jeudi 25 avril 2024

Thierry Rey (judo) : « Avant de faire le beau, il faut être fort, puissant, généreux »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Champion du monde en 1979 et olympique en 1980, Thierry Rey est rentré dans l’histoire à Moscou en s’imposant de manière froide et pragmatique.

A 13 ans, votre père ne s’était pas trompé en vous disant que vous seriez champion olympique !

En disant cela, il provoque quelque chose. Il ouvre peut-être une porte. Il me titille. C’est une gentille provocation et détournée. Surtout que c’était quelqu’un de très pudique. Il n’était pas tout le temps derrière mon dos à m’obliger à faire ceci ou cela. Quand il affirme cela, il pense juste que c’est possible.

Pouvez-vous nous parler du contexte et du comment vous aviez traversé ces Jeux Olympiques à Moscou en 1980 ?

Pour moi, ces Jeux, c’était une finalité. Un but ultime. On arrive au bout d’un moment. Cela faisait trois ans que j’étais champion de France. J’avais également gagné deux tournois de Paris. J’étais champion du monde six mois avant en battant les Japonais et les Coréens. Je suis porté par ce titre. Il n’y a pas de raison que je ne gagne pas les Jeux. Mais je devais gérer aussi ces problèmes de poids terribles.

Je n’en pouvais plus. Donc c’était le dernier moment. Il ne fallait pas se tromper et être performant. Il fallait que je gagne. Je n’avais pas le choix par rapport à mon propre challenge. J’ai vécu cela comme un contrat pour claquer le truc. De manière très froide dans ma préparation et comment j’y suis allé. Sans fanfaronnerie aucune. Je me suis rendu sur les Jeux peu de temps avant. Je suis parti un mercredi, j’ai combattu un vendredi ; Je suis allé sur une compétition pour gagner une médaille d’or olympique. J’ai surtout eu envie de vivre les Jeux après.

A 21 ans seulement, comment aviez-vous réussi à cocher toutes les cases ?

Déjà on est accompagné. Nous n’étions pas seul. On avait une équipe de France de dingues. On savait qu’on était à niveau. J’avais gagné déjà aussi des choses à 18 ans. Mentalement soit on est un guerrier soit on ne l’est pas. On va jouer sa vie, mais c’est comme un jeu. Cela reste du sport. Il y a des règles. Mais on joue à se faire peur. Il y a de gros challenges derrière. C’est très excitant de montrer sa détermination.

Je n’ai pas décidé seul qu’on était bons. Quand on montait sur un tapis qu’on était Français, on savait qu’on pouvait battre n’importe qui. Je me suis toujours dit aussi que quand on monte sur un tapis, la différence se fait surtout sur l’envie et le mental, sur cette manière dont on devient un ordinateur, comment on calcule vite dans la vision, la soudaineté.

Il faut être en mode ordinateur. Quand on est aussi proches les uns des autres en termes de niveau, c’est essentiel. Il ne faut surtout pas craquer ni baisser la tête. C’est comme si on va chercher de l’oxygène. Cela dit, on est aussi forts en compétition que si on s’entraîne beaucoup. Cela passe par des moments de souffrance, des heures et des heures d’entraînement.

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« Je devais gérer des problèmes de poids terribles »

Pensez-vous que dans votre judo, votre facilité et votre élégance naturelle n’ont pas toujours été comprises ?

En tout cas, je ne me trouvais pas facile et à l’aise. C’est comme pour les danseurs. Avant d’avoir la classe, il faut être besogneux et travailler dans l’ombre. Si on impose ses mains, on devient bien plus fort. Car avant de mettre un mouvement de judo, avant d’avoir un judo flamboyant, il faut pouvoir prendre sa garde.

Cela se travaille à l’entraînement avant de faire le beau (rires). Il faut être fort, puissant, généreux. Quand en 1981, après les Jeux sur les Championnats d’Europe en 65 kg, je bats Soloduchine, champion olympique de cette catégorie, pour moi c’était comme une victoire olympique alors que je venais d’arriver et que je montais de catégorie. C’était dingue.

Pensez-vous avoir ouvert la voie par cet exploit olympique ?

Pas du tout ! Ceux qui l’ont fait sont ceux qui étaient avant moi. C’était celle de la génération d’avant. J’étais justement dans l’équipe de mecs qui avaient ouvert la voie.

En 1996, vous vivez un autre grand moment, aux commentaires, avec le titre olympique de David Douillet ?

J’ai été son président de club. Il a fait sa carrière sportive au PSG où il est arrivé en 1993. Je l’ai beaucoup accompagné. On a gagné la Coupe d’Europe des Clubs Champions avec le PSG sous l’ère Canal. Je l’ai beaucoup suivi jusqu’au moment ultime en 2000 (titre olympique à Sydney, Ndlr). Ensuite, on a commenté ensemble à Athènes (en 2004, Ndlr). On a vécu de grandes émotions ensemble.

L’œil de Frédéric Lecanu

« Quand Thierry Rey est champion olympique à Moscou en 1980, j’ai un an. Le seul recul que j’ai pu en avoir, pour en avoir beaucoup discuté avec lui, et au regard de son parcours est le suivant : c’est un homme de talent. Mais là où il existe une forme d’injustice, c’est que son talent est parfois associé à une forme de facilité. Il a arrêté tôt sa carrière car il l’a commencée très tôt aussi. Mais c’est surtout sept années au plus haut niveau. »

« Thierry, c’est tout sauf de la chance. D’après ce que m’ont dit aussi les anciens, à Moscou il se fait super mal. Sa médaille, il va vraiment la chercher dans une catégorie des 60 kg très concurrentielle en France et à l’étranger. Avoir un titre aussi tôt de cette envergure, ce n’est pas de la facilité. Son parcours me fait penser à celui de Lucie Décosse. Comme elle était un peu nonchalante, on associait cela à de la facilité ».

Ancien judoka, consultant télé

Le saviez-vous ?

En devenant champion olympique à 21 ans, à Moscou, en battant en demi-finales le Soviétique Emizh et en finale le Cubain Rodriguez, Thierry Rey accomplit un exploit retentissant. Il est le premier dans l’histoire du judo français à réussir le doublé champion olympique/champion du monde.

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