mercredi 22 mai 2024

Sarcelles (Fédérale 1) veut « incarner les valeurs positives de la banlieue »

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Monté en fédérale 1, Sarcelles connaît une ascension fulgurante. le club qui a sorti de grands talents du rugby français espère désormais être reconnu à sa juste valeur. Fabrice Dolo, son président, ne cache pas ses objectifs.  Sarcelles gravit les échelons.

C’est la première fois que le club accède en Fédérale 1. Comment expliquer cette montée historique ?

J’ai été sollicité pour aider à faire progresser le club qui n’arrivait pas à sortir du marasme dans lequel il était. J’ai finalement réussi à m’entourer de gens compétents, à faire revenir des joueurs qui avaient quitté le club. J’ai pu mettre en place un encadrement différent qui disposait des clés requises pour transformer une équipe valeureuse en de meilleurs joueurs.

Le tout, cumulé à l’arrivée de nouveaux moyens financiers, a finalement permis de structurer ce projet. Notre objectif, très clairement, était de viser deux montées successives. Je pensais que nous mettrions quatre ou cinq ans avant de monter en Fédérale 1. Le but était surtout d’amener le club là où, à notre avis à tous, il méritait d’évoluer justement parce qu’il est capable de former des jeunes, d’attirer des tas de gens et de proposer une vraie dimension sportive et sociale. Il était nécessaire d’avoir une belle vitrine pour que le magasin continue à se remplir.

Visez-vous désormais plus haut ? 

Nous pouvons monter plus haut, mais pas tout de suite. La marche entre la Fédérale 1 et la Nationale 2 n’est pas seulement sportive, elle est également organisationnelle. Aujourd’hui, pour évoluer en Nationale, il faut disposer de centres de formation labellisés. Nous devons commencer à nous en doter, c’est la marche importante pour avancer vers la suite. Très humblement, nous venons de quitter le rugby des petits et d’arriver dans le rugby des grands.

Un rugby full contact, avec les règles du rugby mondial. Nous verrons d’abord si les joueurs sont capables d’encaisser les chocs, les impacts et la vitesse. Le premier objectif, c’est avant tout de défendre notre place et de prouver qu’on la mérite. Ensuite, ce sera de structurer un parcours de croissance qui pourrait nous amener, au minimum dans quatre ou cinq ans, à postuler en Nationale.

Sarcelles invite le rugby dans la banlieue

Cette montée a-t-elle un impact sur l’image de Sarcelles qui n’est pas toujours bonne ?

C’est toujours la même chanson quand on est dans une ville de banlieue… Rugbystiquement, oui, notre image a beaucoup évolué. Autrefois, Sarcelles était vu comme un club très rugueux, avec des déplacements houleux. Les équipes craignaient de venir ou de nous accueillir. Aider le club à se structurer et à monter passait aussi par la modification des comportements et de l’image. Nous avons dit aux joueurs que pour être respecté, il faut être respectable.

Il ne s’agit pas de dire d’abandonner l’âme du combat et l’essence de ce que sont les joueurs de ce club. Mais de le faire dans le strict respect des règles et de l’adversaire. Nous voulons incarner les valeurs positives de la banlieue. Nous entendons incarner un esprit du rugby qui est aussi valable que de l’esprit du rugby des Landes, de Bourgogne ou de Savoie. C’est différent, mais notre différence, c’est justement ce qui fait notre force.

Qu’est-ce que ce club a de spécial ? 

Le club va au contact des jeunes et propose une énorme offre d’initiation au rugby dans les écoles primaires et collèges et désormais dans les quartiers sensibles. Nous les accueillons aussi au sein du club, qui devient leur deuxième maison. Nous proposons des repas collectifs, une à deux fois par semaine, ainsi que des semaines de stage et de culture à chaque vacances scolaires. Nous faisons aussi de l’aide aux devoirs. C’est un parcours d’intégration citoyenne par le sport. Les All-Blacks disent que les gens meilleurs font des joueurs meilleurs. 

Le club a formé de nombreuses pépites du rugby français, comme Rabah Slimani, Sekou Macalou, Ibrahim Diallo, Judicaël Concoriet ou Jordan Joseph. Comment expliquer tout ce talent à Sarcelles? 

On le voit aujourd’hui en équipe de France, on le voit partout : la banlieue a du talent. Beaucoup de talent. Ils ont des qualités physiques très importantes, mais également des qualités mentales. Les gamins arrivent avec une mentalité de duel individuel. Ils veulent toujours battre l’adversaire. Le duel est systématiquement joué en solo. C’est une grande qualité, car cela leur donne des moyens d’être individuellement supérieurs. Ces grands joueurs qui sont sortis de Sarcelles sont l’incarnation de cette mentalité. 

« Nous voulons incarner les valeurs positives de la banlieue » 

Avez-vous un lien privilégié avec certaines équipes comme Massy, le Racing ou le Stade Français, pour vos jeunes ? 

Traditionnellement, les jeunes allaient essentiellement vers Massy pour une raison essentiellement pratique. A Massy, il existait des structures d’accueil qui leur permettaient d’évoluer et de s’entraîner avec l’équipe tout en étant logés et en suivant des études sur place, ce qui n’était pas le cas ailleurs. Depuis quelques années, le Racing et le Stade Français ont fait un gros travail. De plus, ces deux équipes sont sans doute plus agressives que ne l’est aujourd’hui Massy au niveau de la détection.

Le Stade Français se présente systématiquement, nous prévient, discute avec nous pour nous demander ce qu’on pense des joueurs. C’est une démarche très positive. Massy a une démarche ouverte également. C’est sans doute moins vrai du Racing qui a une démarche un peu plus prédatrice que les autres. 

Propos recueillis par Benjamin Moubeche

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