lundi 26 février 2024

Grand Chelem 1977 : La victoire de la horde sauvage

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Privés de Grand Chelem en 1976 par la grande équipe du Pays de Galles, les Bleus emmenés par Jacques Fouroux prennent leur revanche en 1977, sur le socle d’une défense de fer, qui n’encaisse aucun essai, et d’un groupe de 15 joueurs à l’état d’esprit exceptionnel.

Le regretté Jean-Pierre Bastiat, dont l’essai face à l’Irlande lors de la dernière journée avait acté le triomphe des Bleus, avait tout résumé de la nature du deuxième Grand Chelem du XV de France lorsqu’il s’exprimait en mars 2010 dans l’édition landaise de Sud-Ouest :

« Ce Grand Chelem a pris racine en 1976 quand le Pays de Galles nous en a privés. L’année suivante, avec cette équipe au jeu si décrié, mais solide dans toutes ses lignes, avec des gars comme Paparemborde, Cholley, Palmié, Bertranne, Aguirre et bien sûr le « petit » (Fouroux), on avait confiance en nos forces. »

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Il le fallait pour se croire capable de battre les Gallois des frères Williams et de Gareth Edwards, ce qu’ils firent d’entrée de Tournoi, au Parc, 16-9 avec deux essais à la clé (Harize et Skrela) et 8 points ajoutés par le pointu de Jean-Pierre Romeu.

Loin du french flair tant redouté par les Anglo-Saxons, les Français avaient proposé un jeu plus clinique, basé sur un pack qui n’avait peur de rien, fait d’engagements et de volonté, de discipline collective, et de réalisme offensif avec le talent des trois-quarts, l’élégance d’Aguirre, la vista de son coéquipier bagnérais Bertranne.

C’est d’ailleurs Sangalli qui fit la différence à Twickenham pour le second match. Face à des Anglais pris à leur propre piège, son seul essai suffisait pour un score de football (4-3) qui prolongeait le rêve.

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Le crunch acte fondateur du grand chelem

Grâce à un pack de fer renouvelé en début de compétition (Cholley, Imbernon, Palmié rejoignaient Paparemborde et Paco), à la générosité légendaire de Rives… et à la faillite du buteur anglais, Alastair Hignell (cinq échecs sur six !), le XV de France avait su se hisser à la hauteur de l’événement, sans répondre aux provocations, sans tomber dans le piège savamment orchestré par la presse anglaise qui qualifiait la France de « horde sauvage ».

Plus que la victoire face aux Gallois, ce succès étriqué dans le Crunch symbolisait les vertus d’un groupe courageux, à l’intelligence collective affirmée, en acte fondateur de ce Grand Chelem 1977.

Mené de main de maître par le « Petit caporal », plus rien ne pouvait arrêter ce XV de France là. Ni l’Ecosse, laminée au Parc 23-3 avec quatre essais à la clé (Paco, Harize, Bertranne et Paparemborde), ni l’Irlande terrassée à Lansdowne Road (15-6) après une seconde période de très haut niveau qui paracheva le succès tricolore, et lui offrit la légitimité d’un beau vainqueur.

« Nous étions plus qu’une équipe de rugby, souligne Jean-Claude Skrela, une vraie famille qui vivait super bien ensemble, sur le terrain comme en dehors. »

Paco hospitalisé à Béziers le mercredi, décisif à dublin le samedi…

C’est d’ailleurs loin de l’en-but de Cardiff ou de Twickenham que s’est construit ce deuxième Grand Chelem, lors des convocations du jeudi soir pour des rassemblements qui donnaient lieu à des soirées très animées. « Un match ne se gagne pas qu’avec des paroles, disait Jacques Fouroux, organisateur en chef des troisièmes mi-temps. Il faut aussi créer une ambiance. »

Celle de 1977 s’est bonifiée à L’Enclos de Ninon, un restaurant proche du siège de la Fédération dont le propriétaire ardéchois était un ami du Petit Caporal. Loin de la diététique du rugby moderne, les victoires de la bande à « Toto » Desclaux, l’entraîneur, ont aussi pris racine devant un bon fromage, une bonne bouteille de vin et une viande rouge à souhait, pour des moments de convivialité qui « nous permettaient aussi de nous dire les choses, souligne Skrela, de ne rien laisser enfoui. On s’engueulait parfois, le ton montait haut, mais, au final, tout le monde acceptait ce fonctionnement pour le bien d’un groupe qui était toujours dans la bienveillance et l’empathie. »

Le XV de France déjà moderne en 1987

Et ce n’est pas Alain Paco qui dira le contraire, lui qui puisa dans ce supplément d’âme la force nécessaire pour ne pas abandonner ses potes avant le dernier match en Irlande. Admis aux urgences de l’hôpital de Béziers une semaine avant, victime d’une crise d’appendicite, l’avant biterrois ne s’alimenta plus pendant deux jours.

Pas la préparation idéale avant un tel choc. Il tint malgré tout à être présent au coup d’envoi, contre l’avis des médecins et des dirigeants de la FFR qui voulaient le remplacer. C’était sans compter sur sa détermination et la confiance de tout un groupe pour son talonneur.

Au final, c’est lui qui offrit la passe décisive à Jean-Pierre Bastiat pour l’essai libérateur. Peu importe qu’il se fasse opérer trois mois plus tard après des complications qui faillirent lui coûter la vie. L’essentiel était fait. La France avait décroché son 2ème Grand Chelem. Un vrai morceau de bravoure.

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Le saviez-vous ?

Alors qu’il devait fêter sa première cape internationale, Guy Novès a dû déclarer forfait avant le premier match face au Pays de Galles. Blessé à une cheville, l’ailier du Stade Toulousain laissa sa place à Jean-Luc Averous de La Voulte qui ne la quitta plus de tout le Tournoi. Le futur sélectionneur du XV de France dut attendre novembre de la même année pour devenir international face aux Blacks, chez lui à Toulouse (1813), la première de ses sept sélections.

15

Ils ne sont que 15 à avoir gagné le Grand Chelem, tous alignés de la première
à la dernière minute de ce Tournoi 1977, sans effectuer aucun changement : Gérard Cholley, Alain Paco, Robert Paparemborde, Jean-François Imbernon, Michel Palmié, Jean-Pierre Rives, Jean-Claude Skrela, Jean-Pierre Bastiat, Jacques Fouroux, Jean-Pierre Romeu, Jean-Luc Averous, François Sangalli, Roland Bertranne, Dominique Harize et Jean-Michel Aguirre.

Tom Boissy

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