jeudi 25 avril 2024

Témoignage : les basketteuses du 3X3 ont tout abandonné pour préparer les Jeux Olympiques

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Entièrement orientée vers les JO depuis septembre, la carrière de la Demoiselle de Bourges en 3×3 est déjà riche d’un titre de championne du monde en 2022, et de vice-championne en 2023. Quatre ans après la 4ème place de Tokyo, Laëtitia Guapo (28 ans) n’envisage rien d’autre que l’or olympique cet été à Paris.

Vivez-vous les derniers instants avant le début des JO comme un vrai compte à rebours ?

C’est tout à fait ça ! On bosse tous les jours à fond avec cette perspective en tête, en sachant que le plus dur reste à venir. Nous sommes 8 à avoir été sélectionnées pour nous consacrer à 100% à la préparation des Jeux, en sachant que 4 seulement seront retenues. On sait donc pourquoi on s’entraîne dur.

La perspective de se retrouver sur le carreau au dernier moment n’est-elle pas trop difficile à vivre ?

On le sait depuis le début. C’est le jeu qu’on a accepté de jouer dans le cadre du projet Paris 2024. On est 8, on ne sera plus que 4, les 4 non retenues devront continuer à s’entraîner jusqu’au bout malgré tout… On sait qu’il faut performer. Pour la première fois, la FFBB a financé ce projet, nous ne l’abordons pas individuellement, mais dans sa globalité avec l’ambition de toutes se motiver pour pousser les autres vers le haut.

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« On a tous pris des risques en quittant nos clubs, tout le monde est sorti de sa zone de confort »

Quatre ans après la 4ème place de Tokyo, quelles leçons avez-vous tirées de cette expérience ?

Nous n’avions eu qu’un an et demi pour préparer Tokyo, en enchaînant toutes avec le 5×5 pour arriver plus fatiguées sur le 3×3, avec en plus le décalage horaire à assumer. Depuis, nous avons plus d’expérience et une forte volonté d’effacer cette médaille en chocolat. On a tous pris des risques en quittant nos clubs, tout le monde est sorti de sa zone de confort… on n’envisage pas autre chose que la médaille d’or car nous en avons les capacités.

Après nous être ramassées au Championnat d’Europe en 2021 (quart de finale face à la Serbie, Ndlr), nous avons été championnes du monde en 2022, vice-championnes en 2023. Le simple fait d’enchaîner ces deux performances démontre que nos ambitions sont légitimes.

Quid de la concurrence ?

Nous sommes clairement trois à être favoris, avec les Etats-Unis et la Chine. Comme après la déception de l’Euro, qui nous avait mis sur l’orbite du titre mondial en 2022, j’espère que la finale perdue du Mondial 2023 va nous mettre sur l’orbite de l’or olympique. Si quelque part ça peut nous enlever la pression du favori…

Pour la basketteuse 5×5 que vous êtes à la base, que représentent ces JO que vous allez faire en 3×3 ?

Petite, quand je regardais la télévision, je rêvais d’être à leur place, sans même jamais oser l’imaginer. Ça a pourtant été déjà le cas à Tokyo, c’est encore le cas à Paris dans une discipline que j’aime beaucoup et qui me transcende vraiment. Grâce au 3×3, j’ai la sensation de pouvoir repousser mes limites. J’aime tellement ça, l’âme de cette discipline.

Laëtitia Guapo espère vivre une belle histoire aux JO

Que vous allez pourtant devoir abandonner certainement après les JO.

J’ai encore un contrat de deux ans qui m’attend avec Bourges, ce qui n’est pas le cas de toutes les filles. Je verrai bien ce que l’avenir me réserve. Pour l’instant, je suis focus à fond sur le 3×3, consciente de la chance que nous avons de vivre notre passion dans ces conditions. Le 3×3 professionnel, nous sommes les premiers en France à pouvoir le vivre. Même à l’international, aucun pays ne s’y est mis.

L’impact d’un titre olympique pourrait-il faire évoluer la discipline vers plus de professionnalisme ?

Il n’existe aucun circuit professionnel. Ce serait évidemment un rêve de le faire. Pour le moment, nous ne sommes que des ambassadrices.

3×3 et 5×5 sont-ils complémentaires ou antagonistes ?

Les qualités spécifiques sont différentes qui nous amènent à avoir des compétences propres, pour devenir des expertes de la discipline. Il y a plus de joueuses dans le 5×5, donc plus d’infos à prendre, pour appréhender la dimension tactique supérieure. Le 3×3 est plus polyvalent ; on attaque, on défend, avec un impact physique supérieur. Personnellement, ça correspond bien à mon profil endurant, a mes qualités, ni trop grande, ni trop petite…

Guapo se sert de Tokyo pour préparer Paris 2024

N’appréhendez-vous pas le moment où il va vous falloir revenir dans la vraie vie ?

Je n’y pense pas. Je ne me demande jamais si ma famille me manque, si la routine de la maison me manque… je ne suis focalisée que sur les JO, en l’occurrence avec un stage de préparation à l’INSEP qui nous attend. J’ai hâte de vivre au village olympique, de découvrir le parc urbain de la Concorde où auront lieu les épreuves. J’adore Paris et j’ai eu la chance, avec Marie-Eve Paget, de pouvoir faire remonter notre expérience de Tokyo en matière de nutrition, de récupération (logements), de sécurité et de transport. Là-bas, quand la navette devait partir à 15h, à 14h59, elle était prête. J’espère que nous serons aussi au rendez-vous de l’organisation.

Jusqu’à maintenant, quel est votre meilleur souvenir de basketteuse ?

Notre titre mondial de 2022 nous a montré qu’après la 4ème place de Tokyo, nous étions capables de rebondir. Avec une nouvelle équipe, un nouveau staff, nous sommes dans ce même état d’esprit aujourd’hui.

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