jeudi 23 mai 2024

Témoignage : Albert Rust l’homme qui fait rêver Kylian Mbappé

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Jouer l’Euro et les Jeux parait aujourd’hui difficile, voir impossible. Il y a 40 ans, c’est pourtant ce qu’a fait Albert Rust ! Il est vrai que son poste de gardien de but lui a facilité la tache. Il revient en exclusivité sur son été magique.

Avec quelle idée abordiez-vous ces Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 ?

Le fait de participer aux Jeux Olympiques était une victoire. On était parti un peu à l’aventure. C’était une récompense. On n’était pas dans l’idée d’y aller pour gagner. On avait l’état d’esprit de réussir une belle compétition.

La phase de poules, on l’a passée du côté d’Annapolis, dans le Maryland, sur la Côte Est. Nous avions dû affronter le Qatar (2-2, Garande et Xuereb, Ndlr), la Norvège (2-1, Brisson x2, Ndlr) et le Chili (1-1, Lemoult, Ndlr). On avait failli frôler la correctionnelle et se faire éliminer.

On termine tout de même premier avec 4 points (tout comme le Chili, Ndlr) et on se qualifie grâce à notre victoire sur la Norvège à Boston. Ce n’est qu’une fois en quarts de finale qu’on a retrouvé la Côte Ouest des Etats-Unis qu’on s’est senti aux Jeux Olympiques.

On était carrément dans le fief même des Jeux. Au sein du village olympique. On a pris conscience que l’on pouvait réaliser quelque chose de grand. Ensuite, il y a eu les quarts contre l’Egypte puis la Yougoslavie, la plus grosse équipe de la compétition, en demi-finales et la finale, face au Brésil.

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La demi-finale (4-2 après prolongation, buts de Bijotat, Jeannol, Lacombe, Xuereb, Ndlr) contre la Yougoslavie de Stojkovic, Bazdarevic, Elsner, Ivkovic ou encore Katanec a-t-elle été une finale avant la lettre ?

C’est le gros match de notre tournoi et un grand combat. On n’a pu voir que l’on était prêt pour livrer un tel match. Ils ont craqué en finissant à 9. Lors de ce match, il a fallu sortir le bleu de chauffe. On a su le faire. Il y avait de grands talents dans cette équipe. Ils ont marqué de beaux buts, mais on a su faire de même. C’est une victoire méritée.

Que vous êtes-vous dit à la mi-temps (00) de la finale pour aller battre le Brésil de Dunga, Gilmar, Ronaldo Moraes ou encore Mauro Galvao 2-0 (Brisson et Xuereb, Ndlr) à la fin ?

A partir des demi-finales, on a pris conscience qu’il y avait la place pour gagner. Il faut dire aussi que si l’on a frôlé la correctionnelle en phase de poules, l’équipe est montée en puissance au fur et à mesure de la compétition. Si on est rentré de façon dilettante dans le tournoi olympique, après la Yougoslavie, on s’est dit que c’était pour nous. Il fallait battre le Brésil et, même à 0-0, on maîtrisait bien le match. On savait qu’il y avait la place. Il fallait être efficace en marquant deux buts en deuxième période.

« C’était incroyable de jouer devant plus de 100 000 personnes »

Etait-ce impressionnant de jouer au Rose Bowl de Pasadena avec plus de 100 000 personnes ?

On a joué devant plus de 100 000 spectateurs face à la Yougoslavie et face au Brésil, en finale. C’était incroyable. En arrivant au stade, les gens étaient dehors assis sur la pelouse en attendant l’ouverture des portes. Il y avait comme un grand pique-nique avant d’assister au match. C’était bon enfant comme ambiance.

Quand on connaît la relation qu’a le football avec les Jeux, était-ce une fierté d’aller décrocher l’or ?

On était parti avec la satisfaction de la qualification et la sensation du devoir accompli. La France n’avait plus participé aux Jeux depuis longtemps (depuis 1976, Ndlr). Se retrouver sur la plus haute marche du podium, c’était une grande fierté. On a ramené l’or. On a porté haut les couleurs de la France. C’était inimaginable et un grand honneur. Quand on a entendu la Marseillaise, c’était indescriptible.

Quelle image gardez-vous de ces JO de Los Angeles ?

Le podium. Etre sur la plus haute marche, c’est incroyable. Les Jeux Olympiques restent une compétition à part. On côtoie des athlètes de différents pays et de différentes disciplines. Cela est grandiose. C’est un évènement planétaire. C’est le rassemblement de tous les sports. C’était une ambiance bon enfant. Nous, qui étions professionnels, ça n’avait rien à voir avec ce qu’on avait connu en club lors d’une compétition européenne, un Euro ou même une Coupe du monde. C’était la fête du sport.

Quelques semaines auparavant, vous avez remporté l’Euro 1984 avec l’équipe de France. Etait-ce facile d’enchaîner avec les Jeux Olympiques ?

Le fait d’avoir gagné les Championnats d’Europe et d’enchaîner avec les Jeux Olympiques, ça a été une motivation supplémentaire. Tout a été simple d’enchaîner. Je suis gardien. Ce n’est pas comme un joueur de champ. J’étais remplaçant au niveau du Championnat d’Europe. Je n’ai pas eu de séquelles physiques.

J’ai pu enchaîner car j’étais prêt. J’ai pu m’entraîner normalement durant l’Euro. Ça m’a permis de me préparer pour les Jeux Olympiques. J’étais parti là-bas avec une grosse motivation. On restait sur notre premier titre au niveau du football en France. C’est sûr qu’enchaîner avec une nouvelle victoire, un mois et demi après, c’est fort. 1984 a été une grande année pour moi.

Qu’avez-vous gardé de ces JO comme souvenirs ?

(Sourire) J’ai toujours ma médaille. Elle est bien gardée dans son coffret. J’espère maintenant avoir l’occasion de connaître mes successeurs dans les prochaines semaines. Ce ne sera pas un long fleuve tranquille. C’est une compétition dure. Il y aura d’autres équipes qui voudront gagner. 40 ans après, ce serait beau de voir la France remporter une nouvelle médaille d’or.

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C’est le nombre de participations de la France au tournoi olympique de football. En 25 éditions, la France n’a remporté qu’un seul titre olympique. En 1900, le foot avait bien décroché l’argent, mais il était simplement sport de démonstration.

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