jeudi 25 avril 2024

Sébastien Flute (champion olympique 1992) : « Pourquoi je n’ai pas explosé de joie »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Champion olympique en 1992, l’archer français a donné un éclairage en or à son sport. Sébastien Flute reste une référence depuis son titre.

A 20 ans, vous attendiez-vous à devenir champion olympique ?

Je ne sais pas si je m’y attendais, mais je m’y préparais. J’avais été champion du monde en salle un an avant (1991, Ndlr). J’avais fait 6ème des championnats du monde extérieur. J’étais champion d’Europe un mois avant les Jeux Olympiques. Je savais que c’était possible au regard de mes résultats. J’ai réussi car j’ai surtout su rester concentré sur le fait de savoir comment je pouvais avancer dans la compétition plutôt que de me demander si j’allais la gagner ou pas.

J’avais 20 ans et le sentiment d’avoir l’avenir devant moi. De sorte que si je me manquais cette fois, j’avais la possibilité de faire une ou deux Olympiades de plus au moins derrière. Cela enlève forcément de la pression par rapport à des athlètes qui arrivent, eux, en fin de carrière en sachant que c’est cette fois ou jamais.

Je ne dirai pas que je suis arrivé aux Jeux avec un certain détachement surtout quand on dispute ses premiers Jeux et qu’on découvre tout, mais j’avais cette capacité à faire la part des choses sans me mettre plus de pression que j’en avais déjà.

En finale, vous étiez mené à trois flèches de la fin !

Des premières flèches du matin jusqu’aux dernières de la finale, je me suis efforcé de rester dans une démarche. Cela n’a pas été facile et j’ai été aidé par mon entraîneur en ce sens. Celle de me dire : « OK, on est aux Jeux, mais cela reste du tir à l’arc et c’est quelque chose que je sais faire. Donc reste concentré sur ce que tu as à faire sans tirer de plans sur la comète ».

J’ai gardé assez de semblant de lucidité pour rester dans l’instant. En tout cas un peu plus que mon adversaire. J’ai construit flèche après flèche. C’est peut-être pour cela que je n’éclate pas de joie à la fin. Cela m’a permis de ne pas me laisser déborder quand j’étais mené au bout de six flèches pour finalement revenir à égalité puis basculer.

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« Après ma médaille, je me suis mis trop de pression »

Ce titre de Barcelone en 1992 a-t-il été facile à vivre et à digérer ?

C’était agréable et sympa. J’ai gagné à 20 ans, à un moment où il n’y avait pas trop de médailles françaises. J’avais donc un peu toute la scène médiatique pour moi. Il y avait énormément de retombées. Je trouvais cela presque disproportionné par rapport à mon sport et ce à quoi on était habitués. C’est aussi cela la magie des Jeux. Quand je suis rentré chez moi à Clermont, ou en Bretagne ma région de cœur et d’origine, la PQR était très présente. Les gens me reconnaissaient.

J’avais l’habitude de me rendre dans un ou deux restaurants. La première fois que j’y suis allé, juste après les Jeux, je suis parti sans payer. Non pas car j’ai fui en courant, mais ils étaient contents de me l’offrir. Puis des mois plus difficiles ont suivi. On perd alors beaucoup de repères. Quand on atteint son objectif suprême, donc les Jeux, on se demande qu’est-ce qui va nous donner envie de se lever le matin. Avant d’être un tireur à l’arc, je suis avant tout un compétiteur. Après les Jeux, je me suis mis aussi beaucoup de pression liée à ce résultat.

J’avais des retombées qui étaient pour moi hors de proportion. J’estimais que cela générait une attente chez les gens qui me suivaient, les médias, les partenaires. Je me suis mis de la pression pour être à la hauteur de ce que j’imaginais être leurs attentes. Mais en fait il n’y a pas de magie. Je suis champion olympique un 3 août 1992. Je n’ai pas la prétention de dire que j’aurais été champion olympique le lendemain, voire deux heures plus tard. La finale était à cette heure-là, je l’ai gagnée, point.

Dès le lendemain, quand je suis retourné sur le terrain de compétition, on s’est fait battre par équipes par les Anglais. Cela vous remet de suite à la réalité du terrain. Par contre, quand je sortais du terrain, cela prenait des proportions inconnues pour moi. Je ne savais pas trop faire le tri. Je ne pouvais pas en parler à un autre athlète en tir à l’arc qui avait vécu cela par le passé. J’ai continué jusqu’en 2000 jusqu’à Sydney. Je n’ai pas fait un mauvais résultat (8ème en individuel, Ndlr), mais pas aussi marquant qu’à Barcelone.

En 1996, cela a été un calvaire. Je suis arrivé avec un poids sur le dos dont je ne suis pas parvenu à me défaire. Je suis passé au travers. J’ai arrêté en 2000. J’ai notamment travaillé pour la télévision. J’étais à Pékin (en 2008, Ndlr) pour commenter les matches et notamment la médaille des filles. Là-bas, je me suis rendu compte que la compétition et les ambiances de haut niveau me manquaient.

C’est donc pour cela que vous êtes sorti de votre retraite pour préparer les Jeux de Londres.

Oui. J’ai repris début 2009 pour préparer 2012. Malheureusement, cela n’a pas été au bout. J’avais quand même consacré presque trois ans de ma vie quasiment à plein temps pour revenir. Mais cela a quand même été une très belle aventure humaine avec mes équipiers qui pour la plupart auraient pu être mes enfants. On s’était retrouvés autour du défi des Jeux.

Cela m’a permis aussi personnellement de tourner cette page en tant qu’athlète. Je n’ai aucun regret d’avoir vécu cette nouvelle expérience. Je travaille aujourd’hui sur Paris 2024 à la fois sur les épreuves de tir à l’arc aux Invalides et sur le management de tout le site.

Lors des prochains Jeux, quelles sont les chances de médailles françaises dans votre discipline ?

On a un médaillé d’argent à Rio qui est encore dans l’équipe, Jean-Charles Valladont. J’espère qu’il sera dans les trois. Le reste de l’équipe est assez jeune. Ils ont cette fraîcheur de la jeunesse. Les dernières sélections ne sont pas finies. Il y a un collectif de quatre hommes, quatre femmes. Trois hommes, trois femmes participeront aux Jeux.

Chez les filles, on a Lisa Barbelin. Elle a fait une belle saison dernière. Soit l’équipe subira la pression d’être à la maison, soit ils prendront le truc par le bon bout en se disant dans les tribunes il y a 7000 personnes sur les 8000 qui pousseront derrière. Mais cela reste difficile de faire des pronostics.

Le saviez-vous ?

L’année 1992 a vraiment été exceptionnelle pour Sébastien Flute. Car outre son titre olympique en individuel décroché à Barcelone, le Brestois a également été champion d’Europe en individuel et médaillé d’argent par équipes.

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