources. C’était beau et on a fait plaisir à tout le monde du rugby en proposant un jeu plaisant.

Cette Coupe du monde a-t-elle changé votre vie ?

Beaucoup plus de personnes me sollicitent, je fais plus d’interviews, les gens veulent des photos alors que la saison dernière j’étais un illustre inconnu qui arrivait de Fédérale 1…

Certaines sollicitations vous ont-elles surpris ?

Des lycées portugais me demandent de les soutenir dans leurs projets, des jeunes me demandent de faire une vidéo pour souhaiter un bon anniversaire à un de leur proche, etc. C’est marrant !

Des joueurs ont raccroché, le sélectionneur est parti, comment voyez-vous l’avenir pour le rugby portugais ?

Avec ce que l’on a proposé, des joueurs français d’origine portugaise vont s’intéresser un peu plus à nous et vont avoir le même espoir de faire la prochaine Coupe du monde en Australie surtout qu’elle sera à 24. Les deux premières années seront des années de transition, de reconstruction et les deux suivantes on sera focus pour décrocher une nouvelle qualif pour la Coupe du monde.

La Georgie peut-il intégrer le 6 Nations ?

La Géorgie pousse pour intégrer le 6 Nations. Le Portugal en rêve-t-il également ?

On sait rester à notre place. C’est la catégorie au-dessus. Qu’est-ce que ça nous apporterait d’aller dans ce championnat. On n’apprendrait rien à part prendre des valises. Il faut continuer à travailler pour progresser en faisant des matches amicaux comme on va faire contre l’Angleterre A. Chaque fois qu’on va jouer contre une équipe du tiers A, ça va nous être bénéfique. La Nations Cup, une nouvelle compétition, va également nous faire jouer des équipes qu’on n’a pas l’habitude d’affronter.

A l’issue de la phase de groupes, vous étiez le 2ème meilleur plaqueur de la Coupe du monde. Une fierté ?

Mon objectif à chaque match est de plaquer au maximum et surtout de ne pas en rater. Si j’avais pu être premier, ça m’aurait fait plaisir (sourire). Mais je suis satisfait. Il y a quatre ans, j’étais en Fédérale 3, il y a deux ans en Fédérale 1 et là je fais la Coupe du monde ! Cela prouve qu’il y a des gens comme moi qui ont été un peu oubliés, si on leur donne leur chance ils peuvent prouver qu’ils ont des choses à faire valoir.

J’ai travaillé dur, j’ai toujours espéré devenir pro et n’importe quel joueur amateur peut s’inspirer de mon parcours. J’ai joué à Colomiers jusqu’en minimes 1ère année. Au moment de passer en 2ème année, on m’annonce que je ne jouerai pas beaucoup, mais que je pouvais changer de club ou faire arbitre. On m’a proposé de devenir arbitre plutôt que joueur ! Je ne l’ai pas oublié… Je leur ai prouvé qu’ils avaient tort.

J’ai grandi à Tournefeuille où j’ai commencé en Fédérale 3. Ensuite, à Castanet en Fédérale 1 où je me suis vraiment forgé. De la génération 99 de Colomiers, je suis le seul qui évolue encore en pro. Jouer cette Coupe du monde, c’est une belle revanche sur la vie.

Martins se projette avec Angoulême

Quelle est votre situation contractuelle avec Soyaux-Angoulême ?

J’ai encore une année de contrat. J’espère que mon avenir sera à l’étage au-dessus, mais pour l’instant je me concentre pour faire mes matches avec le SA 15. Je vais donner mon maximum pour que le club puisse se maintenir pour faire une belle saison et on verra ce qui se passera ensuite. J’aspire à aller plus haut, mais si ça n’arrive pas ce ne sera pas grave. Il faut que je sois focus sur le club parce qu’on n’est pas encore sauvé.

Soyaux-Angoulême n’est-il pas devenu trop petit pour vous ?

En tout cas, j’aspire à aller au plus haut niveau ce qui n’était pas forcément le cas avant. Etre en Pro D2 ça m’aurait convenu. Mais quand je vois que j’ai pu être compétitif durant la Coupe du monde je me dis que ce n’est pas déconnant d’espérer le Top 14 un jour…

Colomiers n’est-il pas revenu à la charge ?

La saison dernière, on a discuté, mais rien de plus.

Et Toulouse, ce serait le rêve ?

Je suis de Toulouse. C’est le plus grand club de France. Aujourd’hui, je ne me ferme la porte à rien et je pense que j’ai le droit de rêver. Mais le Stade Toulousain n’a peut-être pas forcément de besoin en 3ème ligne. Ils ont déjà Anthony Jelonch, François Cros, Jack Willis, qui sont des titulaires en équipe de France et en équipe d’Angleterre. Avec mes performances, ça a dû parler dans quelques clubs, mais il est encore tôt. Mais, si ça arrive, je serai le plus heureux.

Ne serait-ce pas une déception de faire une autre saison en Pro D2 ?

Honnêtement, je serais un peu déçu. Je pense avoir montré des choses suffisantes pour prouver que j’ai le niveau pour aller en Top 14.

A Soyaux-Angoulême, vous devez être une star…

Quand je suis revenu, je promenais mon chien et une voiture avec des jeunes a crié : « Portugal !!! » Quand je suis rentré sur le terrain contre Mont-de-Marsan, il y a eu une ovation, pareil pour Inaki (Ayarza qui a fait la Coupe du monde avec le Chili, Ndlr). On a fait le tour du stade. Les gens nous demandent plus souvent de prendre des photos. Mais je reste humble, je ne suis pas un All Black ou un Sud-Africain !

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